« On n’imaginait pas une seule seconde qu’il revienne. » Léonore Branche, représentante SUD-Solidaires au Mucem, a expliqué au Figaro avoir appris la nouvelle comme tout le personnel : par une dépêche de l’AFP, dimanche 1er novembre, vers 21 heures. Au début de l’été, elle racontait à The Art Newspaper des cris de joie dans les bureaux à l’annonce de la suspension de Pierre-Olivier Costa, décidée le 30 juin. Pour elle, c’était une façon élégante de lui montrer la sortie. Ce n’aura été qu’une parenthèse de quatre mois.
Le président, lui, annonce son retour. « Je suis revenu dans mes fonctions depuis hier minuit », a-t-il déclaré à l’agence, annonçant qu’il serait à son bureau, dès lundi 2 novembre, pour accorder des délégations de signature et « faire travailler ce musée ». Le ministère de la Culture a confirmé que la suspension avait pris fin le 31 octobre au soir. Selon Pierre-Olivier Costa, la présidente par intérim, Anne-Marie Le Guével, a prévenu les agents qu’elle partait et qu’elle le rétablissait dans ses droits. Pendant ces quatre mois, assure Pierre-Olivier Costa, sa tutelle ne l’a quasiment pas contacté. À ses yeux, en laissant filer le délai, elle montre qu’elle n’a « pas grand-chose » à lui reprocher. Il lui reste deux ans de mandat, qu’il compte honorer.
Cent salariés, une heure d’assemblée, un préavis
La riposte n’a pas tardé. Ce 2 novembre, une centaine d’agents se sont réunis plus d’une heure en assemblée générale. À l’issue, les représentants syndicaux ont acté le dépôt d’un préavis de grève pour mardi 3 novembre, a révélé Le Figaro. Pas de grève en cours à ce stade, donc, mais un arrêt de travail annoncé deux jours après la reprise de fonctions du président. Le Mucem connaît la recette : SUD-Solidaires avait appelé à débrayer en décembre 2023, puis en juin 2024, une journée que les élus du personnel disent avoir été suivie par les deux tiers des salariés.
Le malaise est antérieur à ce retour. Nommé à l’automne 2022, sous le ministère de Rima Abdul Malak, pour succéder à Jean-François Chougnet, l’ancien directeur de cabinet de Brigitte Macron avait dit avoir hérité d’un « bateau un peu à la dérive ». Un an plus tard, une partie du personnel dénonçait déjà des réorganisations à répétition, un sentiment de dévalorisation du travail et un management jugé « parfois toxique », exercé par deux conseillers-prestataires choisis par la direction. Fin juin, dans une lettre à l’actuelle ministre de la Culture, Catherine Pégard, les syndicats évoquaient un climat « délétère ».
Ce que reproche l’Igac, ce que nie Costa
Sur le front judiciaire, rien n’est refermé. L’Inspection générale des affaires culturelles (Igac) a ouvert début mars une enquête sur des « faits de mal-être » au musée. Une enquête pénale pour harcèlement moral et sexuel a suivi, après un signalement du ministère au titre de l’article 40 du code de procédure pénale. Transmis à la justice le 3 août, le rapport de l’Igac a conduit le parquet de Marseille à élargir ses investigations à la gestion de l’établissement, selon Le Monde. D’après le quotidien, le document évoque des propositions sexuellement explicites qui auraient été faites à deux salariés, ainsi que des soupçons de favoritisme dans l’attribution de marchés publics. Il recommande la révocation immédiate de Pierre-Olivier Costa et l’ouverture d’une procédure disciplinaire contre l’administratrice générale, Véronique Haché, elle aussi suspendue.
Pierre-Olivier Costa conteste fermement les faits. Il affirme ne pas avoir été entendu à ce jour dans la procédure pénale. Selon son avocate, Marie Geoffroy, il a déposé plainte pour dénonciation calomnieuse contre le salarié à l’origine des accusations de nature sexuelle. Il assure aussi que sa suspension, prononcée à titre conservatoire, n’était en aucun cas une sanction. Le préavis annoncé pour le 3 novembre marque donc une nouvelle mobilisation dans le musée du Vieux-Port, avec son président de retour à la barre.




