Sept Canadair disponibles sur douze, trois sapeurs-pompiers décédés depuis le mois de juin, 115 000 hectares déjà partis en fumée : la France solde un été qui a déjà pulvérisé tous ses records d’incendies, avant même la fin de l’été. Ce 3 août, la situation se stabilise sur les trois principaux fronts encore actifs, mais à des rythmes très différents.
Gironde : le mégafeu fixé, le grand retour s’organise
Le mégafeu qui ravage la Gironde depuis le 22 juillet est désormais fixé. Il aura brûlé 42 000 hectares en dix jours, un carnage forestier inédit depuis 1949, année où un incendie similaire avait fait 82 morts dans la région. Cette fois, aucune victime n’est à déplorer parmi les civils. Mais 240 bâtiments sont partis en fumée, et 88 pompiers ont été blessés en luttant contre les flammes. Peu à peu, la préfecture autorise le retour progressif des habitants : Lège-Cap-Ferret, sa presqu’île touristique, et Le Porge, où 183 des 240 maisons détruites se trouvaient. Deux quartiers du Porge restent toutefois interdits d’accès : des obus de la Seconde Guerre mondiale, mis au jour par le passage du feu, doivent d’abord être déminés. Au total, 224 000 personnes avaient été évacuées depuis le déclenchement de l’incendie ; la quasi-totalité d’entre elles auront donc pu regagner leur domicile ou leur lieu de vacances en moins de deux semaines.
À Bordeaux, la présidente du tribunal judiciaire a lancé un dispositif de permanences juridiques gratuites pour les sinistrés, qui ouvre ce lundi 3 août au Porge : indemnisation, relogement, abonnements suspendus, les questions pratiques s’accumulent pour ceux qui ont tout perdu. Sur le terrain, un autre risque commence à préoccuper les autorités locales : privés de leurs arbres, les sols du massif landais pourraient ne plus absorber l’eau des prochaines pluies. Le président de la Défense de la forêt contre les incendies de Nouvelle-Aquitaine évoque dix millions d’arbres perdus, et un risque d’inondation à anticiper dès maintenant, en amont comme aux abords des villages.
Var : la bataille est loin d’être gagnée
Plus au sud-est, les pompiers n’ont pas encore gagné la partie. Le feu du massif du Gros Bessillon a repris une ampleur inattendue ce 31 juillet, dévorant 1 850 hectares en trois jours. Bilan provisoire : 70 habitations impactées, dont 41 détruites. Le commandant des pompiers varois l’a rappelé : l’incendie ne sera pas fixé tant que subsisteront des points chauds, et l’extinction complète s’annonce comme un travail de longue haleine, sur plusieurs jours encore.
Depuis le 19 juillet, quatre incendies distincts ont ravagé environ 7 450 hectares dans le centre du département. Une enquête vise un homme soupçonné d’une dizaine de départs de feu ; il a été incarcéré la semaine dernière. Une nouvelle mise à feu volontaire a même été détectée ce 2 août sur la commune du Muy, rapidement éteinte avant qu’elle n’atteigne le massif forestier voisin. Les habitants évacués par précaution de la commune de Correns, eux, ont pu regagner leurs foyers ce week-end, un signe encourageant pour un département qui affronte, depuis le 19 juillet, sa pire séquence en quatre ans.
Aude : l’autoroute A61 rouvre
Dans l’Aude, l’épisode aura été plus bref mais spectaculaire. Ce 2 août, un véhicule a pris feu sur la bande d’arrêt d’urgence de l’A61, près de Carcassonne. Les flammes ont gagné la végétation et parcouru une centaine d’hectares en quelques heures, forçant la fermeture totale de l’autoroute entre Toulouse et Narbonne, en plein chassé-croisé estival. 280 pompiers, trois Canadair, deux Dash et des drones ont suffi à fixer le sinistre dès 21 heures. L’autoroute a rouvert ce lundi 3 août à 0h15, et la centaine d’habitants évacués par précaution a pu rentrer chez elle dans la nuit.
Au niveau national, le bilan judiciaire s’alourdit également. Le ministère de l’Intérieur a confirmé lundi que 375 personnes, dont 142 mineurs, ont été interpellées depuis le début de l’été pour des faits liés aux incendies ; jets de mégot, barbecues sauvages ou feux volontaires. Sans même qu’un feu ne se déclare, ces infractions sont désormais requalifiées en mise en danger de la vie d’autrui, un délit passible d’un an de prison.
Une étude d’attribution rapide publiée fin juillet par World Weather Attribution est formelle : le risque d’un incendie de l’ampleur de celui de Gironde était au moins deux fois plus faible avant le réchauffement climatique. Elle confirme un été qui avait déjà mal commencé, avec l’incendie exceptionnel de la forêt de Fontainebleau début juillet, avant que la vague de chaleur et la sécheresse historique des sols n’ouvrent la voie aux foyers de Gironde, du Var et de l’Aude.






