Robert Ménard a réuni à sa table Bruno Retailleau et David Lisnard. Au lendemain d’un déjeuner organisé le 21 octobre, le maire de Béziers a assuré que les deux hommes trouveraient le moyen de présenter une candidature unique, et que la primaire avait été évoquée. Le président de LR, longtemps réservé, serait prêt à en discuter, sans calendrier ni règles arrêtés. Lisnard, qui a quitté LR en mars, avant le vote des militants du 19 avril qui a investi Retailleau sans primaire, la réclame depuis des mois. Le 21 octobre, Éric Ciotti, allié du RN, a appelé les deux hommes à abandonner leurs « candidatures de témoignage » pour se rallier à Marine Le Pen.
Le menu tenait en quelques chiffres. Dans un sondage Cluster17 réalisé pour Le Point les 14 et 15 octobre, le maire de Cannes et l’ancien ministre de l’Intérieur sont à égalité, à 7 %, dans une hypothèse où Édouard Philippe est également candidat, mais pas Gabriel Attal. Chez Ifop-Fiducial, dans l’enquête menée du 12 au 14 octobre pour LCI et Sud Radio, Lisnard (6 %) obtient un point de plus que Retailleau (5 %) et Gabriel Attal (5 %), tous loin d’Édouard Philippe (13 %). Ce faible écart ne permet toutefois pas d’établir une avance solide de Lisnard sur ses deux concurrents.
Dans les enquêtes YouGov et OpinionWay de mi-octobre où Attal et Philippe sont tous deux candidats, Jean-Luc Mélenchon se situe autour de 15 %. Depuis sa victoire à la primaire du PS et de Place publique du 11 octobre, Raphaël Glucksmann passe devant Philippe dans ces deux hypothèses : de deux points chez YouGov (12 % contre 10 %), d’un seul chez OpinionWay (13 % contre 12 %). Là encore, ces écarts doivent être lus avec les marges d’erreur des enquêtes.
Philippe dit non, Attal laisse la porte ouverte
Le candidat d’Horizons, mieux placé que ses rivaux dans les enquêtes citées, reste fermé à l’idée. Il excluait déjà toute participation à une primaire le 24 mars, sur France 2. À la rentrée, il a tendu la main à ses rivaux en vue de la présidentielle et des législatives, proposant un rendez-vous début novembre entre dirigeants de la droite et du centre, distinct du comité de liaison du bloc central. Retailleau et Attal ont décliné, aucun ne voulant se ranger derrière lui. Dans son camp, le sénateur Horizons Franck Dhersin résume la ligne : ceux qui réclament une primaire sont ceux qui peinent dans les sondages.
70 % des sympathisants de droite et du centre sont favorables à une primaire
Gabriel Attal a choisi la posture inverse. Il assurait le 27 août n’avoir « jamais écarté » une primaire, y voyant, après la tribune de plus de 200 élus, la preuve qu’aucun candidat ne s’impose naturellement. Le candidat de Renaissance affirmait avoir proposé à Philippe un vote de départage si personne ne décolle dans les premiers mois de campagne ; son rival, assurait-il, n’en voulait pas à ce stade. Entre les deux anciens Premiers ministres, le climat n’aide pas : dans Le Crépuscule des princes, Philippe juge « très, très immature » l’assurance d’Attal, qui se dit meilleur en campagne. Xavier Bertrand, lui, a confirmé sa candidature à la rentrée du Medef en écartant toute primaire, lui qui avait fini quatrième du vote de départage de LR en 2021.
Une primaire, oui, mais avec qui et comment ?
Car la primaire, il faut la bâtir. Hervé Morin, l’un des initiateurs de la tribune publiée par Le Figaro, a adressé aux candidats une charte : chacun s’engagerait à soutenir le vainqueur, après avoir réuni le parrainage de 300 maires issus de 30 départements, avec un maximum de 30 maires par département. Côté électeurs, l’appétit existe. Selon un sondage Odoxa, publié le 9 septembre, 70 % des sympathisants de droite et du centre y sont favorables, contre 50 % en juillet 2021, et 56 % pensent qu’elle rassemblerait le camp. Mais qui y inviterait-on ? 60 % de ces sympathisants écartent Reconquête, dont le fondateur Éric Zemmour a annoncé sa candidature le 17 septembre. En février, Valérie Pécresse refusait d’y voir Sarah Knafo, là où Laurent Wauquiez souhaitait l’inclure.
Personne ne l’a oublié : la primaire de novembre 2016, avec 4,4 millions de votants au second tour, avait fait de François Fillon le candidat de la droite avant son élimination au premier tour de la présidentielle, après l’affaire des emplois fictifs. Le sénateur centriste Hervé Marseille liste les obstacles pratiques : comment voter, qui paie, et que faire si le résultat reproduit les sondages ? Le calendrier ajoute à l’incertitude : dès février, Pécresse jugeait qu’une primaire à l’automne 2026 serait une faute, quand Michel Barnier, soutien de Retailleau, évoque désormais un rassemblement en janvier 2027, « peut-être à travers une primaire ». Le PS et Place publique ont désigné leur candidat le 11 octobre. À droite et au centre, on discute encore de qui s’assiérait à la table.




