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Faut-il en finir avec les secondes intercalaires pour éviter un bug informatique mondial ?

Horloge à Paris Gare du Nord (Crédit : Busà Photography / Getty Images)
Réunis du 13 au 15 octobre à Versailles, les spécialistes mondiaux des poids et mesures doivent se prononcer sur l’avenir de notre mesure du temps. En jeu : la suppression des secondes intercalaires, ces ajustements destinés à synchroniser nos horloges avec la rotation de la Terre, mais qui peuvent perturber des systèmes informatiques essentiels.

Trois jours pour décider de l’avenir de notre rapport au temps. Depuis ce mardi 13 octobre, scientifiques et représentants des États du monde entier sont réunis à Versailles pour la 28e Conférence générale des poids et mesures. Au cœur des discussions : la possible suppression des secondes intercalaires dès 2027, afin de rendre le Temps universel coordonné (UTC) continu. La redéfinition de la seconde elle-même constitue un autre dossier de la conférence.

Car notre planète n’est pas une horloge parfaitement réglée. Sa vitesse de rotation varie sous l’effet de plusieurs phénomènes naturels. À très long terme, elle ralentit progressivement : il y a environ 600 millions d’années, une journée terrestre ne durait qu’environ 21 heures. Aujourd’hui encore, ces variations obligent les scientifiques à ajuster notre mesure du temps pour maintenir un lien entre les horloges atomiques et la rotation de la Terre.

La Terre ne tourne pas à la seconde près

Depuis 1967, la seconde est définie à partir d’une transition hyperfine de l’atome de césium 133. Grâce à ce phénomène physique, extrêmement stable, les horloges atomiques mesurent le temps avec une précision remarquable. À l’échelle mondiale, ces mesures permettent d’établir le Temps universel coordonné (UTC), la référence utilisée pour synchroniser les horloges et de nombreux systèmes numériques.

Mais la Terre, elle, ne suit pas un rythme aussi régulier. Sa rotation fluctue notamment sous l’effet des mouvements de son noyau, des marées et des échanges de masse à sa surface. Résultat : le temps mesuré par les horloges atomiques et celui lié à la rotation de notre planète finit par se décaler.

Pour maintenir leur synchronisation, les scientifiques ont instauré, en 1972, un mécanisme correctif : la seconde intercalaire. Son principe est simple. Lorsque l’écart entre le temps atomique et le temps astronomique approche une limite fixée, une seconde supplémentaire est ajoutée à l’UTC. Au lieu de passer directement de 23 h 59 min 59 s à minuit, les horloges affichent alors exceptionnellement 23 h 59 min 60 s.

Cette correction a été appliquée à 27 reprises, la dernière fois le 31 décembre 2016. Mais une difficulté inédite se profile : la rotation de la Terre s’est accélérée au cours de périodes récentes. Les travaux présentés par le Comité consultatif du temps et des fréquences évaluent à environ 30 % la probabilité qu’une seconde intercalaire négative devienne nécessaire au cours des dix prochaines années. Il faudrait alors retirer une seconde plutôt que d’en ajouter une, une opération qui n’a encore jamais été réalisée.

Un bug comparable à celui de l’an 2000 ?

C’est là que le problème se complique. Si une seconde supplémentaire peut déjà perturber certains systèmes informatiques, en supprimer une constitue un défi encore plus délicat. De nombreux logiciels, serveurs et réseaux ne sont pas nécessairement préparés à sa disparition. Une modification aussi brève peut suffire à provoquer des erreurs d’horodatage, des décalages entre systèmes ou des interruptions de service.

Les conséquences potentielles dépassent largement les horloges de nos ordinateurs. Les réseaux de télécommunications, les systèmes de navigation par satellite, les transactions financières et certaines infrastructures énergétiques reposent sur une synchronisation extrêmement précise. Le BIPM souligne qu’une seconde négative mal appliquée, ou ignorée par certains systèmes, pourrait notamment perturber la navigation mondiale, les télécommunications, les services Internet et d’autres infrastructures critiques.

Le parallèle avec le passage à l’an 2000 tient surtout à la nécessité d’adapter à l’avance un très grand nombre de systèmes informatiques à une situation inhabituelle. Mais les deux problèmes sont techniquement différents : en 2000, certains logiciels risquaient de mal interpréter le changement d’année ; ici, le danger vient d’une modification de la référence temporelle commune à des systèmes interconnectés à l’échelle mondiale.

Pour éviter un tel scénario, les scientifiques cherchent donc à adapter les règles plutôt qu’à multiplier les corrections. Le projet de résolution soumis à la conférence prévoit que l’UTC devienne continu le 20 mai 2027 et que l’écart maximal autorisé entre l’UTC et le temps fondé sur la rotation terrestre passe à 3 600 secondes, soit une heure. Ce changement rendrait inutiles les secondes intercalaires pendant plusieurs siècles. Réunis à Versailles, les représentants des États doivent désormais décider s’ils adoptent cette réforme.

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