C’est un départ plus tôt que prévu. Jeudi 29 octobre, Christine Lagarde a annoncé qu’elle quitterait la présidence de la Banque centrale européenne (BCE) le 7 février prochain, alors que son mandat devait prendre fin le 31 octobre 2027. À 70 ans, l’ancienne ministre française de l’Économie mettra ainsi fin à un peu plus de sept années à la tête de l’institution chargée de la politique monétaire de la zone euro. « Je quitte cette institution avec le sentiment du devoir accompli et une BCE prête pour l’avenir », a déclaré Christine Lagarde dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. Avant de rejoindre la BCE, elle avait dirigé le Fonds monétaire international (FMI) de 2011 à 2019.
Cette décision intervient après plusieurs mois de spéculations sur son avenir. En février 2026, le Financial Times avait déjà évoqué la possibilité d’un départ anticipé. Dans un entretien accordé à La Croix, publié le 30 septembre sur le site de la BCE, Christine Lagarde avait elle-même laissé la porte ouverte : « Je n’exclus pas de partir quelques mois avant la fin de mon mandat. » Elle assurait toutefois qu’elle serait encore en poste en 2027.
Le communiqué de la BCE ne précise pas les raisons de son départ, mais son calendrier attire l’attention. En quittant ses fonctions en février, elle ouvre la possibilité pour les dirigeants européens de choisir son successeur avant l’élection présidentielle française du printemps 2027.
Un départ qui intervient avant la présidentielle française
Ce calendrier n’est pas anodin. Le choix du prochain président de la BCE pourrait intervenir alors qu’Emmanuel Macron est encore à l’Élysée. La nomination revient au Conseil européen, réuni dans sa composition limitée aux dirigeants des pays de la zone euro, sur recommandation du Conseil de l’Union européenne et après consultation du Parlement européen et du Conseil des gouverneurs de la BCE.
Pourquoi cette nomination est-elle si importante ? La BCE décide notamment des taux d’intérêt qui influencent le coût des crédits immobiliers, les prêts aux entreprises et, plus largement, l’activité économique. Son président joue donc un rôle majeur dans les décisions qui touchent les ménages et les entreprises de toute la zone euro. Ces décisions sont toutefois prises collectivement au sein du Conseil des gouverneurs, qu’il préside.
Le calendrier choisi par Christine Lagarde suscite toutefois des réactions différentes. Markus Ferber, eurodéputé allemand du Parti populaire européen, estime auprès de Reuters que ce départ anticipé pourrait envoyer « le mauvais signal ». Il met ainsi en garde contre un risque pour la confiance dans une institution dont l’indépendance doit être préservée, si ce départ apparaît lié aux échéances électorales nationales.
À l’inverse, Marcel Fratzscher, président de l’institut économique allemand DIW, voit dans cette décision un « sens aigu des responsabilités envers l’Europe ». Selon lui, qui s’exprime également auprès de Reuters, ce départ anticipé donne aux gouvernements et aux institutions européennes la possibilité de choisir un successeur qui protégera les valeurs européennes et l’indépendance de la BCE.
Qui pourrait lui succéder ?
La question de la succession est désormais au premier plan. Parmi les noms régulièrement évoqués figurent Klaas Knot, ancien gouverneur de la banque centrale des Pays-Bas, et Pablo Hernández de Cos, ancien gouverneur de la Banque d’Espagne et actuel directeur général de la Banque des règlements internationaux. Aucun successeur n’a encore été officiellement désigné.
La tâche s’annonce importante pour le prochain président. La BCE doit en priorité contenir l’inflation, c’est-à-dire la hausse générale des prix, sans freiner excessivement l’économie. Elle doit également surveiller les conséquences des tensions sur les marchés financiers et des variations du prix de l’énergie. Son futur dirigeant devra donc tenir compte de l’activité économique tout en donnant la priorité à la stabilité des prix.
Pour Christine Lagarde, ce départ ne signifie pas nécessairement la fin de son engagement public. Dans un entretien accordé à Euronews le 9 juillet dernier, elle a écarté toute ambition politique immédiate, tout en réaffirmant son attachement au projet européen : « Je ne suis candidate à rien, mais je tiens beaucoup à ce que l’Europe soit protégée, que l’Europe reste le cadre dans lequel les États membres évoluent, y compris la France. »




