« Ce sera un phénomène qui aura des conséquences très dures, avec des sécheresses et des inondations. » L’avertissement du président bolivien Rodrigo Paz donne la mesure des risques auxquels le pays se prépare. Samedi 31 octobre, le chef de l’État a annoncé la signature d’un décret déclarant l’état d’urgence nationale face au phénomène climatique El Niño, qui menace d’aggraver les événements météorologiques extrêmes.
L’urgence est déjà bien réelle pour une partie de la population. Selon un bilan communiqué le 1er novembre par le ministre bolivien de la Défense, Ernesto Justiniano, 114 048 familles subissent les conséquences de la sécheresse, dont 35 831 sont recensées comme sinistrées, ayant subi des pertes directes dans leurs moyens de subsistance. Plus de 75 000 têtes de bétail ont été perdues. La sécheresse touche 63 municipalités, regroupant 1 486 communautés.
Face à ces difficultés, le gouvernement entend anticiper les conséquences d’El Niño plutôt que de réagir une fois les dégâts constatés. « Nous avons réalisé un travail énorme pour préserver l’environnement et pour que l’impact du super El Niño de cette année soit le plus réduit possible », a déclaré Rodrigo Paz sur la chaîne publique Bolivia TV.
Un décret pour anticiper les catastrophes
Pour éviter que la situation ne s’aggrave, les autorités veulent renforcer dès maintenant leur capacité d’intervention. Le décret d’urgence nationale doit faciliter la mobilisation des ressources financières et humaines, renforcer les équipes de secours et améliorer la coordination entre le gouvernement, les autorités locales et les partenaires internationaux.
Le dispositif couvre plusieurs risques liés aux perturbations climatiques, notamment les sécheresses, les inondations, les crues, les gelées, la grêle et les incendies de forêt. L’objectif est de permettre aux autorités de se préparer à des situations très différentes selon les régions, entre les territoires confrontés au manque d’eau et ceux qui pourraient subir des précipitations particulièrement importantes.
Le président bolivien revendique ainsi un changement de stratégie. « Contrairement aux autres années, où nous attendions que le choc environnemental arrive, nous avons pris une décision, avec la coopération internationale et les efforts nationaux, afin de réunir les ressources économiques et humaines nécessaires pour faire face à ce phénomène », a-t-il expliqué.
Pour que cette mobilisation porte ses fruits, l’État ne pourra toutefois pas agir seul. Rodrigo Paz a appelé les gouvernements locaux, les municipalités, les forces armées, la police et la population à participer à cet effort collectif. La rapidité de la coordination et de l’acheminement des secours sera déterminante, notamment dans les communautés rurales déjà affectées par la sécheresse.
El Niño, un phénomène aux conséquences mondiales
Si la Bolivie se prépare à cette menace, c’est parce qu’El Niño peut bouleverser les conditions météorologiques bien au-delà de l’Amérique du Sud. Ce phénomène climatique naturel se caractérise par un réchauffement inhabituel des eaux de surface du Pacifique équatorial. Il perturbe les circulations atmosphériques et modifie les régimes de précipitations, provoquant, selon les régions, des épisodes de sécheresse, des pluies abondantes ou des vagues de chaleur.
Le 8 octobre, l’Organisation météorologique mondiale (OMM), une agence de l’ONU, a alerté sur l’intensité potentiellement exceptionnelle de l’épisode en cours et sur le risque d’une aggravation des événements météorologiques extrêmes dans plusieurs régions du monde. En Amérique latine, ces perturbations représentent une menace supplémentaire pour des territoires déjà exposés aux incendies, au manque d’eau et aux pluies torrentielles.




