« Personne n’est obligé d’aimer le président élu, mais il doit gouverner pour tout le monde » : au soir de sa victoire, Luiz Inácio Lula da Silva a appelé les Brésiliens à dépasser leurs divisions. Réélu avec 51,79 % des voix face au candidat d’extrême droite Flávio Bolsonaro, dimanche 25 octobre, le président de 80 ans décroche un quatrième mandat historique. Mais derrière cette victoire se dessine un défi de taille : gouverner un pays qui reste profondément partagé.
Il était donné perdant par certains sondages. Il termine finalement en tête. Arrivé deuxième au premier tour, le 4 octobre, avec 45,16 % des suffrages contre 47,03 % pour Flávio Bolsonaro, Lula a renversé la tendance. Selon les résultats définitifs du Tribunal supérieur électoral brésilien (TSE), il recueille plus de 64,2 millions de voix, contre 59,8 millions pour son adversaire. Un écart de plus de 4,4 millions de suffrages.
Cette remontée s’inscrit dans un parcours politique hors norme. Ancien ouvrier métallurgiste et figure historique de la gauche, Lula a dirigé le Brésil de 2003 à 2010 avant de retrouver le pouvoir en 2023. Son retour semblait pourtant compromis après son incarcération en 2018 dans une affaire de corruption. L’annulation de ses condamnations lui a finalement permis de retrouver ses droits politiques. Quatre ans après son retour à la présidence, il remporte une nouvelle élection.
Le bolsonarisme reste une force majeure
Flávio Bolsonaro, lui, n’a pas seulement défendu l’héritage politique de son père, l’ancien président Jair Bolsonaro. Le sénateur de 45 ans a aussi incarné le désir de changement d’une partie de l’électorat, mobilisée notamment autour de la sécurité et du rejet de la gauche. Près de 60 millions de Brésiliens ont voté pour lui. Le bolsonarisme reste donc un acteur incontournable de la vie politique nationale.
Et la contestation a commencé dès l’annonce des résultats. Flávio Bolsonaro a refusé de reconnaître le résultat et annoncé qu’il demanderait l’annulation de l’élection. Il a notamment dénoncé la décision du ministre du Tribunal suprême fédéral Cristiano Zanin de prolonger de deux heures la durée du vote dans les bureaux encore ouverts, après des difficultés de transport signalées dans plusieurs villes. Une prolongation que sa propre campagne avait également réclamée dans certaines localités. Son père avait lui aussi refusé de reconnaître sa défaite en 2022 face à Lula.
Au-delà de cette contestation annoncée, le scrutin dépasse les frontières brésiliennes. La victoire de Lula contrarie notamment les efforts déployés par certains responsables de l’administration Trump pour favoriser le retour du clan Bolsonaro au pouvoir. Donald Trump lui-même s’était toutefois abstenu d’apporter un soutien public à Flávio Bolsonaro pendant la campagne. Elle maintient aussi le Brésil sur une ligne diplomatique plus indépendante de Washington, notamment dans ses relations avec la Chine. « Ce pays n’acceptera pas d’être la cour arrière de qui que ce soit », a affirmé Lula.
Un quatrième mandat sous pression
Pour convaincre les électeurs, le président sortant a misé sur son bilan social et la défense de la démocratie. Mais cette victoire ne constitue pas pour autant un rejet massif de la droite : près de 48 % des électeurs ont choisi son rival. Le résultat révèle autant la capacité de mobilisation de la gauche que la solidité du camp conservateur.
Le président devra aussi composer avec un Congrès où les forces conservatrices restent puissantes. Pour faire adopter ses réformes, il lui faudra négocier avec une opposition qui sort de cette élection loin d’être marginalisée. Sa marge de manœuvre sera d’autant plus limitée que le scrutin a confirmé l’existence de deux blocs électoraux presque équivalents.
À 80 ans, alors qu’il s’apprête à entamer son quatrième mandat non consécutif, il devra transformer sa courte avance en résultats concrets. Réduire les inégalités, préserver l’environnement et rétablir la confiance dans les institutions : les chantiers sont nombreux. Sa victoire lui offre quatre années supplémentaires pour agir. Mais la première bataille sera peut-être la plus difficile : convaincre un pays dont près d’un électeur sur deux a préféré son adversaire.




