Impuissant dans sa volonté de rouvrir le détroit d'Ormuz, artère essentielle dans le trafic de pétrole et de gaz, Donald Trump se confronte au silence radio des grandes puissances mondiales. Le président joue, une nouvelle fois, avec la survie de l'OTAN.

Donald Trump renoue avec le ton vindicatif qui le caractérise tant. Tandis que la guerre en Iran, menée conjointement avec le gouvernement israélien, s’enlise depuis deux semaines, les tensions grandissent à nouveau entre le président des États-Unis et ses « alliés » européens. Au centre de ces pressions : la discrétion, selon Donald Trump, des puissances après l’appel à l’aide des États-Unis.

Tandis que le régime des mollahs iraniens mise sur une stratégie de fermeture du détroit d’Ormuz et de régionalisation du conflit, les armées américaines et israéliennes répètent à l’envi réussir leurs objectifs militaires. En dépit de ces succès, Washington semble bien en peine de toucher du doigt le Graal de la victoire, voire même de rouvrir le détroit, dont la mise à l’arrêt provoque une crise énergétique aux répercussions mondiales.

 La fermeture du détroit nourrit les tensions 

Le détroit d’Ormuz, par lequel transite habituellement 20 % du trafic mondial de pétrole et de gaz liquéfié, se présente comme une artère hautement stratégique aux yeux de nombreuses puissances. Si l’Europe se fournit essentiellement auprès des États-Unis, de la Norvège ou encore du Kazakhstan, les pays asiatiques souffrent bien plus amèrement du conflit en Iran, 80 % de leur pétrole transitant par le détroit en temps normal.

Impuissant face au blocage prolongé de cette route maritime vitale, Donald Trump a fustigé, lors d’une interview accordée ce dimanche 15 mars au Financial Times, le manque de soutien de ses alliés et des grandes économies mondiales. Une énième montée en pression nourrie par le manque de réponse suivant son post sur le réseau Truth Social la veille, dans lequel il invitait la Chine, la France, le Japon, la Corée du Sud ou encore le Royaume-Uni à assurer la sécurité du détroit d’Ormuz. Emmanuel Macron avait pourtant participé à la mise en place d’une mission « purement défensive », selon ses termes, pour « rouvrir progressivement le détroit d’Ormuz », avait-il déclaré lundi 9 mars, lors de son voyage à Chypre.

« Les pays du monde recevant du pétrole par le détroit d’Ormuz doivent s’assurer de la sécurité de ce passage, et nous les aiderons – BEAUCOUP !, peut-on lire sur le post. Les États-Unis se coordonneront avec ces pays afin que tout se passe rapidement, doucement et d’une bonne manière ».

Cette impuissance manifeste ne semble pas, pour l’heure, susciter l’intérêt des nations mentionnées par le président des États-Unis, lesquelles craignent une escalade dangereuse du conflit en cas d’intervention. Le Japon, encadré par sa Constitution pacifiste de 1947, a affirmé ce lundi qu’il « n’envisageait pas » d’opération, par l’intermédiaire de son ministre de la Défense Shinjiro Koizumi. Même son de cloche en Australie, où la ministre des Transports Catherine King a déclaré que « ce n’est pas quelque chose qui nous a été demandé ni à quoi nous contribuons ».

L’OTAN navigue en eaux de plus en plus troubles

Vexé par le faible écho rencontré par sa demande, Donald Trump n’a pas tardé à faire preuve de son inénarrable sang chaud. C’est dans les colonnes du Financial Times que le Républicain a enfoncé le clou sur la crédibilité qu’il juge toujours plus fébrile de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, envisageant « des conséquences très mauvaises » pour son avenir en cas de silence prolongé outre-Atlantique.

La Chine n’a pas non plus échappé aux invectives de Donald Trump, lequel s’est contenté de reporter son sommet prévu avec son homologue chinois, Xi Jinping, initialement prévu fin mars. Deux semaines avant l’échéance, le Républicain menace donc la tenue de la rencontre, accentuant les pressions sur la relation sino-américaine. Au menu de l’évènement devaient pourtant être évoqués la trêve commerciale, les intentions de Donald Trump en Iran, ou encore le sujet de Taïwan, petite île sur laquelle lorgne Pékin depuis de nombreuses décennies.

Le comportement des alliés européens dans les prochains jours sera, aux yeux de Donald Trump, un véritable thermomètre concernant le futur de l’OTAN. « Nous avons un truc appelé l’OTAN, peut-on lire dans l’article du Financial Times. Nous avons été très gentils. Nous n’avions pas à les aider avec l’Ukraine. L’Ukraine est à des milliers de kilomètres de nous… Mais nous les avons aidés. Maintenant, on va voir s’ils nous aident. Parce que j’ai longtemps dit que nous serions là pour eux mais qu’ils ne seraient pas là pour nous. Et je ne suis pas sûr qu’ils seraient là ». Depuis le début de son second mandat, Donald Trump ne s’est engagé sur aucune aide financière, militaire ou humanitaire directe envers l’Ukraine.

Ce n’est pas la première fois que l’OTAN traverse une crise aussi dangereuse, la dernière en date remontant à janvier 2026, période au cours de laquelle le résident de la Maison Blanche convoitait d’envahir le Groenland, quitte à y employer la force. Cet épisode sous haute tension s’était conclu par un accord signé aux côtés de Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, destiné à sécuriser l’ensemble de la région arctique.