« Les résultats sont souvent inattendus », a reconnu Lula au quartier général du Parti des travailleurs. Et pour cause : à la veille du scrutin, les sondages créditaient encore le président sortant d’une légère avance sur son adversaire, Flávio Bolsonaro. Pourtant, au terme du dépouillement, les résultats officiels ont placé les deux candidats à la présidentielle brésilienne au coude-à-coude : 47,03 % pour Flávio Bolsonaro contre 45,16 % pour Lula.
Comme son père Jair en 2018, Flávio Bolsonaro est donc passé tout près d’une victoire dès le premier tour. Son score est même supérieur à celui obtenu par son père au même stade de l’élection. De quoi placer le candidat d’extrême droite en position de force à l’ouverture de la campagne du second tour. Flávio Bolsonaro a d’ailleurs remercié ses électeurs pour lui avoir accordé « un vote de confiance pour le changement ».
Lula, de son côté, n’entend pas se laisser distancer. Malgré son retard, le président sortant s’est lui aussi montré confiant pour la suite :
« Le match va commencer. Nous sommes dans les prolongations, et c’est là que nous allons convaincre le peuple brésilien. »
Bolsonaro : un nom qui pèse lourd
La bataille s’annonce néanmoins rude pour Lula. Flávio Bolsonaro peut compter sur le nom et la base électorale hérités de son père. Jusqu’à récemment, il restait pourtant peu connu au niveau national. C’est l’ancien chef d’État, aujourd’hui emprisonné après sa condamnation pour tentative de coup d’État, qui l’a adoubé comme son héritier politique.
Malgré une campagne marquée par des soupçons de corruption, le nom Bolsonaro semble avoir suffi à lui permettre d’arriver en tête du premier tour, dimanche 4 octobre, face à Lula, qui brigue à 80 ans un quatrième et dernier mandat. Flávio Bolsonaro entend désormais capitaliser sur cette dynamique pour conserver son avance avant le second tour, prévu le 25 octobre.
D’autant que les deux hommes ont laissé derrière eux dix autres candidats au premier tour, dont plusieurs représentaient des alternatives à droite. Un réservoir de voix qui pourrait s’avérer décisif dans les prochaines semaines. Flávio Bolsonaro a par ailleurs promis que, s’il est élu, il ne briguerait pas de second mandat dans quatre ans.
Vers un rapprochement avec les États-Unis ?
Cette nouvelle configuration politique pourrait également avoir des conséquences sur la politique étrangère du Brésil, notamment sur ses relations avec les États-Unis.
La question de la souveraineté a occupé une place importante dans la campagne de Lula. Le président brésilien a à plusieurs reprises accusé Washington de chercher à influencer la politique intérieure du pays, des accusations rejetées par les États-Unis. Le jour du scrutin, le président du Tribunal supérieur électoral (TSE), Kassio Nunes Marques, a toutefois déclaré que les autorités électorales ne disposaient d’aucun indice d’ingérence internationale dans le processus électoral.
Les relations entre Brasilia et Washington ont connu de fortes tensions depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. En 2025, le président américain avait notamment justifié l’imposition de droits de douane supplémentaires sur les produits brésiliens par le procès de Jair Bolsonaro et sanctionné le juge Alexandre de Moraes, chargé du dossier. Ces sanctions ont toutefois été levées à la fin de l’année 2025. Sur le plan sécuritaire, le camp Bolsonaro s’est également rapproché des positions américaines dans la lutte contre le narcotrafic. Plus tôt cette année, les États-Unis ont désigné les deux principaux gangs brésiliens, le PCC et le Comando Vermelho, comme organisations terroristes, une décision que Flávio Bolsonaro avait lui-même réclamée.
Une éventuelle victoire de Flávio Bolsonaro pourrait ainsi ouvrir la voie à un rapprochement plus marqué avec Washington. Le candidat a indiqué vouloir rejoindre le « Shield of the Americas », une coalition lancée par l’administration Trump autour de la lutte contre les cartels et le narcotrafic, que le Brésil de Lula a jusqu’ici refusé de rejoindre, notamment en invoquant la défense de sa souveraineté.



