« On ne tolérera aucun débordement » : Laurent Nuñez affiche sa fermeté. Jeudi 29 octobre, lors d’une conférence de presse au ministère de l’Intérieur, place Beauvau, le ministre a annoncé la mobilisation de 70 000 policiers et gendarmes, soit autant que le 24 octobre, pour encadrer les manifestations prévues samedi 31 octobre. Après les violences et les pillages du 17 octobre, l’exécutif veut éviter que cette troisième journée de mobilisation contre la vie chère ne dégénère à nouveau.
Le ministre de l’Intérieur anticipe une participation comparable à celle du 24 octobre, qui avait rassemblé 410 000 personnes selon le ministère de l’Intérieur et 800 000 selon la CGT. Mais au-delà du nombre de manifestants attendus, c’est surtout le risque de débordements qui préoccupe l’exécutif. La journée présente un risque « très élevé de troubles à l’ordre public », a averti Laurent Nuñez, qui promet une réponse d’« extrême fermeté » contre les fauteurs de troubles.
Pour tenir cette ligne, le ministère mise sur la mobilisation des effectifs et une surveillance accrue. Certains policiers et gendarmes verront leurs repos suspendus. Les forces mobiles, les unités spécialisées comme le RAID, le GIGN et la BRI, ainsi que des drones et des hélicoptères pourront être mobilisés. Des contrôles sont également prévus en amont des rassemblements, notamment dans les gares et sur les principaux axes de transport, afin de repérer les équipements susceptibles d’être utilisés lors de violences.
Des centres-villes interdits, Halloween sous haute surveillance
Mais le dispositif ne se limite pas au déploiement des forces de l’ordre. Pour prévenir les affrontements, les autorités entendent aussi agir sur le terrain, en éloignant les cortèges des secteurs les plus sensibles. Dans certaines villes, les préfets pourront interdire les rassemblements en centre-ville tout en autorisant les manifestations ailleurs, sous réserve de garanties suffisantes en matière de sécurité et de maintien de l’ordre. L’objectif : protéger les commerces et les bâtiments publics sans interdire systématiquement la mobilisation.
À cette stratégie s’ajoute une difficulté particulière : la coïncidence avec Halloween. Alors que les cortèges doivent se tenir samedi, les autorités ont repéré sur les réseaux sociaux des appels à des rassemblements nocturnes, notamment à partir de 20 heures. Certains messages évoquent une « insurrection » ou appellent à des pillages et à des dégradations, selon Laurent Nuñez. Les rassemblements concernés seront interdits et dispersés s’ils se tiennent malgré tout.
Le ministre a également prévenu que les festivités ne pourraient servir de prétexte à des violences ou à la dissimulation du visage dans un contexte de troubles à l’ordre public. À Paris, la préfecture de police a notamment pris des mesures visant les rassemblements non déclarés et reconduit un couvre-feu pour les mineurs non accompagnés d’un représentant légal, de 21 heures à 6 heures, dans certains secteurs.
Les syndicats contestent les restrictions
Si le gouvernement met en avant la prévention des violences, ses choix en matière de maintien de l’ordre suscitent déjà des critiques. Dans ce contexte, Laurent Nuñez a reçu les organisations étudiantes et lycéennes, jeudi 29 octobre, à Beauvau. Ces dernières souhaitaient notamment obtenir des explications sur les interventions policières lors des blocages et demander une évolution des méthodes de maintien de l’ordre. Mais la rencontre n’a pas permis d’apaiser les tensions. « Ce rendez-vous, c’était un dialogue de sourds », a regretté Manon Moret, secrétaire générale de l’Unef.
Au-delà des critiques sur le maintien de l’ordre, c’est désormais le tracé des cortèges qui cristallise les tensions. L’intersyndicale francilienne refuse ainsi le déplacement du parcours parisien initialement prévu entre Bastille et Nation vers les portes de Bagnolet et de Charenton. Dans leur communiqué, les organisations dénoncent une interdiction « générale et disproportionnée de l’exercice d’une liberté publique essentielle en démocratie ». Elles entendent défendre leur itinéraire initial, au nom du droit de manifester dans les lieux symboliques de la capitale.




