« 140 milliards d’euros nets d’économies » d’ici à 2032 : c’est l’objectif annoncé par Marine Le Pen lors de la présentation du contre-budget du Rassemblement national. Entre chiffres et graphiques, la candidate à l’élection présidentielle de 2027 a détaillé pendant près de deux heures sa trajectoire budgétaire. Elle entend notamment ramener le déficit public sous les 3 % du PIB dès 2030 et réduire progressivement la dette.
Pour atteindre cet objectif, le Rassemblement national veut d’abord réduire fortement les dépenses de l’État. Marine Le Pen prévoit notamment de s’attaquer au « millefeuille » territorial, avec une réorganisation des collectivités, mais aussi de supprimer une grande partie des agences de l’État jugées inutiles. Le parti propose également une allocation sociale unique et une baisse importante de l’aide publique au développement.
L’immigration constitue également un levier important dans cette stratégie. Le RN estime pouvoir réaliser plusieurs milliards d’euros d’économies grâce à une politique de « préférence nationale » et à une réduction des dépenses liées à l’immigration. Le parti souhaite aussi renforcer la lutte contre la fraude, notamment grâce au prélèvement à la source de la TVA. Selon Marine Le Pen, cette seule mesure pourrait contribuer à récupérer environ 26 milliards d’euros de fraude à la TVA.
Autre poste visé : la contribution française au budget de l’Union européenne. Le RN souhaite la limiter à 5 milliards d’euros, contre près de 29 milliards prévus cette année. Cette mesure illustre l’une des grandes orientations du projet : réduire la contribution française au financement européen pour dégager des marges de manœuvre budgétaires au niveau national.
La « règle d’or » proposée par le RN
Mais le contre-budget ne repose pas uniquement sur des économies. Marine Le Pen veut également modifier la fiscalité et promet des baisses d’impôts, tout en cherchant à financer de nouvelles mesures. Le RN souhaite notamment réduire certaines taxes et revoir la fiscalité des entreprises et du patrimoine. Le parti propose également de remplacer l’impôt sur la fortune immobilière par un nouvel impôt portant davantage sur le patrimoine financier.
Les retraites constituent un autre volet du projet, mais ses modalités restent à préciser. Marine Le Pen a annoncé qu’elle présenterait dans les prochaines semaines une réforme destinée à maîtriser leur coût, ainsi qu’un nouveau dispositif de retraite par capitalisation. Le RN souhaite instaurer un « pilier de capitalisation », qui permettrait aux Français de compléter leur retraite grâce à une épargne investie.
Pour financer l’ensemble et réduire la dette, Marine Le Pen veut surtout imposer une nouvelle règle aux futurs gouvernements. Elle propose de soumettre par référendum une « règle d’or budgétaire » inscrite dans la Constitution. Son principe serait d’encadrer le déficit autorisé afin d’engager une réduction progressive de la dette. À terme, le RN souhaite ramener la dette publique à 60 % du PIB.
Un contre-budget critiqué par l’opposition
Ces annonces ont rapidement suscité des réactions au sein de la classe politique. « Avec un budget Le Pen, on rêverait en couleurs et on raserait gratis », a estimé le ministre de l’Économie, Roland Lescure. Il critique le programme budgétaire de la candidate à la présidentielle de 2027 et juge certaines de ses propositions inapplicables. Le ministre a notamment dénoncé des mesures faites « à la va-comme-je-te-pousse ».
Édouard Philippe, lui aussi candidat à l’élection présidentielle, a également réagi sur le réseau social X. Il estime que Marine Le Pen « présente un plan d’une désinvolture spectaculaire ». « Pour séduire, vous promettez des milliards. Pour économiser, vous inventez des milliards. Mais le principe de réalité finit toujours par s’imposer. Ce que vous proposez ne tient pas la route. Et ça se voit », écrit-il.
Après cette présentation, place désormais au débat parlementaire. Dès le 7 octobre, la commission des finances de l’Assemblée nationale commence l’examen de la première partie du projet de loi de finances pour 2027, avant son arrivée dans l’hémicycle à partir du 13 octobre.



