Extraits de la capsule Crew Dragon un à un, puis installés sur des civières ou des fauteuils adaptés : c’est ainsi que Sophie Adenot et ses trois coéquipiers de Crew-12 ont retrouvé la Terre, le 8 octobre. Le protocole vise à prévenir les syncopes et les chutes. Après huit mois sans pesanteur, le corps doit se réadapter à la station debout. À 17 h 34, heure de Paris, la capsule s’est posée sur les eaux du Pacifique, au terme de plus de 27 heures de voyage retour. Les dernières minutes de vol ont été marquées par la traversée de l’atmosphère, puis le déploiement des parachutes.
« Nous avons vécu une expédition absolument incroyable », avait déclaré la commandante Jessica Meir en quittant l’ISS la veille. Pour Sophie Adenot, colonelle de l’Armée de l’air et de l’espace, arrivée à bord le 14 février, s’achève une mission de 237 jours à bord de la Station spatiale internationale, à quelque 400 kilomètres d’altitude : le plus long séjour orbital continu jamais réalisé par un astronaute européen. La native de la Nièvre a effectué trois sorties dans l’espace, pour un total de 19 heures et 42 minutes, les 18 et 25 août puis le 1er septembre, et participé à plus de 200 expériences scientifiques.
Un corps qui se réadapte
« Le premier truc, c’est que j’ai plus de cheveux blancs. » Depuis l’ISS, Sophie Adenot n’a rien caché : une souplesse en berne, une vue qui l’oblige désormais à porter des lunettes, une impression de vieillir en accéléré. Les astronautes perdent de la densité osseuse en microgravité. La NASA estime cette perte à environ 1 % par mois pour les os porteurs, en l’absence de mesures pour la limiter. L’exercice quotidien permet de la combattre, sans empêcher tous les effets du séjour dans l’espace.
S’y ajoutent la fonte musculaire, le déconditionnement cardiovasculaire et des troubles visuels, énumère Audrey Berthier, du CNES. Le système cardiovasculaire doit lui aussi se réadapter aux conditions terrestres. Le retour peut être brutal. En 2021, Thomas Pesquet disait avoir « l’impression d’être un éléphant » et soutenait sa tête à deux mains pour l’empêcher de tomber sur le côté ; enfiler un pantalon figurait parmi ses tâches les plus ardues, à cause de son équilibre. L’Allemand Alexander Gerst l’a dit sans détour : beaucoup croient la mission finie à l’atterrissage, mais ce n’est pas le cas.
Piscine, kiné et patience
Direction Houston, puis Cologne, où le centre des astronautes de l’Agence spatiale européenne (ESA) l’attend pour environ trois semaines de récupération. Le premier jour : repos en famille, physiothérapie et kinésithérapie. Viennent ensuite des exercices sur mesure, notamment en piscine. Bimba Hoyer, médecin de vol de l’ESA qui suit la Française depuis le début de sa mission, garde un œil sur les petits muscles du dos, peu sollicités en microgravité et susceptibles d’augmenter le risque de hernie, surtout la première semaine. Bonne nouvelle possible : Sophie Adenot a beaucoup pratiqué le yoga en orbite ; son dos pourrait s’en tirer mieux que prévu.
Chaque étape sera aussi l’occasion de prendre des mesures. Tests et examens s’enchaîneront pour documenter la façon dont les corps récupèrent et affiner la préparation des prochaines missions. Côté calendrier, les médecins tablent sur un cœur qui retrouve un fonctionnement normal en quelques jours, une marche et une coordination plus fluides au bout d’une semaine environ, et une astronaute globalement sur pied après un mois. La NASA indique que le délai de récupération varie selon les astronautes et que certains effets peuvent durer au-delà des premières semaines.
Les os, eux, suivent un autre tempo. Selon l’ESA, après une mission d’environ six mois, il faut au moins six mois pour retrouver le niveau osseux d’avant le vol, avec de fortes variations d’un individu à l’autre. Ce repère ne vaut pas pronostic pour Sophie Adenot, dont aucune donnée médicale n’a été rendue publique. Sur Instagram, elle disait surtout avoir hâte de retrouver ses proches et de déguster une galette bretonne, tout en ressentant une « pointe de nostalgie » pour une station dont la microgravité, écrivait-elle, va lui manquer.



