Depuis l’invasion à grande échelle de la Russie en Ukraine, la guerre asymétrique voyant s’affronter le Hamas et Israël, ou encore le conflit au Moyen-Orient, le monde semble basculer dans une nouvelle ère. Caractérisé par les rapports de force et la loi du plus puissant, ce chapitre inédit que certains dirigeants cherchent à emprunter fait craindre le pire au sein des populations. Une peur qui s’est dernièrement confirmée à travers un sondage dévoilé par l’institut YouGov en mai 2025, selon lequel 55 % des Français estiment probable l’éclatement d’un conflit mondialisé dans la prochaine décennie.
L’inquiétude générale se traduit également dans les hautes sphères du pouvoir français, dont le gouvernement, qui n’a de cesse de rehausser le budget de la défense. Le président de la République Emmanuel Macron affiche la volonté de porter l’effort aux armées à 2,5 % du PIB d’ici 2030, avant d’atteindre 3,5 % à l’horizon 2035. Malgré un déficit budgétaire de 106,8 milliards d’euros pour le premier semestre 2026, l’intérêt de la défense n’a pas faibli. Le 1ᵉʳ juillet dernier, une nouvelle loi de programmation militaire 2026-2030 a été votée, prévoyant désormais 436 milliards d’euros d’ici à 2030 au budget des armées. Une mise à jour qui traduit l’urgence du réarmement et de la défense nationale, quitte à empétrer plus profondément le pays dans la crise économique.
La première moitié de 2026 a sans aucun doute opéré un basculement majeur dans les opinions et dans le secteur militaire. Quelques mois à peine avant le début de l’année, le ton avait été brutalement donné par le général Mandon, chef d’état-major des Armées (CEMA) : « Si notre pays flanche parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants, parce qu’il faut dire les choses, de souffrir économiquement parce que les priorités iront à de la production défense, alors on est en risque ». Devant les députés, le général avait rappelé la nécessité de bâtir une défense européenne entièrement souveraine et l’urgence face à un choc contre la Russie, prévu « dans trois, quatre ans ». Retour sur les principaux évènements militaires de l’année 2026.
1. Le parapluie nucléaire européen
Le 28 février, le monde se fracture par l’intervention d’une nouvelle guerre majeure au Moyen-Orient. Dès les prémices de ce conflit, toujours en vigueur aujourd’hui après cinq mois de frappes et de paralysie du détroit d’Ormuz, Emmanuel Macron arborait un visage inquiet. « C’est donc avec beaucoup de gravité que je viens annoncer à la nation une évolution à la hauteur de nos défis nationaux », prononçait-il avec solennité, le 2 mars 2026, lors d’un discours depuis la base de l’Île Longue, laquelle abrite les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de la Force océanique stratégique.
Alors que Donald Trump fragilise plus que jamais l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et que les ambitions néo-impérialistes de la Russie menacent toujours le front est de l’Europe, l’incertitude est totale. Le 2 mars, Emmanuel Macron annonce que huit pays européens ont accepté de participer à la nouvelle étape de la dissuasion nucléaire française. Promu depuis son premier mandat, le parapluie nucléaire se concrétise ainsi pour la première fois. Ce dispositif permet d’élargir les champs de protection couverts par les armes nucléaires tricolores dans le cas de menaces contre les « intérêts vitaux » des pays.
2. Le déploiement du Charles de Gaulle en Méditerranée
Quelques jours seulement après les balbutiements de la guerre contre l’Iran, initiée le 28 février par des opérations conjointes entre les États-Unis et Israël, Emmanuel Macron s’est livré aux Français. Dans une allocution éclair de sept minutes diffusée le 3 mars 2026, le président de la République s’est exprimé sur le contexte singulièrement tendu au Moyen-Orient, qui garantit « des conséquences pour la paix et la sécurité de tous ». Sonné par cette guerre subite et par la paralysie du détroit d’Ormuz, par lequel transite en temps normal 20 % du trafic du pétrole, le locataire de l’Élysée a annoncé le déploiement du porte-avions Charles-de-Gaulle en mer Méditerranée.
