Le dossier a fini par rattraper Anne Hidalgo. Après plusieurs mois passés loin de la vie politique parisienne, l’ancienne maire est appelée à s’expliquer devant la commission d’enquête du Sénat sur les violences dans le périscolaire, un rendez-vous mis en place après une vague de révélations qui a secoué la capitale depuis 2025. Son ex-premier adjoint chargé des affaires scolaires, Patrick Bloche, passe lui aussi devant les sénateurs le même jour. Le lendemain, ce sera au tour d’Emmanuel Grégoire, son successeur à l’Hôtel de Ville.
La rapporteure de la commission, la sénatrice LR Agnès Evren, ne mâche pas ses mots sur l’objectif de ces auditions : comprendre où la chaîne de protection des enfants a cédé. Elle prend soin de préciser que la commission « n’est ni un tribunal, ni une justice parallèle ». Une nuance qui compte, car les trois responsables sont par ailleurs visés par des plaintes pénales pour mise en danger délibérée d’autrui, non-assistance à personne en danger et non-dénonciation d’infraction. Parmi les victimes présumées, certaines n’avaient que deux à quatre ans.
Le 4 septembre, au lendemain de la rentrée scolaire, l’association MeTooEcole a annoncé le dépôt d’une plainte contre la Ville de Paris et ses responsables successifs. Un dépôt qui ne vise pas les agresseurs eux-mêmes, mais l’administration censée les repérer. « L’arme qui permet de cacher le crime, c’est le silence », résume Barka Zerouali, porte-parole de l’association, qui reçoit chaque semaine une quinzaine d’appels de familles inquiètes ou déjà touchées.
Des alertes ignorées depuis dix ans
Selon l’avocat des familles, Maxime Delacarte, la mairie de Paris disposait d’une connaissance fine des failles du système dès 2015. Cinquante recommandations avaient alors été formulées. Elles n’ont, pour l’essentiel, jamais été appliquées. Anne Hidalgo, elle, revendique l’inverse : des mesures prises dès cette date sur le recrutement des animateurs. Interrogée le 9 septembre, elle a rejeté l’accusation de non-assistance à personne en danger, tout en concédant des « regrets » : ne pas avoir reçu les familles lors de nouveaux signalements survenus au printemps 2025 dans des écoles des 7e, 11e et 15e arrondissements. Sa justification tient en une phrase : la Ville, dit-elle, était alors en pleine « structuration » de sa réponse institutionnelle.
Cette ligne de défense ne convainc pas l’opposition parisienne. « J’attends également des excuses de la part de l’ancienne maire », lance la cheffe de file du MoDem, Maud Gatel, qui doute que la demande soit entendue. Même du côté de la majorité, le malaise se devine : un élu de gauche reconnaît, sous couvert d’anonymat, qu’« il y a des choses qui méritent d’être éclaircies ». Depuis son départ de la mairie en mars, Anne Hidalgo a pris du champ avec la politique parisienne, multipliant les conférences internationales sur le climat.
Grégoire, l’héritier d’un dossier explosif
Pour Emmanuel Grégoire, l’exercice s’annonce tout aussi périlleux. Vainqueur de la dernière municipale, il a hérité d’un dossier qui a plombé toute la campagne, Rachida Dati ayant dénoncé une « omerta totale » de la mairie. Lors d’une précédente audition devant les instances municipales, son ton plus défensif qu’à l’accoutumée a surpris l’opposition. « Il évoque beaucoup les failles de l’État, voulant faire oublier celles de la Ville », pointe Grégory Canal, coprésident du groupe Paris Liberté. Le nouveau maire a pourtant présenté, dès sa prise de fonction, un plan de lutte contre les violences sexuelles, avec une chaîne de signalement dédiée à chaque école.
Les familles, elles, ne comptent pas tourner la page. Selon le parquet de Paris, près de 235 enquêtes sont en cours sur des violences physiques et sexuelles dans les établissements scolaires et périscolaires parisiens. Une petite dizaine de ces procédures ont déjà donné lieu à l’ouverture d’une information judiciaire. Barka Zerouali le rappelle sans détour : certains parents attendent une réponse depuis sept mois. Son association, née dans la capitale, reçoit désormais des sollicitations venues de Bordeaux, Lyon ou Marseille. À l’approche de la présidentielle, elle veut porter le sujet au niveau national. « La protection d’un enfant ne peut pas dépendre de la commune où l’on vit », martèle-t-elle. Rien ne dit pour l’instant que ces deux journées d’audition suffiront à donner aux familles les réponses qu’elles attendent depuis des années.





