Le scandale qui entoure le musée le plus visité au monde se poursuit. La sûreté au Louvre n’était « pas la priorité de l’ancienne direction » ces dernières années, a conclu ce mercredi 13 mai le rapporteur des travaux parlementaires consacrés à la sécurisation des musées, alors qu’un agent du musée a été mis en examen pour escroquerie en bande organisée et corruption active et passive, a annoncé en parallèle le parquet de Paris. Le rapporteur, le député Alexis Corbière, plaide pour plus de transparence dans la désignation des dirigeants des musées et dit avoir des doutes sur la « pertinence » du projet Louvre Nouvelle Renaissance engagé par Emmanuel Macron.
Présidée par Alexandre Portier (LR), cette mission menée avec les prérogatives d’une commission d’enquête s’est constituée au début du mois de décembre dernier à la suite du cambriolage au musée du Louvre le 19 octobre dernier. En tout, huit joyaux de la Couronne, d’une valeur estimée à 88 millions d’euros, ont été dérobés. Un vol spectaculaire qui a révélé d’importantes failles dans la sûreté du musée, pourtant l’un des lieux culturels les plus visités au monde.
40 mesures pour répondre aux « failles en matière de sécurité »
Les travaux de la commission ont procédé à une vingtaine d’auditions et tables rondes, au cours desquelles une centaine de personnes ont été entendues. Des déplacements en France et à l’étranger ont aussi eu lieu avant que le rapporteur du groupe des écologistes ne finisse par publier un rapport préconisant 40 mesures pour mieux sécuriser le musée. Plusieurs « failles en matière de sûreté et de sécurité » étaient déjà « connues », notamment grâce à d’autres rapports qui avaient relevé « l’obsolescence » des dispositifs de sûreté, dont un audit réalisé en 2018 par Van Cleef & Arpels, selon Le Monde, et d’autres alertes plus anciennes.
Dans l’établissement de 244 000 mètres carrés dont 70 000 sont ouverts au public, la sécurité aurait été « reléguée au second plan, derrière des objectifs de rayonnement et d’influence, érigés en priorités », note le rapporteur. Un constat que la Cour des comptes avait déjà formulé au début du mois de novembre et dont une enquête administrative lancée juste après le cambriolage avait identifié un problème de prise en compte des audits de sécurité, dont une « sous-estimation chronique » des risques.
En assurant que la sécurité du Louvre n’était « pas la priorité de l’ancienne direction du musée du Louvre, bien que celle-ci s’en défende », le député vise directement la gouvernance précédente du musée. Laurence des Cars était à la tête du musée depuis 2021 avant de céder sa place fin février à Christophe Leribault. Pour ce qui concerne la mise en place du schéma directeur des équipements de sûreté (Sdes), Alexis Corbière déplore un « retard » estimé à « un peu plus de deux ans » alors que le premier calendrier avait été acté en 2019, sous la direction de Jean-Luc Martinez.
Une augmentation de l’effectif et des fonds de sûreté
Parmi les autres critiques faites à l’ancienne direction du musée, « l’absence de contrôle de la tutelle (le ministère de la Culture, ndlr) à l’égard des choix de la direction ». Rachida Dati était ministre de la Culture au moment du cambriolage, avant d’être remplacée par Catherine Pégard en février 2026. Une lacune selon le rapporteur qui serait due au fait que les dirigeants du musée, comme ceux d’autres établissements, sont nommés par décret de l’Élysée. D’où sa recommandation de revoir la procédure de nomination des dirigeants.
Dans cette même lignée, Alexis Corbière a également proposé ce mercredi 13 mai au micro de la matinale de France Inter que les nominations des directeurs de théâtres nationaux échappent davantage au pouvoir présidentiel. Pour remédier aux « dysfonctionnements » dans l’ensemble des musées, il propose d’augmenter les moyens du fonds de sûreté, qui avait été mis en place par l’ancienne ministre Rachida Dati, après le cambriolage au Louvre. Ce fonds doit permettre de financer des dispositifs de protection dans les musées, mais son enveloppe, fixée à 30 millions d’euros, est jugée insuffisante par le rapporteur.
Le rapporteur de la commission d’enquête parlementaire exige également un renforcement « significatif des effectifs de la mission sécurité, sûreté et audit » du ministère de la Culture, qui en son sein n’est composé actuellement que de « trois équivalents temps plein » qui « sont chargés du suivi de plus de 1 200 musées de France ». Il plaide aussi pour une hausse du nombre de titulaires parmi les agents de sûreté afin d’« éviter le recours » aux « contractuels », ou encore afin d’« améliorer l’attractivité » de ces métiers « par une revalorisation salariale », a été évoqué comme d’éventuelles futures pistes à suivre.
Une enquête sur un « réseau de fraude à la billetterie »
Enfin, « l’annonce présidentielle d’un musée du Louvre pouvant accueillir 12, voire 15 millions de visiteurs une fois effectués les travaux […] ne paraît pas compréhensible, au vu de l’impact de la surfréquentation sur le bâtiment, mais aussi sur les conditions de travail du personnel », indique le député qui s’interroge aussi sur la « pertinence » du plan Louvre Nouvelle Renaissance annoncé en 2025, qui souhaite aménager un espace dédié à La Joconde.
En parallèle, un troisième agent du musée a été mis en examen dans le cadre de l’enquête sur une escroquerie dont le préjudice pourrait coûter plus de 10 millions d’euros. Neuf personnes ont été mises en examen en février. Lundi 11 mai, six agents ont été placés en garde à vue « en raison des communications qu’ils avaient pu avoir avec les premiers mis en cause », a annoncé le ministère public.
« Cinq de ces agents ont été laissés libres à l’issue » de leur garde à vue, tandis que l’un d’entre eux a été mis en examen. Sur les neuf personnes déjà mises en cause, une a été placée en détention provisoire. « Le Louvre marque une nouvelle étape dans l’opération de démantèlement du réseau de fraude à la billetterie », a déclaré à l’AFP dans la soirée de mardi Kim Pham, administrateur général du musée.