Quand bien même les États-Unis et Israël ont agi, selon Emmanuel Macron, « en dehors du droit international », « aucun bourreau ne sera regretté ». La mise en place du Charles-de-Gaulle suit de près des frappes ayant visé, dès les premières heures du conflit, deux bases militaires françaises dans le Golfe. « En légitime défense », le président de la République a ajouté que ses soldats ont abattu des drones. Dix jours après l’allocution, un premier Français, l’adjudant-chef Arnaud Frion, meurt à la suite d’une offensive iranienne.
3. L’abandon du SCAF
Le 8 juin 2026, la France et l’Allemagne annoncent abandonner leur projet d’avion de combat commun, le SCAF (Système de combat aérien du futur). Lancée en 2017, l’initiative se présentait comme la plus importante coopération industrielle en Europe, avec un budget estimé à hauteur de 100 milliards d’euros. À terme, le SCAF devait remplacer les Rafale français et l’Eurofighter en Allemagne à horizon 2040, afin de renforcer la souveraineté stratégique européenne.
« Les entreprises ne parviennent pas à s’entendre sur la construction d’un avion de combat commun », a justifié dans un communiqué le gouvernement allemand. Les sociétés en question concernaient notamment Dassault Aviation, côté français, et Airbus Defence, représentant l’Allemagne et l’Espagne, Madrid ayant ultérieurement rejoint le projet.
4. La parade militaire du 14 juillet
À rebours de cet échec militaire, Emmanuel Macron s’est rapidement assuré de transformer son dernier 14 juillet en vitrine de la puissance tricolore. Aux côtés de son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky et d’une trentaine d’autres dirigeants, le président de la République française a opté pour une mise en scène franche et spectaculaire. En accueillant autant de visages importants du territoire européen, Paris s’est présentée comme une « nation cadre » prête à coordonner une réponse concrète face aux crises. Surtout, elle concrétise le réveil stratégique des Vingt-Sept.
Au total, 6 686 militaires (soit 15 % de plus que l’an dernier), 315 véhicules, 98 avions et 31 hélicoptères (+30 %), ainsi que 500 soldats de la coalition des volontaires sont descendus sur les Champs-Élysées, exécutant un pied de nez retentissant face à la puissance russe. Emmanuel Macron entend bien quitter son siège à l’Élysée en signant le réarmement de la France. À travers ses deux mandats, le budget de la défense tricolore a été multiplié par deux.
5. Le nouveau service national militaire volontaire
Enfin, les avancées militaires françaises ne peuvent s’opérer sans la formation et la sensibilisation des plus jeunes. En novembre 2025, Emmanuel Macron annonçait, devant la 27ᵉ brigade d’infanterie de montagne de Varce en Isère, les contours d’un tout nouveau service national militaire. Face aux risques accrus de conflit, les jeunes volontaires souhaitant défendre leur pays pourront se mobiliser, dix mois durant, pour « renforcer le pacte noué entre notre nation et notre armée, renforcer la capacité de résistance de notre nation et consolider la formation de nos jeunes », selon le chef d’État.
Dans des « cas exceptionnels », Emmanuel Macron a également avoué se réserver le droit de rendre le nouveau service militaire obligatoire : « en cas de crise majeure, le Parlement pourra autoriser de faire appel, au-delà des seuls volontaires, à ceux dont les compétences auront été repérées lors de cette journée de mobilisation ». Le nouveau dispositif, qui voit le jour cet été avec 3 000 jeunes, ambitionne de former 10 000 personnes par an en 2030, puis 50 000 par an en 2035. « Dans ce monde incertain, où la force prime sur le droit et la guerre se conjugue au présent, notre nation n’a le droit ni à la peur, ni à la panique, ni à l’impréparation, ni à la division », a assuré le président de la République.






