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Acte III de la mobilisation lycéenne : le gouvernement sous pression

Edouard Geffray. (Crédits: Thierry NECTOUX/Gamma-Rapho via Getty Images)
Après dix-huit jours de mobilisation et des milliers de gardes à vue, le ministre de l’Éducation nationale a reçu des représentants lycéens le 2 octobre. Ce 6 octobre, ils réclament un budget 2027 à la hauteur de leurs attentes, tandis que l’exécutif défend Parcoursup.

Mille huit cents lycées bloqués, fermés d’office ou en manifestation : c’est le chiffre que l’Union syndicale lycéenne (USL) avance ce 6 octobre, en parlant d’un record pour cet « acte III » de la mobilisation. Du côté du gouvernement, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, décrit sur France Inter « quelques dizaines » de blocages en début de matinée et un mouvement en recul depuis le 2 octobre. Deux lectures d’une même journée, que l’exécutif surveille de près, par crainte d’une extension à d’autres secteurs.

Louis Letoublon, vice-président de l’organisation Les Lycéens !, a renvoyé la balle au ministre de l’Éducation nationale. Édouard Geffray « dit avoir écouté, il faut qu’il passe à l’action maintenant », lance-t-il. S’il agit, assure-t-il, « il y aura un retour au calme ». Le jeune homme, qui appelle à manifester « pacifiquement » et dit condamner « fermement les débordements », vise le budget 2027, « qui dira comment les lycéens seront traités ». Il y relève 1 588 suppressions de postes de professeurs supplémentaires, qui rendent selon lui impossible « d’avoir un prof dans chaque salle ». Il pointe aussi les cinq milliards d’euros d’efforts demandés aux collectivités territoriales : « On se demande comment les régions vont pouvoir améliorer le bâti scolaire. »

Plusieurs jours de silence rue de Grenelle

La mobilisation a démarré le 18 septembre. Le ministre ne reçoit les représentants lycéens que le 2 octobre, et ne met les pieds dans un établissement, à Guyancourt, que la veille de cette nouvelle journée. Entre-temps, les premières réponses sont venues de l’Intérieur et de la Justice.

Édouard Geffray est un homme de dossiers, pas de terrain. Passé par la direction des ressources humaines du ministère puis par celle de l’enseignement scolaire, il se félicitait le 17 avril, dans un entretien à La Dépêche, de la baisse du nombre d’élèves par classe : 600 000 élèves de moins depuis 2017, 16 500 postes d’enseignants créés, des classes passées de 23 à 21 élèves dans le premier degré. « Et cela va bien sûr continuer », ajoutait-il. Six mois plus tard, devant les lycées en grève, les banderoles dénoncent les journées de 8 h à 18 h, les locaux vétustes et les professeurs manquants.

À Guyancourt, le ministre a fini par plaider pour le dialogue, « seule voie dans une démocratie ». Ce 6 octobre, il a salué une journée de manifestation qui s’inscrit, a-t-il dit, dans un cadre « organisé, démocratique, légal », une première depuis dix jours selon lui. Il a aussi dénoncé des « violences extrêmes à l’intérieur » des blocus et des violences contre des « dizaines de personnels », qui « n’était jamais arrivé ».

Gardes à vue, blessés et enquêtes

Le bilan des dix-huit derniers jours alimente le bras de fer. Selon le ministère de la Justice, 5 060 personnes ont été placées en garde à vue, dont 87 % de mineurs. 1 802 font l’objet de poursuites, 14 ont été placées en détention provisoire. Laurent Nuñez avance de son côté plus de 6 000 interpellations et parle de « violences urbaines » commises par « des individus cagoulés », avec des forces de l’ordre « systématiquement prises à partie ».

Les services du Premier ministre comptent 215 adolescents blessés et plus de 700 membres des forces de l’ordre. Dix enquêtes ont été confiées à l’IGPN, la police des polices. Plusieurs préfets, comme celui du Gard à Alès, ont autorisé des caméras sur drones pour la journée.

Sur Parcoursup, pas de recul

Reste Parcoursup, que la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, refuse de sacrifier. « Le totem de Parcoursup utilisé par certains responsables politiques est un leurre », a-t-elle lancé, alors que Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin et Dominique de Villepin réclament sa suppression. Elle admet que la plateforme, créée en 2018, « mérite peut-être certaines améliorations », mais la supprimer serait « une solution de facilité ».

Les critiques, elles, se nourrissent d’un chiffre : en juillet, environ 130 000 élèves étaient sans affectation à l’issue de la phase principale. Même le président LR du Sénat, Gérard Larcher, a reconnu « le caractère chaotique » du dispositif. Le malaise dépasse les lycées. Selon une enquête Ipsos/BVA publiée ce 6 octobre, 78 % des 18-29 ans jugent que les responsables politiques « préparent mal leur avenir », et 64 % ne font pas confiance aux candidats à la présidentielle pour entendre leurs préoccupations. Ils sont pourtant 80 % à dire qu’ils iront voter.

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