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Les ultrariches génèrent plus de pollution carbone que près de la moitié de l’humanité

Image par Kim Hunter de Pixabay
Les ultrariches sont responsables d’une pollution carbone supérieure à celle de plus de la moitié de l’humanité, selon un nouveau rapport publié lundi par Oxfam, une organisation mondiale qui lutte contre les inégalités.

« Nous constatons à quel point les ultrariches, aux États-Unis et dans le monde entier, contribuent de manière disproportionnée à la crise climatique », affirme Rachel Carle, conseillère principale en matière de justice climatique chez Oxfam America. « Ils sont également à l’abri des conséquences de cette crise et tirent un bénéfice des catastrophes qu’ils ont eux-mêmes provoquées. »

Les milliardaires et les ultrariches émettent plus de carbone que la majeure partie de la population mondiale. Le 1 % le plus riche de la population mondiale — soit seulement 8 millions de personnes gagnant en moyenne 442 000 dollars (environ 400 000 euros) par an — produit bien plus d’émissions que les 3,5 milliards de personnes les plus pauvres, indique le rapport. Une personne appartenant aux 0,1 % les plus riches émet 48 fois plus de CO₂ qu’un Américain moyen au cours d’une année.
Oxfam a utilisé des modèles d’attribution climatique et un ensemble de données sur les émissions liées à la consommation, développé par l’Institut de l’environnement de Stockholm, pour calculer les émissions par tranche de revenus. Maîtriser les émissions est un élément clé de la lutte contre la crise climatique. Ce mois-ci, les Nations Unies ont averti que, pour maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2 °C, des mesures urgentes devaient être prises afin de réduire drastiquement les émissions mondiales de 18 % d’ici 2030.

Des études montrent depuis longtemps que les pays les plus riches sont responsables d’une part démesurée des émissions mondiales. Mais des disparités en matière d’émissions existent également au sein même des pays. Les États-Unis, par exemple, sont le deuxième plus grand émetteur de carbone derrière la Chine, mais tous les citoyens ne sont pas responsables de la même part de ces émissions. Le rapport révèle qu’en un peu moins de quatre mois (118,3 jours), une personne faisant partie des 0,1 % les plus riches vivant aux États-Unis, c’est-à-dire ceux qui gagnent en moyenne 1,98 million de dollars (1,8 million d’euros) par an, émet plus de CO₂ que ce qu’une personne de la moitié la plus pauvre du pays (celles qui gagnent en moyenne 25 600 dollars par an, 23 000 euros) a émis au cours des 30 dernières années.

L’une des principales sources d’émissions ? Les jets privés, qui, en 2025, étaient responsables de 16 millions de tonnes de CO₂, soit l’équivalent des émissions liées à la consommation énergétique annuelle de plus de 2 millions de foyers. Les États-Unis affichent la plus forte concentration d’utilisation de jets privés : la majorité de ces appareils (68 %) décollent en effet de ce pays. Au total, l’ensemble des jets privés du monde émet en 2 secondes plus de CO₂ qu’une personne parmi les 50 % les plus pauvres de la population mondiale, celles qui gagnent en moyenne 1 500 dollars (1 350 euros) par an n’en émettrait en un an. Selon le rapport, les jets privés ont passé plus de 6,5 millions d’heures en vol l’année dernière.

« Nous constatons que les ultrariches consomment différemment des gens ordinaires », explique Mme Carle, qui ajoute qu’ils sont également bien plus enclins à investir dans des entreprises polluantes. Une liste de 217 entreprises qui « tirent profit soit de la création de catastrophes climatiques, soit de la préparation à celles-ci, soit de la reconstruction après celles-ci », analysée dans le rapport, montre qu’elles ont réalisé en moyenne 1,8 milliard de dollars (1,6 milliard d’euros) de bénéfices en 2025 et versé plus d’un milliard de dollars (900 millions d’euros) à leurs actionnaires.
Cela a un impact direct sur le climat, constate le rapport. Les chercheurs ont élaboré des modèles de trajectoires d’émissions afin d’attribuer les émissions aux différentes tranches de revenus, et ont découvert que les 1 % les plus riches sont responsables de 20 % du réchauffement climatique depuis 1990, soit 20 fois plus que leur part de la population mondiale. Une personne appartenant au 1 % le plus riche a contribué 34 fois plus qu’une personne moyenne aux épisodes de chaleur extrême, indique le rapport, et les émissions annuelles de ce 1 % le plus riche entraîneront, selon les estimations, 1,9 million de décès supplémentaires liés à la chaleur.

Pourtant, les ultrariches sont moins susceptibles de subir les conséquences de leurs émissions. Les personnes aux revenus modestes sont nettement plus exposées aux conséquences des catastrophes climatiques et des phénomènes météorologiques extrêmes, et manquent souvent de moyens financiers pour se remettre de ces catastrophes. Les personnes fortunées, en revanche, sont plus susceptibles de vivre dans des endroits plus sûrs ou de disposer des moyens nécessaires pour surmonter une catastrophe, en acquérant des moyens privés, tels que des pompiers privés ou des générateurs, ou en payant un supplément pour accéder à un hébergement d’urgence.

Les auteurs suggèrent de taxer les émissions des plus riches. Cela pourrait se faire par le biais de taxes sur les produits de luxe et les activités à fortes émissions, comme l’utilisation de jets privés, afin de décourager leur usage, ou via des taxes sur les bénéfices exceptionnels des entreprises du secteur des combustibles fossiles. Le rapport considère que ces taxes pourraient servir à rééquilibrer les chances en matière d’adaptation au changement climatique, par exemple en augmentant le financement climatique dans les pays du Sud ou en investissant dans des mesures d’adaptation à travers le monde. « Nous espérons que les gens retiendront qu’il existe de nombreuses possibilités de lutter contre les inégalités tout en protégeant la planète et les communautés », déclare Rachel Carle. « Les pollueurs doivent payer pour les dommages qu’ils ont causés. »

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