L’île reculée de Zavodovski n’abrite plus la plus grande colonie de manchots au monde. Selon une étude du British Antarctic Survey (BAS), publiée ce mercredi dans la revue Current Biology, l’île volcanique a perdu plus de 680 000 manchots à jugulaire, soit près des deux tiers de ses effectifs entre 2011 et 2025. « C’est une disparition très rapide », a souligné auprès de l’AFP Norman Ratcliffe, auteur principal de l’étude.
Face à cette diminution spectaculaire, les chercheurs estiment que le statut de conservation de l’espèce pourrait évoluer. Ils recommandent notamment que ces manchots soient classés « en danger » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Une évolution importante pour une espèce qui était jusqu’ici considérée comme « de préoccupation mineure », c’est-à-dire dont le risque d’extinction est jugé faible.
Un déclin lié au réchauffement climatique
Pour expliquer le déclin des manchots à jugulaire, les chercheurs se sont notamment intéressés à leur alimentation. Ces oiseaux se nourrissent principalement de krill, de petits crustacés qui ressemblent à des crevettes. Or, avec le réchauffement des océans, ces organismes se déplacent vers le sud, à la recherche d’eaux plus froides. Sur l’île de Zavodovski, le nombre de nids occupés par les manchots à jugulaire a ainsi diminué de 63 % entre 2011 et 2025.
À l’inverse, les manchots macaroni, qui vivent eux aussi sur l’île, ont vu leurs effectifs augmenter au cours de la même période. Ils se nourrissent d’une plus grande variété de proies et semblent donc mieux s’adapter aux changements de leur environnement. Pour les chercheurs, cette évolution illustre les conséquences du réchauffement climatique sur les écosystèmes. La modification de la disponibilité des proies aurait ainsi favorisé les manchots macaroni, tout en fragilisant les manchots à jugulaire. Les scientifiques craignent désormais que cette situation ne concerne pas uniquement la colonie de Zavodovski, mais également d’autres populations de l’espèce dans les îles Sandwich du Sud.
Le manchot empereur également menacé
Le cas des manchots à jugulaire n’est pas isolé. En avril 2026, une autre espèce emblématique de l’Antarctique, le manchot empereur, a été classée « en danger » par l’UICN. Il est ainsi passé de la catégorie « quasi menacé » à « en danger ». Cette décision s’explique principalement par les conséquences du réchauffement climatique sur son environnement.
Le manchot empereur dépend de la banquise pour se reproduire, élever ses petits et effectuer sa mue. Or, avec la hausse des températures, la glace fond et se fragilise de plus en plus tôt dans l’année. Lorsque la banquise disparaît avant que les jeunes manchots soient capables de nager, ils peuvent être exposés à des conditions difficiles et avoir moins de chances de survivre. Des images satellites ont notamment montré une diminution d’environ 10 % de la population entre 2009 et 2018, soit plus de 20 000 manchots adultes.
Les projections des scientifiques sont également préoccupantes. Selon l’UICN, si les émissions de gaz à effet de serre ne diminuent pas fortement, la population mondiale de manchots empereurs pourrait être réduite de moitié d’ici aux années 2080.



