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Eau douce : l’OMM alerte sur la baisse des réserves mondiales

Des glaciers en Arctique. (Crédits: Dominik Van Opdenbosch via Unsplash)
Selon l’Organisation météorologique mondiale, 2025 a été l’une des années les plus sèches depuis trente-cinq ans pour les cours d’eau. Nappes, fleuves, glaciers : les ressources en eau douce sont sous pression, tandis que le renforcement d’El Niño accroît les risques de sécheresses et d’inondations.

Le débit du Nil diminue. Le Darfour s’assèche. À des milliers de kilomètres de là, les glaciers suisses perdent chaque année un peu plus de leur masse. Trois scènes en apparence sans lien, qui racontent pourtant la même histoire : celle d’une planète en train de vider ses réserves d’eau douce dans de nombreuses régions. Ce 17 septembre, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) a publié son rapport annuel sur l’état des ressources en eau dans le monde. Le constat est sans appel. 2025 a été l’une des années les plus sèches enregistrées depuis trente-cinq ans en matière de débit fluvial. En 2026, les signaux restent préoccupants, avec un mois d’août qui a été le plus chaud jamais mesuré dans le monde pour cette période de l’année.

« Nous sommes en train d’épuiser ce compte épargne », résume Celeste Saulo, secrétaire générale de l’agence onusienne. L’image est parlante. Nappes souterraines, glaciers, manteau neigeux : ces réserves à renouvellement lent servaient jusqu’ici d’amortisseur face aux mauvaises années. Leur stockage global diminue depuis le milieu des années 2010.

Un compte épargne qui se vide

Les chiffres de l’OMM donnent le vertige. Près des deux tiers des puits de surveillance des eaux souterraines affichaient en 2025 des conditions qui s’écartent des normales historiques. Pour la quatrième année consécutive, toutes les grandes régions glaciaires de la planète ont perdu de la masse. Les sept dernières années ont enregistré les plus faibles proportions de cours d’eau aux débits « normaux » depuis 1991, avec, en 2025, des écoulements sous la moyenne sur plus de 36 % de la superficie des bassins hydrographiques mondiaux.

Le réchauffement climatique accentue la pression sur les ressources en eau. En 2025, la température moyenne mondiale a dépassé de 1,44 °C les niveaux préindustriels, selon l’OMM. Le réchauffement imputable aux activités humaines est, lui, estimé à 1,37 °C, en particulier sous l’effet de l’usage des hydrocarbures. Autre signal préoccupant : le cycle de l’eau devient plus irrégulier et moins prévisible. Sécheresses et inondations se succèdent parfois rapidement, à mesure que le phénomène El Niño, qui devrait atteindre une intensité très forte d’ici à la fin de 2026, prend de l’ampleur. En Indonésie, plus de 200 000 hectares sont déjà partis en fumée depuis janvier. Le Brésil, les États-Unis et le Canada s’attendent eux aussi à des épisodes extrêmes, entre canicules, sécheresses et crues.

L’Afrique en première ligne

L’Afrique figure parmi les régions les plus touchées. Au Darfour, la sécheresse en cours n’a pas eu d’équivalent depuis les années 1980. La baisse des précipitations fragilise l’agriculture locale, dans une région déjà ravagée par la guerre et les déplacements de population. Le constat est similaire dans la Corne de l’Afrique, où la saison d’octobre à décembre 2025 figure parmi les plus sèches jamais enregistrées, avec son lot de déplacés en Somalie. Sur les cinq dernières années, l’Asie et l’Afrique concentrent à elles seules au moins la moitié des épisodes extrêmes liés à l’eau recensés dans le monde, et plus de 80 % des décès signalés qui leur sont associés.

En Suisse, pourtant réputée pour ses réserves alpines, le signal d’alarme est tout aussi net. Le barrage d’Emosson, alimenté par les glaciers du massif du Mont-Blanc, table sur une baisse de 10 à 15 % de ses apports en eau à long terme. Cet été, pour la première fois, le solaire a produit davantage d’électricité que l’hydroélectrique dans le pays. Pour l’OMM, l’eau ne connaît pas de frontières : le bilan hydrique d’un même bassin versant dépend souvent de plusieurs pays à la fois. D’où l’appel de l’agence à une réponse coordonnée à l’échelle mondiale, à quelques mois de la conférence des Nations unies sur l’eau, prévue en décembre aux Émirats arabes unis.

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