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Portrait : Mathieu Lacambre humain, trop humain

Mathieu Lacambre est directeur du pôle psychiatrie légale à l'hopital La Colombière, à Montpellier. (Crédits: Bruno Lévy)

En ce lundi caniculaire, la porte se referme et l’air chaud s’engouffre dans les locaux climatisés du bâtiment B1, grand cube blanc planté au pied d’arbres qu’on dit centenaires. Mathieu Lacambre, la cinquantaine récente, la blouse claquant dans son sillage, gravit les marches deux à deux, jusqu’au premier étage baigné de lumière. Difficile d’imaginer qu’il n’y a pas si longtemps, lui et son équipe travaillaient dans des bureaux situés en sous-sol, sans la moindre fenêtre. « Ça vous dit quelque chose Mindhunter ? Niveau décor, c’était pareil. » Mais là où, dans la série américaine, les agents du FBI profilent des criminels, Mathieu Lacambre, directeur du pôle de psychiatrie légale de l’hôpital La Colombière, à Montpellier, les accueille et les soigne. Pas n’importe lesquels : des personnes condamnées pour violences sexuelles, notamment sur mineurs, et auxquelles la justice impose un suivi socio-judiciaire.

En France, cette prise en charge prend deux formes : l’obligation ou l’injonction de soins qui ordonnent, selon des cadres différents, de se soumettre à une thérapie. Pour les soignants, la démarche est contre-intuitive : comment instaurer une relation de confiance quand la rencontre, à l’origine, n’a rien de consenti ? « Pour certains, on incarne forcément la sanction. Ils nous disent : ‘c’est ma punition de vous voir’. Mais on est là, avec eux, et on fait tout pour qu’ils se saisissent de cette opportunité. »

À contre-courant des réponses sécuritaires qui se sont multipliées depuis la mort de Lyhanna, en juin dernier – de la castration chimique prônée par Bruno Retailleau pour les pédocriminels considérés comme les plus dangereux, aux appels de Gérald Darmanin en faveur de la peine réelle –, Mathieu Lacambre croit aux vertus de l’écoute, de la parole, et à la possibilité pour ses patients de retrouver leur place dans la société. « On a longtemps pensé traiter la question des agresseurs avec la prison, mais je suis désolé, enfermer des gens qui ont une problématique en lien avec des comportements sexuels, ça ne résout rien. » Le débit, rapide, à l’image de ses mains qui pianotent sur un ordinateur orné, sans surprise, d’un gros cerveau. « Mathieu, soit il fascine, soit il énerve », résume Séverine Pradel, sa collègue et amie. « Mais quand on le connait, on comprend que sa rapidité et son exigence sont au service de son métier. C’est un travailleur acharné, qui a toujours mille idées à la minute. »

Prévenir plutôt que punir

L’une d’elles : la création, à la faveur d’une circulaire gouvernementale il y a quinze ans, de ce CRIAVS – Centre de ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles – en région Languedoc-Roussillon. Derrière cet acronyme se déploie un réseau méconnu de la prise en charge des violences sexuelles. Depuis 2006, la France en compte 27 sur son territoire. Leur mission première : former et superviser les professionnels – magistrats, avocats, médecins, infirmiers – qui exercent auprès de personnes condamnées pour des infractions sexuelles. Dans certains centres, comme ici, cette mission s’accompagne d’un autre volet : suivre les auteurs en détention, à leur sortie, ou dans le cadre d’un sursis probatoire.

« Enfermer des gens qui ont une problématique en lien avec des comportements sexuels, ça ne résout rien. »

« Au départ, j’étais tout seul, on m’a dit ‘démerdez-vous’, eh bien, j’ai recruté ! » De ses collaborateurs, il parle comme d’une cordée. Dans chacune de ses phrases reviennent les mêmes refrains : « nous », « on a fait ça ensemble », « c’est un travail d’équipe. » Preuve que la chaîne est solide. Séverine Pradel : « Il a l’aura des grands professeurs qui embarquent tout le monde, brisent les barrières et peuvent décrocher leur téléphone pour aider un collègue. Quand il est là, ça rassure les troupes. Quand il n’est pas là, les patients le réclament. »

Dans cette unité, ils sont dix à recevoir environ 500 patients chaque année. Sans surprise, 90 % d’entre eux sont des hommes et une partie présente un trouble psychiatrique : la pédophilie. « Mais », anticipe Mathieu Lacambre, « tous les auteurs de violences sexuelles sur mineurs ne sont pas pédophiles, et toutes les personnes pédophiles ne passent pas à l’acte. » Distinguer la pathologie de l’infraction : l’idée bouscule, tant elle est inhabituelle. La pédagogie se poursuit : la pédophilie n’est pas un simple mot. On distingue l’attirance développée à la puberté (pédophilie primaire), de celle apparue à la suite de violences subies dans l’enfance (pédophilie secondaire). Aucune « baguette magique », mais des méthodes thérapeutiques destinées à déconstruire les schémas de pensée, à réduire les situations à risque, et à faire émerger des alternatives au passage à l’acte.

Retrouvez l’intégralité de cet article dans le nouveau numéro de TIME France, disponible en kiosque.

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