Alors que la France subit de plein fouet les incendies les plus impressionnants de son histoire récente et se confronte à l’un des étés les plus chauds depuis les premiers enregistrements du mercure, quel bilan environnemental présente le gouvernement Lecornu II ? La promesse de l’Accord de Paris, consistant à ne pas dépasser un réchauffement supérieur à 1,5°C, s’avère désormais désuète… et de nouvelles ambitions nécessitent d’être portées à bras le corps.
Malgré sa longévité par rapport à ses homologues Michel Barnier et François Bayrou, le Premier ministre Sébastien Lecornu est accusé, par de nombreuses voix émanant de la gauche et des associations environnementales, d’acter moult reculs sur le plan écologique. Même son de cloche pour Emmanuel Macron, locataire de l’Élysée depuis 2017, dont les ambitions peinent à être mises en œuvre. « La politique que je mènerai dans les cinq ans à venir sera donc écologique, ou ne le sera pas », promettait pourtant le chef de l’État lors de sa campagne présidentielle en 2022.
Poursuite de la construction de l’autoroute A69, baisse du budget alloué au Fonds vert, suppression des zones à faibles émissions votée par l’Assemblée nationale… En 2025, 16,6 millions de Français présentaient des symptômes de détresse psychologique liés à l’environnement, selon une étude menée par l’Observatoire de l’éco-anxiété (OBSECA). Cependant, malgré les critiques formulées contre le gouvernement, quelques avancées environnementales actées depuis le début de l’année méritent d’être soulignées. Les perturbations géopolitiques, au premier rang desquelles la guerre au Moyen-Orient, ont permis de repenser profondément le rapport tricolore et européen vis-à-vis de la dépendance aux énergies fossiles.
La baisse du budget du Fonds vert
Dès le premier jour de l’année, le ton a été donné. Courbant le dos sous le poids d’une dette publique colossale et adoptée à la suite d’un 49.3 dégaîné par Sébastien Lecornu, la loi de finances 2026 a souffert de l’instabilité économique tricolore. Une souffrance qui n’a pas manqué de profondément érafler le budget alloué au Fonds vert, destiné à accompagner les collectivités locales dans leur transition écologique. Le coup de rabot n’a pas manqué de se faire sentir et de fustiger les associations environnementales.
Et pour cause : doté de 2,5 milliards d’euros en 2024, le Fonds vert ne bénéficie plus qu’en 2026 de 750 millions d’euros. Une réduction à peau de chagrin qu’Emmanuel Macron et ses ministres défendent corps et âme, rappelant à juste titre qu’avant 2023, le dispositif n’existait tout simplement pas. Le ministère de la Transition écologique estime qu’en trois ans, le Fonds vert aurait apporté un soutien financier à plus de 25 000 projets.
La suppression des zones à faibles émissions (ZFE)
Au printemps, c’est l’adoption définitive de la loi de simplification de la vie économique qui vient heurter, à son tour, les ambitions écologiques tricolores. Parmi les dispositifs du texte, la suppression des zones à faibles émissions (ZFE), censées restreindre progressivement la circulation des véhicules les plus anciens de sorte à réduire la pollution de l’air dans les grandes métropoles françaises. Ajoutée par des amendements du Rassemblement national (RN) et des Républicains (LR), la mesure a été votée en commission mixte paritaire. Permettant de mettre fin à une certaine « ségrégation sociale », la suppression des ZFE était apparue comme « une immense victoire contre l’écologie punitive » par le député RN Pierre Meurin.
La droite et l’extrême droite se sont néanmoins heurtées au mur du Conseil constitutionnel, lequel a acté fin mars l’annulation de la suppression des ZFE. Les juges de la rue Montpensier, estimant que la mesure n’avait aucun lien avec le corps principal de la loi de simplification de la vie économique, ont ainsi tranché. Une décision relevant essentiellement d’un « déni de démocratie », d’après l’association 40 millions d’automobilistes.
Le grand plan d’électrification de Sébastien Lecornu
Si la guerre au Moyen-Orient, initiée par les États-Unis et Israël le 28 février dernier, est tragique à plus d’un titre, les énergies renouvelables observent une lueur d’espoir. Amputés du détroit d’Ormuz, par lequel transite en temps normal 20 % du pétrole mondial, les pays du monde entier se sont confrontés à des difficultés d’approvisionnement majeures en essence, amenant à repenser en profondeur leur dépendance aux énergies fossiles issues du Golfe. C’est le cas de la France, qui a promis, par la voix de Sébastien Lecornu en avril 2026, la multiplication du soutien de l’électrification. Objectif : atteindre 10 milliards d’euros d’investissements par an en 2030. Au cours d’une allocation livrée sur le perron de Matignon, le Premier ministre dit avoir tiré les « leçons » de la crise géopolitique au Moyen-Orient, laquelle gonfle, encore aujourd’hui, les prix à la pompe.
La reprise de l’autoroute A69
En juin, c’est l’épineux dossier de l’autoroute A69 qui s’est définitivement clos. Le Conseil d’État a confirmé l’arrêt de la Cour administrative d’appel de Toulouse et rejeté les recours des associations contre les autorisations environnementales. Reliant Toulouse à Castres, la voie grande vitesse de 53 km a encaissé les revers de nombreux retournements de situation judiciaires. Au cœur du scandale : la bétonisation et la destruction d’écosystèmes précieux, dont des zones humides, pour la mise en place d’une route jugée peu pertinente. Celle-ci ne raccourcirait que d’une vingtaine de minutes le trajet entre son point A et son point B.
De façon à calmer les opposants, le ministre des Transports Philippe Tabarot s’est voulu rassurant, estimant sur FranceInfo que « la route et l’autoroute se décarbonent beaucoup », en particulier grâce à « l’électrification massive de notre parc automobile ». En juin 2026, les immatriculations de voitures électriques ont atteint le seuil de 30 % en France, selon les données de la Plateforme automobile.
Le projet de loi d’urgence agricole
Dernier chapitre majeur ponctuant les ambitions environnementales du gouvernement Lecornu II : la très contestée loi d’urgence agricole. Définitivement adopté par le parlement le 21 juillet 2026, le texte apparaît, pour les partis de gauche, les associations environnementales et même la garde rapprochée de Sébastien Lecornu, comme un franc recul sur l’écologie. Alors que la France suffoquait déjà sous le va-et-vient des vagues de chaleur, le gouvernement s’est prononcé en faveur du retour de deux pesticides interdits depuis 2018, l’acétamipride et le flupyradifurone.
Cumulée à la multiplication par deux d’ici 2035 des stockages d’eau destinés aux usages agricoles et à l’augmentation de l’abattage des loups, la réautorisation des pesticides a provoqué une vague d’indignation massive. Les remous se sont fait sentir y compris chez les plus proches de Sébastien Lecornu, qui s’est heurté à la démission de sa ministre de la Transition écologique, Monique Barbut. Protestant contre « le recul environnemental de trop », l’ancienne présidente de WWF est finalement revenue sur son siège, après la promesse d’Emmanuel Macron de prioriser certains dossiers liés à l’écologie.



