Elle était sur la sellette. La présidente du musée du Louvre, Laurence des Cars, a proposé sa démission ce mardi 24 février au président de la République, qui l’a acceptée le jour-même, saluant un « acte de responsabilité ». Selon Emmanuel Macron, qui s’est exprimé par communiqué, le musée qu’elle présidait a besoin d’une « d’apaisement et d’une nouvelle impulsion forte pour mener à bien des grands chantiers de sécurisation, de modernisation et le projet « Louvre – Nouvelle Renaissance », ce vaste projet qu’Emmanuel Macron a annoncé l’an passé. Dans le communiqué de l’Elysée, le nom de son successeur n’y est pas évoqué.
Laurence des Cars était sous le feu des critiques depuis qu’en octobre dernier, un spectaculaire cambriolage du musée le plus visité du monde s’est attaqué à des joyaux de la Couronne française. Le butin, dont s’est emparé le commando de cambrioleurs en plein jour, est estimé à 88 millions d’euros. Avant de diriger le musée du Louvre, Laurence des Cars était à la tête du musée d’Orsay. Son mandat devait se terminer à la fin de l’année 2026. Depuis le cambriolage, Laurence des Cars a été mise en cause, notamment du fait de l’existence d’anciens audits alarmants sur le système de sécurité du Louvre, qui accueille tous les ans environ 9 millions de visiteurs. Des documents dont elle ignorait l’existence. Sa présidence était aussi déstabilisée par un climat social dégradé.
Une présidente « là pour prendre la foudre »
Dans un entretien accordé au Figaro publié à la suite de l’annonce de sa démission, Laurence Des Cars s’est dite « sereine et fière du travail accompli ». « Mais tenir la barre ne suffit pas. Il faut aussi pouvoir avancer. Et les conditions pour avancer ne sont plus réunies », a précisé celle qui rappelle avoir alerté les pouvoirs publics sur le sous-équipement du musée. « Cette lucidité a pu être parfois douloureuse mais elle était indispensable […]. J’en paye peut-être le prix aujourd’hui », ajoute Laurence des Cars, assumant avoir été « là pour prendre la foudre ».
Cette dernière a tenu des propos similaires dans un message aux quelque 2 300 agents du Louvre : « Par une ironie cruelle, le vol du 19 octobre 2025 a donné un écho sans précédent à une vérité que je n’ai cessé de rappeler depuis ma prise de fonctions : le Louvre a beau être le plus grand musée du monde (…) il n’en est pas moins fragile. » Le message a été publié sur le site du Louvre.
Dès le lendemain du cambriolage déjà, Laurence des Cars avait remis sa démission à Rachida Dati, ministre de la Culture. Une démission qui avait alors été refusée, Rachida Dati ayant ordonné une enquête administrative dont les conclusions se sont avérées alarmantes sur la « sous-estimation chronique » des risques de vol.
De nombreuses difficultés en interne
La Cour des comptes, dans un autre rapport publié début novembre, avait déjà reproché au Louvre d’avoir « privilégié des opérations visibles et attractives » au détriment de la sécurité. Celle qui était alors à la tête du musée n’avait alors pas eu d’autre choix que de concéder des failles. Face aux sénateurs, quelques jours après le cambriolages, Laurence des Cars avait affirmer prendre sa part de responsabilité : « Croyez-le bien, il ne s’agit nullement pour moi de me dérober ou d’adopter une position de déni. Malgré nos efforts, malgré notre travail acharné au quotidien, nous avons été mis en échec. ».
Depuis le cambriolage du mois d’octobre, plusieurs mesures d’urgence ont été prises, parmi lesquelles le remplacement de la grille empruntée par les cambrioleurs. Toutefois, cette dernière a fait face à des difficultés, notamment la fermeture d’une galerie en raison de la fragilité de l’édifice. De plus, un partie du personnel du musée contestait son action, un préavis de grève courant depuis le mois de décembre dernier, ce qui constitue le plus long conflit social de l’histoire du Louvre.
Selon Rachida Dati, son départ marque un « nouveau chapitre », la ministre de la Culture, qui elle aussi est sur le départ du gouvernement, estimant que la prochaine présidence « aura à mettre en œuvre le chantier de réorganisation ». Alors que la démission de Laurence des Cars intervient la veille de son audition par la commission d’enquête sur la sécurité des musées de l’Assemblée nationale, son président, Alexandre Portier, a affirmé auprès de l’AFP que « les nombreuses défaillances dans le pilotage de l’établissement appellent à une reprise en main forte ».






