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Marine Le Pen lance sa campagne présidentielle de « l’optimisme » dans un Orléans sous cloche

Marine Le Pen lance sa campagne présidentielle à Orléans. (Crédits: Remon Haazen/Getty Images)
Devant 8 500 personnes, la candidate du RN a ouvert, ce 25 octobre, sa quatrième campagne présidentielle, portée par des sondages allant jusqu’à 38 % des intentions de vote au premier tour. Près de 3 000 policiers et gendarmes étaient mobilisés pour le week-end, marqué par une marche anti-RN la veille.

Le 25 octobre, Marine Le Pen a lancé sa campagne présidentielle à Orléans sous haute sécurité. Près de 3 000 policiers et gendarmes avaient été mobilisés pour le week-end. Selon Le Parisien, la préfecture du Loiret avait réquisitionné des bus municipaux pour transporter des militants sous escorte jusqu’à l’Arena, au sud de la ville. Des fouilles au corps appuyées, des camionnettes bleues à chaque carrefour, des rassemblements de gauche tenus à distance. Toute manifestation était interdite ce dimanche. Une centaine de militants antifascistes se sont tout de même retrouvés, loin de la salle.

Le Rassemblement national s’en félicite. « C’est bien la preuve que quand on veut, on peut, se réjouit l’eurodéputé Philippe Olivier, conseiller de Marine Le Pen, auprès du Monde. Dès qu’on ne laisse plus les gens se balader avec des tenues de black blocs, c’est tout de suite moins le bordel. » Le quotidien rapporte également les éloges adressés au préfet du Loiret, Hugues Moutouh, par des cadres du RN, ainsi que les perspectives de nomination évoquées à son sujet en cas de victoire en 2027. « Un connaisseur, très bon sur le maintien de l’ordre », vante le député du Nord Michaël Taverne, ancien policier, dans le même article.

Quatrième essai, nouveau pari : la douceur

À l’intérieur, l’ambiance est à l’exact opposé. Piaf, Céline Dion et Michel Delpech se succèdent pour 8 500 personnes. Quand retentit « Désenchantée », la salle reprend en chœur « tout est chaos ». À la boutique du parti, Jeanne d’Arc, figure associée à Orléans, s’affiche sur les pins, les mugs et les briquets, aux côtés de Marine Le Pen et de Jordan Bardella. Peu après 16 h 20, la candidate, qui brigue l’Élysée pour la quatrième fois, monte sur scène pour une heure. Slogan : « Renaissance pour la France ». Elle promet d’inscrire la « communauté nationale » dans la Constitution et un gouvernement « pluraliste », sans faire l’impasse sur « l’immigration qui submerge nos villes » ni sur « l’État prédateur ». « Nous ne vivons pas la fin du monde, mais la fin de leur monde », lance-t-elle.

Le moral s’appuie sur les chiffres. L’enquête Ifop-Fiducial publiée le 20 octobre pour LCI, Le Figaro et Sud Radio la crédite de 34 à 38 % des intentions de vote au premier tour et la donne gagnante dans toutes les configurations de second tour testées. Celle d’Ipsos bva-CESI pour Le Parisien, publiée le 24 octobre, la situe entre 32 et 33,5 % au premier tour. La veille du meeting, devant la presse, elle jugeait « la bataille du constat gagnée ». « On a gagné la bataille des idées et de la crédibilité, il reste celle des urnes », résume Jean-Lin Lacapelle, cadre historique du parti. Le RN revendique 160 000 adhérents et un pic d’adhésions depuis les émeutes du 17 octobre. « Quand l’extrême gauche prône le chaos, le parti de l’ordre, c’est nous », martèle Yoann Gillet, directeur adjoint de la campagne. « Nous incarnons la France apaisée », ajoute le député de l’Yonne Julien Odoul.

Les vieux démons font de la résistance

L’ordre promis s’accommode pourtant mal des scènes du week-end. Ce 24 octobre, entre 13 000 (selon la préfecture) et 26 000 personnes (selon les organisateurs) ont défilé sans incident dans un centre-ville aux commerces fermés et barricadés. En tête, le patron du PS, Olivier Faure, a jugé le RN « responsable » d’un « climat délétère, raciste, xénophobe », au lendemain de l’attaque de Trappes et La Verrière (Yvelines), qualifiée d’« attentat terroriste raciste » par Emmanuel Macron : un mort, cinq blessés. « Faire un lien entre ce qui s’est passé à Trappes et nous n’est pas digne », a répliqué Marine Le Pen. Le maire de Trappes, Ali Rabeh, présent dans le cortège, accuse les dirigeants du parti d’avoir préparé le terrain par leurs discours.

Marine Le Pen n’a toujours pas décroché de prêt bancaire pour financer sa campagne

Le même jour, des journalistes de Mediapart ont été brutalement expulsés de la salle du congrès par le service d’ordre, selon le média. Ils ont ensuite pu revenir, après les excuses du service de presse du RN. Le lendemain, rebelote. Le discours de Jordan Bardella, réélu la veille à la présidence du RN avec 98,98 % des voix, est interrompu par des militants de l’Union des étudiants juifs de France venus dénoncer « l’antisémitisme et le racisme » du parti. Ils sont évacués. Selon Mediapart, un de ses journalistes qui filmait la scène a également été expulsé, tandis qu’un journaliste de Politis s’est fait arracher son téléphone, récupéré ensuite. L’UEJF annonce une plainte pour « violences en réunion ». Le président du RN reste éclaboussé par des révélations de Mediapart sur des propos antisémites qui lui sont attribués et dont il continue de nier la paternité. « Ça n’a aucun impact auprès de nos électeurs », balaie Jean-Lin Lacapelle.

Reste le prosaïque. Début octobre, Marine Le Pen expliquait n’avoir trouvé aucune banque française acceptant de financer sa campagne. Éric Ciotti, patron de l’UDR, a lancé un appel « solennel » à ses « anciens amis » des Républicains. Surtout, la Cour de cassation s’est engagée à statuer avant l’élection présidentielle dans l’affaire des détournements de fonds du Parlement européen. Condamnée en appel le 7 juillet, la candidate a été condamnée à trois ans de prison, dont deux avec sursis et un an ferme aménageable sous bracelet électronique. Elle s’est pourvue en cassation. La Cour doit d’abord examiner, le 16 décembre, les questions prioritaires de constitutionnalité déposées dans ce dossier.

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