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Lycées bloqués : Lecornu fixe cinq chantiers à ses ministres, le SNPDEN critique la méthode

Le Premier ministre Sébastien Lecornu à l'Élysée. (Photo par Eric BERACASSAT/Gamma-Rapho via Getty Images)
Le Premier ministre a adressé ce 4 octobre une lettre à sept ministres pour répondre au mouvement lycéen : reprise des cours « partout » où cela est possible et premières décisions avant fin octobre. Du côté des chefs d'établissement, la méthode suscite déjà des critiques.

413 établissements concernés par des actions ou des perturbations ce 5 octobre : voilà le décor dans lequel Sébastien Lecornu a voulu reprendre la main. La veille, le Premier ministre avait fait partir une lettre à Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, et à six autres membres du gouvernement, dont Laurent Nuñez à l’Intérieur et Stéphanie Rist à la Santé. Objet : « une feuille de route avec cinq chantiers ». Délai : de premières décisions « avant la fin du mois ». Une nouvelle journée de mobilisation est déjà prévue ce 6 octobre.

Reprise des cours, remplacements, Parcoursup

Premier point, et le plus immédiat : dès ce 5 octobre, les cours doivent reprendre « partout où la sécurité et l’état des locaux le permettent », au cas par cas. Sébastien Lecornu assume un double registre. La « fermeté face aux violences » doit, écrit-il, aller de pair avec « l’écoute des inquiétudes légitimes ». Les quatre autres axes se lisent comme un cahier de doléances mis en tableau de bord : des conditions d’enseignement « dignes » et des lycées préparés aux fortes chaleurs, des journées qui permettent « de travailler et de vivre au lycée », des choix d’orientation « compréhensibles », et des « suites visibles » données à la parole des élèves. Le chef du gouvernement assure que ces chantiers viennent des conseils académiques de la vie lycéenne et des échanges avec « celles et ceux qui acceptent le dialogue ».

Le calendrier ne laisse guère de marge. Dès cette semaine, chaque académie doit mettre en place un « traitement prioritaire du remplacement des absences longues et des postes non pourvus », avec un premier bilan attendu ce 16 octobre. Ce 6 octobre, le Premier ministre réunit les présidents de région et plusieurs ministres autour de la rénovation des bâtiments, pour « identifier les urgences » et « établir un calendrier ». Message aux deux camps : « Ni l’État ni les régions ne doivent se renvoyer la responsabilité des difficultés. » À Stéphanie Rist, il demande des réponses de proximité là où l’accès à une infirmière, à un psychologue ou à un accompagnement social est le plus difficile. Sur Parcoursup, de premières propositions d’amélioration sont attendues d’ici fin octobre. Quant aux conseils de la vie lycéenne, ils devront être réunis et consultés « en temps utile ».

Manque l’argent. Le projet de budget 2027, présenté ce 1er octobre par le gouvernement, prévoit 1,2 milliard d’euros supplémentaires pour l’Éducation nationale. Suffisant ? Sébastien Lecornu reconnaît sur X qu’il faut « corriger avec humilité ce qui reste insuffisant », sans avancer le moindre chiffre et en renvoyant la question « au débat parlementaire ». Ses ministres, eux, devront lui présenter avant fin octobre les premières décisions, ainsi que « leur coût, leur financement et leur calendrier ».

Sur le terrain, la lettre fait des mécontents

Ce 5 octobre sur franceinfo, Yvon Manac’h, proviseur du lycée Clémence-Royer à Fonsorbes (Haute-Garonne) et secrétaire académique du SNPDEN pour Toulouse, a affirmé que le courrier du Premier ministre avait mis les chefs d’établissement très en colère. « On a le sentiment qu’il nous fait porter la responsabilité », dit-il, notamment sur les remplacements. « Tout ça, on le fait », insiste-t-il, mais les financements prévus les années précédentes ont, selon lui, « fondu comme neige au soleil ».

Autre point de friction : le recours à l’intelligence artificielle pour établir les emplois du temps, une idée que, d’après lui, les chefs d’établissement vivent très mal. Un emploi du temps « ne se fait pas en deux heures mais en trois semaines », rappelle-t-il, en raison notamment des contraintes humaines à prendre en compte. Il s’en prend aussi à un Premier ministre qui « a été ministre de la Défense, mais pas ministre de l’Éducation ». Et déplace le débat : tout n’est pas une question de budget, estime-t-il, et il serait temps d’examiner les effets de la dernière réforme du lycée, qu’il qualifie d’« usine à gaz ».

Le proviseur ne conteste pas le fond. Les revendications des lycéens sont à ses yeux « pertinentes », et les équipes leur expliquent « comment éviter la violence ». Il attribue l’« hyperviolence » observée dans certains établissements à des éléments extérieurs plutôt qu’à ses élèves. Si son lycée, qui compte près de 1 000 élèves, a rouvert ce lundi matin, ce n’est pas le cas de « plusieurs dizaines d’établissements » de son académie, où la sécurité ne peut être assurée. Ce 6 octobre, prévient-il, ce sera « sûrement plus dur » : « la police ne pourra pas être partout ».

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