Concrètement, cette ambiguïté vous place dans une position délicate : faut-il répondre à ce qui a été dit ou à ce qui a été sous-entendu, voire se permettre de faire une remarque en retour ? Nous avons demandé à des experts quelle est la meilleure réponse lorsqu’une personne semble vous faire un reproche, mais ne le dit pas noir sur blanc.
Pourquoi certaines personnes ont-elles recours à la communication passive-agressive ?
Parfois, il semble plus facile de faire allusion à un ressenti plutôt que de le partager directement. Il faut une certaine vulnérabilité pour admettre ce que l’on ressent, ce qui n’est pas le cas pour faire une remarque sarcastique. Melissa Gluck, psychologue à New York, nous explique : « Certaines personnes n’ont simplement pas appris à dire qu’elles sont vexées ou ne sont pas à l’aise pour le faire ». Si vous avez grandi entouré(e) de personnes qui n’exprimaient que rarement le fond de leur pensée, cette approche indirecte peut même sembler normale.
Par ailleurs, dans le cas des couples, une raison plus spécifique peut se cacher derrière une remarque acerbe. Levi R. Baker, professeur en psychologie à l’université de Caroline du Nord, s’intéresse aux relations amoureuses et a découvert que certaines personnes peuvent exprimer leur mécontentement de manière indirecte parce qu’elles ne savent pas à quel point leur partenaire tient à elles. « Les personnes qui adoptent cette attitude le font pour tester leur partenaire », précise-t-il. Elles lui indiquent qu’elles sont en colère, qu’elles sont blessées, puis attendent de voir si leur partenaire le remarque et tente de comprendre ce qui ne va pas. Le professeur ajoute qu’au fond, ces personnes se demandent sûrement si leur partenaire tient à elles.
Malgré tout, comprendre d’où pourrait provenir un commentaire ne le rend pas plus agréable à entendre. Parfois, on peut même se demander s’il s’agissait d’une insulte et comment répondre à une accusation à demi-mot.
Comment répondre à une remarque passive-agressive ?
Laurie Weingart conseille de répondre de manière « plus directe et moins intense » que le commentaire d’origine. Pour commencer, laissez une chance à votre ami d’être direct. Si une personne vous dit « Ça doit être chouette d’avoir autant de temps libre », Brook McKenzie, conseillère en dépendance chimique à Dallas (elle aide régulièrement des familles à gérer la communication indirecte et la rancœur), suggère de répondre : « Je ne comprends pas bien ce que tu as voulu dire. Tu pourrais le dire autrement ? ». Autre option de réponse : « On dirait que tu as quelque chose à me dire. Je me trompe ? »
La question doit être une invitation, pas une accusation. Il peut être tentant de rétorquer « Pourquoi est-ce que tu es aussi passif-agressif ? », mais Brook McKenzie explique que vous allez adopter le même ton que celui qui vous avait dérangé à l’origine. Si vous faites preuve de sarcasme en retour, vous risquez de provoquer le même problème, et cette fois, les deux interlocuteurs seront contrariés.
Par ailleurs, si vous parlez à une personne dont vous êtes particulièrement proche, Melissa Gluck conseille une réponse en douceur : « J’ai l’impression que quelque chose ne va pas. Tu veux en parler ? » La personne aura ainsi la possibilité de se confier sans que vous ayez à deviner. Si elle affirme que tout va bien, vous pouvez la croire pour le moment. La psychologue rappelle : « Nous n’avons pas à jouer les détectives des sentiments ».
En revanche, si vous avez une idée de ce qui se cache derrière la remarque désagréable, vous pouvez en tenir compte. Imaginons que vous prévoyiez de sortir entre amis et que votre partenaire vous reproche d’avoir du temps pour tout le monde sauf lui/elle. Levi R. Baker suggère de le/la rassurer en lui affirmant que vous voulez passer du temps ensemble, puis en proposant une idée de sortie : « Je sors ce soir, mais j’aimerais beaucoup qu’on dîne ensemble demain ». Vous n’avez pas besoin d’annuler vos projets pour montrer à votre partenaire que vous tenez à lui/elle.
Au travail, la clarté peut s’avérer plus efficace qu’une conversation à cœur ouvert. Si votre supérieur vous interpelle en vous disant « Tu pars déjà ? » alors que votre journée est terminée, Laurie Weingart conseille de demander : « Est-ce que je peux faire autre chose avant de partir ? » Si la remarque passive-agressive provient d’un collègue, vous pouvez alors lui répondre : « Oui, j’ai fini ma journée. Passe un bon week-end. » Les deux réponses évitent de faire des suppositions sur ce que l’autre voulait dire.
Mais parfois, le mieux est encore de ne pas répondre. Si un ami vous fait une remarque qui ne lui ressemble pas lors d’une journée difficile, vous pouvez l’ignorer, précise Melissa Gluck. En revanche, si cela se produit plusieurs fois, la situation prend une tournure différente.
Comment réagir en cas de remarques passives-agressives répétées ?
En cas de comportement récurrent, une approche plus directe peut s’avérer nécessaire. Par exemple, si un ami commente régulièrement que vous n’avez jamais de temps à lui accorder, la psychologue recommande de mettre des mots sur ce que vous avez remarqué et ce que cela provoque chez vous : « Ce n’est pas la première fois que tu fais cette remarque. Ça commence à être blessant et je voudrais savoir si quelque chose te tracasse. »
Le même schéma peut aussi s’installer au sein des familles. Imaginons que vous confiez à votre mère que vous n’avez pas aimé quand elle vous a critiqué devant le reste de votre famille, et qu’elle rétorque : « J’imagine que je suis juste une mauvaise mère ». Melissa Gluck conseille alors de répondre : « Ce n’est pas ce que j’ai dit. Je voulais te partager mon ressenti, et ça me blesse que tu mettes ces mots dans ma bouche. » Cela permettra de ramener la conversation à ses remarques devant vos proches, au lieu de débattre pour savoir si elle est ou non une bonne mère.
Qu’en est-il si la personne assure que ce n’était qu’une blague ? Laurie Weingart suggère alors de dissocier l’intention de la conséquence : « Tu ne voulais peut-être pas me blesser, mais c’est comme ça que je l’ai perçu. » Vous n’avez pas besoin de prouver ce à quoi la personne pensait pour justifier votre ressenti.
Enfin, vous pouvez tout à fait indiquer clairement ce que vous êtes prêt(e) à faire. En cas de remarques récurrentes, vous pouvez adopter la réponse fétiche de Brook McKenzie : « Je suis prêt(e) à avoir des conversations difficiles avec toi. Par contre, je ne suis pas prêt(e) à essayer de deviner ce que tu veux dire en permanence. »
- Article issu de TIME US - Traduction Mathilde Pace




