Elle écrit, compose, produit et chante. À 30 ans, Angèle a déjà connu les tubes, les récompenses, les tournées internationales et près de quatre milliards de streams. Une décennie à peine après ses premières chansons diffusées sur les réseaux sociaux, la Bruxelloise est devenue l’une des artistes francophones les plus exposées de sa génération. À la liberté presque inconsciente des débuts se sont ajoutés une équipe, un label, des budgets et les attentes d’une carrière internationale. C’est peut-être en cela que le titre de son troisième album, Instinct, dit davantage qu’il n’y paraît. Après s’être accordé du temps loin de la cadence album, promotion, tournée, Angèle revient avec un disque pensé comme un retour à une création plus spontanée. L’artiste raconte les années de création, son besoin de retrouver une forme de liberté et la manière dont elle tente, à 30 ans, de préserver l’intuition qui l’a toujours guidée.
Après votre dernier album, vous avez choisi de vous mettre un peu plus en retrait. Pourquoi ?
J’ai décidé de prendre vraiment du temps pour créer et de m’autoriser à faire de la musique de la façon dont j’avais envie de la faire. Et ça passait aussi par un moment où j’avais moins l’impression d’avoir des choses à dire publiquement. J’ai donc attendu d’avoir des choses à exprimer.
Dans une industrie où il faut être omniprésent, notamment sur les réseaux sociaux, est-ce facile d’accepter de disparaître un peu des radars ?
J’ai la chance d’avoir mon propre label, donc je ne ressens pas cette pression de la même manière. Et si elle existe, je pense qu’elle vient surtout de moi. J’ai été énormément présente, sur scène mais aussi médiatiquement, parce que mon album venait de sortir. À un moment, j’ai juste eu envie de voir ce que ça faisait d’être un peu moins sous les projecteurs. Ce n’était pas vraiment calculé.
Vous revenez avec un album intitulé Instinct. Qu’évoque ce titre ?
Assez rapidement dans la création du projet, ce mot est devenu une vraie boussole. J’ai toujours beaucoup suivi mon instinct et je lui ai toujours fait confiance, mais peut-être encore plus sur cet album parce que je l’ai décidé consciemment. Si je ne fais pas les choses instinctivement, si je ne les fais pas authentiquement, autant ne pas les faire.

J’avais envie de créer de la musique à partir de ce qu’il y avait réellement dans mon cœur, de ce qui bouillonnait en moi. Et j’ai d’ailleurs appelé l’album Instinct avant même de l’avoir terminé. J’avais très peu de titres à ce moment-là : « Une seule vie », « Dis-le » et quelques chansons au stade de démos. Dans l’écriture aussi, l’instinct a été une sorte de boussole. Ça m’a donné le ton et après j’ai déroulé le fil : qu’est-ce que c’est, l’instinct ? Où est-ce que ça m’emmène ? Qu’est-ce que j’ai envie d’exprimer ?
Vous êtes à la tête de votre propre label. Plus votre carrière grandit, plus vos décisions engagent des équipes. Est-ce que cela complique la possibilité de suivre simplement votre instinct ?
À l’origine, si j’ai créé mon label et ma propre structure, c’était vraiment pour une raison très simple : la liberté. C’était ma manière d’être certaine de pouvoir faire exactement ce que je voulais et de ne pas être influencée par une industrie qui avance à un certain rythme. Et ça, c’était il y a presque dix ans, sans imaginer que les choses prendraient cette ampleur. Évidemment qu’avec le temps, être à la tête d’un label implique des responsabilités et des réflexions que je n’imaginais pas forcément. Aujourd’hui, j’ai beaucoup plus l’habitude de cette gestion et, surtout, je suis très bien entourée. J’ai une équipe avec des personnes que j’ai choisies, en qui j’ai confiance.
Évidemment, parfois ce sont de grosses prises de tête. Il faut prendre des décisions, il y a des choix financiers, des dépenses… Mais ce que je trouve génial, c’est que tout ça reste au service de la musique que je fais. La difficulté se situe plus dans la gestion du temps que cela requiert car j’ai surtout envie d’être artiste et de rester dans quelque chose de très pur. Mais c’est un challenge qui en vaut vraiment la peine, grâce auquel je me sens très libre et vraiment au bon endroit.
Retrouvez l’intégralité de cet article dans le nouveau numéro de TIME France, disponible en kiosque.



