L’étude s’est penchée sur plus de 1130 patients atteints de mélanomes de stade IIB à IV, dont les tumeurs avaient toutes été retirées chirurgicalement. Certains patients ont été assignés aléatoirement à un groupe recevant un vaccin contre le cancer élaboré sur mesure grâce au séquençage de leur tumeur. Ils ont ainsi reçu le vaccin, appelé intismeran, toutes les trois semaines (jusqu’à neuf doses), ainsi que du Keytruda, un inhibiteur de point de contrôle, toutes les six semaines (jusqu’à neuf cycles) pendant environ un an. D’autres patients ont reçu un placebo et du Keytruda.
L’intismeran, développé conjointement par Moderna et Merck, incarne une nouvelle manière d’utiliser le système immunitaire pour traiter le cancer, en habituant les cellules immunitaires à identifier 34 protéines spécifiques présentes dans des cellules tumorales. L’ARN messager qui code ces protéines (ou antigènes) est compris dans une particule lipidique à la manière du vaccin de Moderna contre le Covid-19, qui utilisait également l’ARN messager de la protéine Spike du virus. L’ARN messager enclenche la production de protéines étrangères par les cellules, puis le système immunitaire les catégorise comme des intrus et déclenche une réponse. Les données les plus récentes montrent que cette approche fonctionne non seulement contre les protéines virales, mais aussi contre celles présentes dans des tumeurs.
Le Keytruda contribue en grande partie à cette réponse immunitaire, car il supprime les freins qui empêchent les cellules immunitaires d’identifier et d’attaquer les cellules tumorales, celles-ci étant issues de cellules normales de l’organisme.
« J’ai été surpris par le fait que les résultats répliquaient à ce point ceux de [l’étude de] Phase 2 », explique le Dr David Berman, responsable du développement chez Moderna à propos d’une étude préliminaire dévoilée par les sociétés de biotechnologies en juin dernier et dévoilant que cette association réduisait de 49 % le risque de récidive du cancer ou de décès sur cinq ans. L’étude a également révélé que le traitement diminuait de 59 % le risque de propagation du cancer par rapport à l’inhibiteur de point de contrôle seul.
Cette [étude de] phase 3 portait sur un échantillon bien plus large, l’hypothèse était donc que l’effet du traitement serait plus difficile à constater. Nous craignions que ces résultats ne soient pas aussi concluants que ceux de la phase 2. Mais le fait qu’ils aient été quasiment identiques à nos premiers constats pendant la phase 2 m’a laissé sans voix.
Les entreprises indiquent que l’effet semble démarrer au bout de six mois de traitement, une information cruciale pour comprendre comment les approches immunitaires peuvent être utilisées contre le cancer. « Nous pensons que cela s’explique par le fait que le système immunitaire a besoin de temps pour s’activer », déclare David Berman. Il doit ainsi s’assurer que les cellules immunitaires, notamment les lymphocytes T, qui sont essentiels pour identifier et contrôler le cancer, aient le temps d’apprendre à détecter les tumeurs.
David Berman ajoute que ces résultats pourraient également permettre d’expliquer pourquoi seuls 30 % des patients atteints de cancer environ répondent aux inhibiteurs de point de contrôle, un nouvel outil très efficace dans la lutte contre le cancer qui permet aux cellules immunitaires de reconnaître les tumeurs plutôt que de les considérer comme des cellules de l’organisme, et donc non étrangères. « Cela nous montre que, pour un nombre conséquent de patients, les inhibiteurs de point de contrôle ne sont pas efficaces, car le système immunitaire n’a même pas été entraîné à identifier les cellules cancéreuses », ajoute-t-il à propos du rôle potentiel de l’intismeran, qui utilise l’ARN messager.
Désormais, c’est là que notre attention doit se porter : comment trouver la meilleure manière d’entraîner le système immunitaire ? Le fait qu’il existe un autre moyen d’apprendre au système immunitaire à reconnaître le cancer est un grand pas en avant, c’est une avancée majeure.
Les données concernant la survie globale des patients bénéficiant du traitement combiné ne sont pas encore disponibles.
Moderna et Merck supervisent actuellement neuf autres études pour analyser l’association entre intismeran et Keytruda pour d’autres types de cancer, notamment le cancer du pancréas et de l’estomac, ainsi que trois essais cliniques de phase avancée portant sur le cancer bronchique non à petites cellules. Les sociétés de biotechnologies envisagent également le rôle de l’intismeran en monothérapie dans le cadre d’une étude préliminaire sur le cancer du poumon.
Habituellement, les thérapies personnalisées n’étaient pas envisageables en tant que traitements médicaux en raison de leur coût élevé et de leur délai de développement. David Berman considère toutefois que la création sur mesure d’un vaccin contre le cancer à ARN messager individualisé pour chaque patient peut être à la fois déployée à grande échelle et potentiellement abordable. « Nous avons réduit l’empreinte technique et prévoyons d’étendre [le programme] pour nous pencher sur différentes tumeurs », explique-t-il. « L’avantage du système [à ARN], c’est qu’il est purement enzymatique, ce qui signifie qu’aucune culture cellulaire n’est nécessaire ». Un autre avantage de l’ARN messager est sa rapidité : les scientifiques de Moderna peuvent mettre au point un vaccin personnalisé en utilisant la tumeur d’un patient en quelques semaines seulement, un atout crucial pour tout patient atteint d’un cancer.
- Article issu de TIME US - Traduction Mathilde Pace




