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« Esclavage moderne » : Médecins du Monde alerte sur le quotidien des livreurs à vélo en France

Illustration : livreur à vélo le 8 octobre 2024 à Londres. (photo par Mike Kemp/In Pictures via Getty Images)
Des semaines de 60 heures, de faibles revenus, des discriminations et des accidents de la route ou encore des problèmes de santé… Médecins du Monde s'inquiète des conditions de travail des livreurs à vélo et en scooter en France dans une étude publiée ce mardi 31 mars.

Et si derrière les repas livrés se cachait en réalité de l’« esclavage moderne » ? L’ONG Médecins du Monde pointe du doigt dans une étude publiée ce mardi 31 mars les conditions de travail extrêmement précaires des livreurs à vélo et en scooter. L’ONG spécialisée dans la santé a interrogé plus de 1 000 livreurs à Paris ainsi qu’à Bordeaux au premier semestre 2025. En moyenne, ces livreurs travaillant pour des applications de livraison comme UberEats, Deliveroo ou Stuart travaillent en moyenne 63 heures par semaine pour 1 480 euros bruts mensuels.

En tout, près de six livreurs sur dix déclarent avoir été déjà exposés à des discriminations de la part de clients ou de restaurateurs, généralement en raison de leur couleur de peau. Six livreurs sur dix subissent des agressions verbales, près des deux tiers des livreurs déclarent avoir déjà subi du racisme, et pour un quart des livreurs interrogés, des agressions physiques. Médecins du monde dénonce également du chantage et des menaces de signalement pour ceux qui, sans papiers, louent des comptes d’autres travailleurs. Une pratique illégale mais qui reste courante. Les titulaires officiels de ces comptes ne leur verseraient d’ailleurs pas systématiquement les sommes dues. « Les livreurs sont à 98 % des personnes immigrées », c’est-à-dire nées étrangères à l’étranger et résidant en France, « 68 % n’ont pas de titre de séjour et 76 % sont contraints de louer un compte à une personne tierce », indique l’ONG.

Fatigue chronique, dépression, douleurs au dos…

D’autre part, « bien que les livreurs soient juridiquement considérés comme des travailleurs indépendants », les plateformes de livraisons et leurs algorithmes provoqueraient « une forte subordination » qui générerait du « stress » et de l’« épuisement », souligne l’ONG. Une majorité écrasante de travailleurs déclarent « suivre strictement les instructions par peur d’être déconnectés » de leur compte et ne savent pas comment les plateformes attribuent les courses. Certains d’entre eux ajoutent même avoir l’impression d’être en permanence « surveillés » par les plateformes.

Selon Katy Fenech, coordinatrice du programme travailleurs précarisés pour l’ONG et coautrice de l’étude, ces conditions de travail pour les livreurs sont inacceptables : « Ils doivent faire face à des rémunérations qu’ils ne choisissent pas, des courses qu’ils ne choisissent pas, et oui, on est sur une forme d’esclavage moderne », rapporte France Inter. En mars 2025, l’Anses (agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) déclarait que ce management par algorithmes incitait à enchaîner les courses. D’après l’agence, cela exposerait davantage les livreurs à des risques sur leur santé. Ceux qui ont été interrogés par Médecins du Monde évoquent des douleurs au dos, aux épaules ainsi qu’aux poignets, mains, genoux et confient avoir des troubles urinaires en raison d’un manque d’accès aux toilettes. De la fatigue chronique, l’anxiété et la dépression sont aussi largement recensées.

Une directive de l’UE pour protéger les livreurs

Plus de la moitié des livreurs confient également avoir déjà eu un accident. Parmi les accidentés, 78 % d’entre eux rapportent avoir été blessés et seulement 68 % des travailleurs ont une couverture de santé. Beaucoup d’entre eux renoncent même aux soins à cause de « problèmes de papiers » ou pour des raisons économiques, affirme l’ONG.

L’Union européenne a adopté en novembre 2024 un texte pour reconsidérer les livreurs comme étant des salariés, environ 5 des 30 millions travaillant comme indépendants. Les États membres ont deux années à partir de l’adoption de cette directive pour l’intégrer dans leur législation.

Dernièrement, la société allemande Foodora, spécialisée dans la livraison, a reconnu avoir employé environ 4 600 coursiers indépendants alors qu’ils auraient dû être salariés entre 2015 et 2018. Des agissements considérés comme un « habillage juridique fictif » employé par Foodora en France, selon la juge en charge de l’affaire, rapporte Le Monde. La plateforme a par conséquent été condamnée à 200 000 euros d’amende mardi 25 mars dernier pour travail dissimulé. C’est la troisième plateforme de livraison de repas qui se retrouve condamnée après l’entreprise de livraison britannique Deliveroo en 2022 puis en 2025 en appel ainsi que la plateforme belge Take Eat Easy en 2023.

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