La bataille des thèmes a-t-elle déjà commencé ?
Les principaux sujets de préoccupation des Français sont déjà installés dans le paysage politique et médiatique, parfois depuis plusieurs décennies, comme l’insécurité ou l’immigration. Ils seront évidemment des thèmes importants de la campagne. En revanche, nous ne connaissons pas encore la hiérarchie exacte des priorités. Elle se dessinera dans les mois qui viennent et sera connue au moment du scrutin. Mais nous avons déjà toutes les données de l’équation.
Depuis dix ans, les crises s’enchaînent. Les Français attendent-ils encore un projet de société ou avant tout une promesse de protection ?
Je pense qu’ils attendent avant tout une promesse de protection, ou au moins l’assurance que les choses ne vont pas continuer à se dégrader. Ils attendent évidemment une vision de la société, mais ce qui compte aujourd’hui davantage, c’est la confiance qu’ils peuvent accorder à un responsable politique capable d’améliorer leur vie quotidienne. Dans une période de forte défiance, la personnalité du candidat – ses valeurs, sa capacité à réagir, sa proximité avec les citoyens – compte presque autant que son programme.
La personnalité présidentielle compte davantage que le programme. Quand on demande aux Français de citer trois propositions précises d’un candidat, il est rare qu’ils soient capables de les restituer. En 2017, certains avaient retenu quelques mesures emblématiques d’Emmanuel Macron, comme la suppression de la taxe d’habitation, mais dans l’ensemble, ce sont davantage les personnalités que les programmes qui structurent le vote. L’enjeu central est donc la capacité du candidat à recréer un lien avec la population.
La guerre en Ukraine, les tensions avec l’Iran vont-elles faire de l’international un thème central de ce scrutin ?
L’international peut avoir un impact, mais je pense qu’il jouera surtout comme un test de stature. La guerre en Ukraine et la question de l’aide aux populations ukrainiennes ont montré que ces sujets pouvaient avoir des conséquences dans l’opinion. Mais ils révèlent surtout la perception qu’ont les Français de la stature des candidats. Édouard Philippe est par exemple considéré par beaucoup comme ayant une stature d’homme d’État. À l’inverse, ces questions auraient peut-être pu davantage fragiliser des personnalités plus jeunes comme Jordan Bardella ou Gabriel Attal. Il faut aussi rappeler qu’il existe aujourd’hui une forme de convergence dans la classe politique française sur les grandes orientations internationales : la question des alliés de la France ou de sa place dans le monde ne créent plus de clivage majeur. Marine Le Pen a longtemps été associée à une proximité avec la Russie, mais elle a profondément fait évoluer sa position depuis la guerre en Ukraine. Aujourd’hui, l’international est plus un test de stature qu’un véritable sujet de débat.
Le retour de Marine Le Pen oblige-t-il les autres candidats à revoir leurs thèmes de campagne ?
Il les oblige surtout à avoir une identité plus solide que celle qu’avait Jordan Bardella. Beaucoup de candidats considéraient auparavant que Jordan Bardella présentait certaines fragilités. Le retour de Marine Le Pen modifie la donne et peut pousser certains à se repositionner. Cela ouvre notamment un espace pour la droite, avec Édouard Philippe ou Bruno Retailleau, qui peuvent chercher à incarner une droite plus libérale sur le plan économique, davantage pro-entreprise et pro-business. C’est un positionnement que Jordan Bardella aurait peut-être pu davantage occuper, alors que Marine Le Pen l’incarne moins, puisqu’elle est davantage associée aux questions sociales et au rôle de l’État.
Le pouvoir d’achat peut-il encore s’imposer comme le sujet numéro un, malgré le retour des enjeux identitaires et géopolitiques ?
Ce n’est pas un hasard si Marine Le Pen s’est fortement positionnée sur le pouvoir d’achat depuis la campagne de 2022. C’est devenu un thème central. Les candidats vont probablement chercher à agir sur les leviers qui pèsent directement sur la vie quotidienne : alléger la fiscalité, réduire les coûts du logement, améliorer le pouvoir d’achat. L’emploi et le chômage, qui étaient au cœur des campagnes de 2012 et de 2017, devraient en revanche être moins présents. La baisse du chômage pendant les dix années de présidence Macron a modifié la place de cette question dans le débat public. Le pouvoir d’achat sera donc probablement au moins aussi important que la sécurité et l’immigration.
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