Les deux Français détenus par l’Iran lèvent le voile sur leur capture. À peine arrivés en France, Cécile Kohler et Jacques Paris ont exprimé ce mercredi 8 avril leur « bonheur immense » de retrouver leurs proches après plus de trois ans de détention « inhumaine » pendant lesquels le couple français a vécu « l’horreur quotidienne » et « l’arbitraire permanent ». « Nous ne sommes pas brisés, nous allons témoigner », a déclaré Jacques Paris, âgé de 72 ans, aux côtés de Cécile Kohler, aujourd’hui âgée de 41 ans, depuis le jardin de l’Élysée à la suite d’un long entretien avec le président Emmanuel Macron. Arrêtés par les autorités iraniennes en mai 2022 et accusés d’espionnage, les deux Français ont passé plus de trois ans et demi de détention dans la sinistre prison d’Evine à Téhéran, avant d’être libérés au début du mois de novembre dernier, avec interdiction de quitter le territoire iranien jusqu’à ce mardi 7 avril. Ils étaient tous deux assignés à résidence à l’ambassade de France dans la capitale iranienne.
Des « otages d’État » sans « aucun droit »
« Nous étions des otages, des otages d’État. Nous avons été traités dans des conditions extrêmement difficiles. On peut même dire que nos conditions de détention étaient inhumaines », a confié Jacques Paris en évoquant Evine, considéré comme « le centre de répression principal en Iran ». Au sein de la prison, Cécile Kohler et Jacques Paris étaient enfermés « au centre d’interrogatoire, où le régime est beaucoup plus compliqué, beaucoup plus difficile, où vous n’avez aucun droit ». Ils n’ont notamment pas pu choisir leurs défenseurs et les contacts avec leur famille étaient « épisodiques et extrêmement brefs » et ils étaient « sous menace permanente ». « Nous n’avions pas le droit de lire, pas le droit d’écrire. Dès que nous sortions de notre cellule, nous avions les yeux bandés », a-t-il ajouté.
Dans ce tourbillon enduré durant 3 longues années, Cécile Kohler confie vouloir transmettre « un message d’espoir, parce que nous avons gardé espoir jusqu’au bout et aujourd’hui, nous sommes là pour vous parler ». Elle explique qu’avec Jacques Paris, ils mesurent « à quel point nous l’avons échappé belle », alors qu’en Iran, elle a été condamnée à 20 ans de prison et Jacques Paris à 27 ans pour espionnage, notamment pour Israël. En Iran, un tel crime peut être passible de la peine de mort. Une situation qui « aurait pu être […] pire que ce que nous avons vécu [et] bien plus longue », avoue la professeure.
L’aboutissement d’un « effort de très longue haleine »
Les deux Français ont atterri peu avant 9 h 00, heure de Paris, à l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle au terme d’un long périple. Ils ont quitté la veille à l’aube Téhéran pour gagner par la route, dans un convoi diplomatique, l’Azerbaïdjan où ils ont pu passer la nuit, avant de prendre l’avion pour Paris. Emmanuel Macron s’est dit « extrêmement heureux » de leur retour et a remercié « les autorités omanaises pour leurs efforts de médiation ».
Cécile Kohler, professeure de lettres en région parisienne, et Jacques Paris, enseignant retraité, avaient été arrêtés en Iran lors d’un voyage touristique qu’ils rêvaient tous deux de faire depuis plusieurs années. Plusieurs ministres français du ministère des Affaires étrangères s’étaient depuis démenés pour obtenir leur libération, dans un contexte qui, depuis fin février dernier, est devenu d’autant plus hostile aux Occidentaux avec le début de la guerre.
Leur libération signe l’aboutissement d’un « effort de très longue haleine », a déclaré mardi 7 avril l’Élysée. Pour Paris, le temps était compté avec les frappes que s’échangeaient l’Iran, Israël et les États-Unis depuis plusieurs mois. Donald Trump avait lancé mardi 7 avril un nouvel avertissement au pouvoir iranien avant de finalement conclure un cessez-le-feu de deux semaines en échange de la réouverture du détroit d’Ormuz. « Le cessez-le-feu annoncé en Iran et le retour des deux Français est une double satisfaction », a lancé à l’AFP une source diplomatique iranienne ce mercredi 8 avril. « Oman est un pays avec lequel les Iraniens entretiennent des relations très amicales », a souligné la source, ajoutant qu’ils les considéraient comme des « hommes de confiance de l’Iran ».
Les deux derniers Français détenus en Iran
Par ailleurs, le pouvoir des mollahs évoquait depuis plusieurs mois un échange en contrepartie de la remise en liberté d’une Iranienne, Mahdieh Esfandiari, arrêtée en France et condamnée en février 2025 pour apologie du terrorisme, une information qui n’a toutefois pas été confirmée par Paris. L’assignation à résidence de cette Iranienne de 39 ans a été levée, a annoncé mardi 7 avril son avocat, Nabil Boudi. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, questionné à propos de cette éventuelle contrepartie, a répondu que des « discussions sensibles, par nature confidentielles » se devaient de « le rester ». Il a toutefois assuré qu’« en aucun cas et d’aucune manière, nous n’avons mêlé le sort de nos otages avec les choix de politique étrangère de la France ».
Cécile Kohler et Jacques Paris ne sont pas les seuls qui ont été arrêtés par les autorités iraniennes, Téhéran accusant le plus souvent des occidentaux d’espionnage pour les utiliser comme monnaie d’échange afin de relâcher des Iraniens emprisonnés ou pour obtenir des gages politiques. Téhéran a notamment déjà détenu jusqu’à sept ressortissants français simultanément, une crise d’« otages d’État » désormais révolue : Cécile Kohler et Jacques Paris étaient les deux derniers Français détenus par les autorités iraniennes.




