Quatre anciens présidents américains, côte à côte sur l’esplanade du World Trade Center : Joe Biden, Barack Obama, George W. Bush et Bill Clinton doivent se réunir ce vendredi 11 septembre à Ground Zero pour les 25 ans des attentats du 11 septembre 2001. Un rassemblement bipartisan devenu rarissime dans l’Amérique de 2026. Donald Trump, lui, n’y sera pas. Le président, pourtant originaire de New York, aurait d’abord envisagé de s’y rendre, selon des informations du New York Times reprises par People. Les organisateurs auraient toutefois refusé sa demande de discours : la cérémonie de Ground Zero exclut les prises de parole politiques depuis 2012. Trump se rend finalement au Pentagone, où il doit rendre hommage aux 184 victimes tuées quand le vol American Airlines 77 a percuté le bâtiment. Son vice-président, JD Vance, le représente à New York.
Dans la matinée, les proches des victimes doivent lire les noms des 2 977 personnes tuées le 11 septembre 2001, ainsi que ceux des six victimes de l’attentat de 1993 contre le World Trade Center. Sept moments de silence rythment la cérémonie. Six correspondent aux impacts des avions, à l’effondrement des tours et au crash du vol United 93 en Pennsylvanie, où des passagers avaient tenté de reprendre le contrôle du cockpit avant l’écrasement. Une troisième cérémonie se tient à Shanksville, sur le site même du crash. Nouveauté de cette 25e édition : le septième moment de silence rend hommage aux personnes mortes depuis 2001 des suites de maladies ou de blessures liées aux attentats, notamment après l’exposition aux poussières toxiques du World Trade Center. Le bilan humain, vingt-cinq ans après, continue de s’alourdir.
Une mémoire qui change de génération
Beth Hillman, présidente du musée-mémorial du 11-Septembre, avance un chiffre qui dit tout : environ 100 millions d’Américains n’étaient pas nés au moment des attentats ou étaient trop jeunes pour s’en souvenir. Pour cette tranche de la population, le 11-Septembre appartient déjà à l’histoire, au même titre que Pearl Harbor. Le musée s’appuie notamment sur des témoignages filmés de survivants et de proches de victimes, diffusés dans ses programmes pédagogiques en ligne, pour transmettre un souvenir qui s’efface avec le temps.
La commémoration n’échappe pas non plus aux tensions politiques du moment. Zohran Mamdani, premier maire musulman de New York, doit participer aux hommages malgré l’hostilité de certaines familles de victimes. Le contraste avec l’unité nationale de 2001 est frappant : ce funeste anniversaire se déroule dans une Amérique fracturée, où la lutte contre le terrorisme islamiste a laissé des traces profondes, de la surveillance de masse aux discriminations envers les musulmans américains.
Al-Qaida, décapitée mais pas éradiquée
Car commémorer le 11-Septembre, c’est aussi mesurer ce qu’est devenue la menace qui l’a provoqué. Oussama ben Laden est tué le 2 mai 2011 au Pakistan, lors d’un raid américain à Abbottabad. Son successeur, Ayman al-Zawahiri, tombe à son tour sous une frappe américaine à Kaboul en juillet 2022. Al-Qaida a donc perdu ses deux dirigeants historiques, sans jamais s’effondrer. L’organisation s’est progressivement transformée, passant d’une structure centralisée en Afghanistan à un réseau de branches largement autonomes implantées au Maghreb, au Yémen, en Somalie et dans le sous-continent indien.
Son actuel chef de facto, l’Égyptien Saif al-Adel, un vétéran longtemps installé en Iran, incarne ce basculement : plus de figure charismatique omniprésente façon Ben Laden, mais un homme de l’ombre, gestionnaire d’un réseau éclaté. Concurrencée depuis 2014 par l’État islamique et son califat territorial, Al-Qaida a préféré une stratégie plus discrète : s’enraciner dans des conflits locaux sans renoncer à ses ambitions d’attaques contre l’Occident.
C’est en Afrique que cette stratégie porte aujourd’hui ses fruits les plus inquiétants. Le Combating Terrorism Center de West Point estimait, dans son bilan de septembre 2025, que les branches africaines d’Al-Qaida – le JNIM au Sahel et Al-Shabaab en Somalie – pouvaient se révéler plus meurtrières que les groupes affiliés à l’État islamique dans certaines zones. Le JNIM prospère notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger, profitant du recul des dispositifs sécuritaires occidentaux dans la région. En Afghanistan, où les talibans ont repris le pouvoir en 2021, ce même bilan faisait état de camps d’entraînement d’Al-Qaida dans au moins une douzaine de provinces.
Al-Qaida reste-t-elle capable de frapper directement l’Occident, comme en 2001 ? Reuters, dans un bilan publié ce 10 septembre, décrit une organisation à l’influence mondiale affaiblie mais persistante, dépassée par l’État islamique sans avoir disparu. Ses capacités à organiser une nouvelle attaque d’une telle ampleur restent difficiles à évaluer. Elle a néanmoins démontré une résilience que vingt-cinq ans de guerre contre le terrorisme n’ont pas réussi à éteindre. À Ground Zero, ce 11 septembre, ces questions resteront en retrait. On y lira les noms des victimes, au cœur de l’hommage national.





