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Certaines infections sont responsables de 12 % des nouveaux cas de cancer

Crédit photo : National Cancer Institute | Unsplash
L’apparition des cancers semble souvent aléatoire, mais elle est en réalité le résultat de nombreux facteurs, dont des mutations génétiques qui s’accumulent au fil d’une vie marquée par l’exposition au soleil, la pollution et d’autres sources de lésions de l’ADN, associées à une prédisposition génétique. Avec le temps, les lésions de l’ADN peuvent en effet affaiblir la capacité de l’organisme à bloquer la prolifération cellulaire hors de contrôle, ce qui explique la formation de tumeurs.

Pourtant, les infections sont une autre cause importante de cancer. Ainsi, en mettant la lumière sur les liens entre certaines d’entre elles et certains cancers, nous pourrions envisager d’éviter les infections pour prévenir certaines malignités. Un récent rapport du Centre international de Recherche sur le Cancer (une agence de l’Organisation mondiale de la santé), publié dans la revue The Lancet Oncology, a révélé que 12 % des nouveaux cas de cancers recensés en 2024 (l’année présentant les données les plus récentes) étaient provoqués par 12 infections.

Quelles infections sont associées au cancer ?

Certains papillomavirus humains, ou HPV, sont responsables de la majorité des cancers du col de l’utérus, ainsi que de nombreux cancers de la tête et du cou, explique Harriet Rumgay, épidémiologiste au Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) et auteure de l’étude. Concrètement, environ 4 % des nouveaux cas de cancers diagnostiqués en 2024 pourraient être attribuables à une infection à HPV.

D’après le rapport, les médecins et chercheurs savent depuis plusieurs décennies que l’hépatite B et C contribuent également à de nombreux cas de cancers du foie, liées respectivement à 2 % et moins de 1 % des nouveaux diagnostics.

Par ailleurs, de nombreuses données prouvent le rôle d’Helicobacter pylori, une bactérie qui infecte l’estomac et l’intestin grêle, dans l’apparition de cancers de l’estomac. Cette infection serait en effet responsable d’environ 4 % de nouveaux cas diagnostiqués. Par ailleurs, le virus Epstein-Barr, responsable de la mononucléose et qui touche plus de 90 % de la population mondiale, a été impliqué dans près de 1 % des nouveaux diagnostics, notamment des lymphomes, des cancers du nasopharynx et des cancers de l’estomac. Sept autres infections, dont l’infection au VIH, ont également été identifiées comme cancérigènes par l’étude.

La plupart des personnes porteuses de ces infections ne développeront pas de cancer au cours de leur vie. Par ailleurs, l’apparition de ce dernier n’est pas immédiate et peut survenir après plusieurs années. Souvent, une infection n’est qu’un des facteurs contribuant à l’apparition du cancer en question. Par exemple, pour expliquer les taux relativement élevés des cancers du nasopharynx liés au virus Epstein-Barr en Chine, les chercheurs estiment que certaines prédispositions génétiques et autres facteurs environnementaux jouent également un rôle.

Pourquoi certaines infections provoquent-elles des cancers ?

Tout dépend de l’infection. Dans le cas du VIH, le virus affaiblit le système immunitaire, ce qui facilite la réplication d’autres virus cancérogènes. Pour sa part, la bactérie Helicobacter pylori endommage les tissus et produit des toxines qui déstabilisent le contrôle naturel de la croissance et de la division cellulaire par l’organisme, ce qui peut par la suite entraîner l’apparition d’un cancer.

Quant au virus Epstein-Barr, Claire Shannon-Lowe, virologue à l’université de Birmingham spécialisée dans Epstein-Barr et le cancer, mais qui n’a pas participé à l’étude, estime que le virus se cache dans les cellules immunitaires, que l’on appelle les lymphocytes B. Elle explique : « C’est une conjonction d’actions que le virus lui-même exerce sur le lymphocyte B pour le faire grandir en continu ». Cela inclut notamment de bloquer les procédures habituelles d’élimination de cellules, qui peuvent éradiquer le virus et enrayer le développement du cancer.

Comment prévenir ces cancers ?

Certaines de ces infections ont des traitements. Par exemple, la bactérie Helicobacter pylori peut être traitée par antibiotiques, ce qui réduit le risque de cancer de l’estomac. De même, le traitement du VIH réduit le risque de cancer lié à l’infection. D’autres infections font même l’objet d’un vaccin.

Certains de ces vaccins ont d’ailleurs été développés principalement pour prévenir les cas de cancer. Harriet Rumgay précise : « Le vaccin contre l’hépatite B a été le premier vaccin développé pour lutter contre le cancer ». Idem pour le vaccin contre le HPV, approuvé il y a 20 ans et développé pour prévenir les cas de cancer du col de l’utérus. Elle ajoute que les épidémiologistes spécialisés dans le cancer pourraient commencer à constater les effets d’une vaccination généralisée contre le HPV dans des analyses futures : « De plus en plus de personnes qui ont été vaccinées commencent à arriver à l’âge où des cas de cancers du col de l’utérus, ou d’autres cancers, peuvent être constatés. »

Malgré tout, la population n’a pas toujours un accès équitable à ces vaccins. Aux États-Unis par exemple, les taux de vaccination contre l’hépatite B chez les nouveaux-nés ont fortement diminué ces deux dernières années.

Pour d’autres infections en revanche, aucun vaccin n’est disponible. Dans le cas du virus Epstein-Barr, un virus omniprésent associé depuis de nombreuses années à la formation des cancers, Harriet Rumgay déclare : « Nous n’avons pas encore de vaccin efficace ou de manière efficace de le prévenir. C’est l’un des points que nous voulions souligner dans notre étude. »

Historiquement, les laboratoires pharmaceutiques ont présenté peu d’intérêt pour le développement d’un vaccin contre des virus comme Epstein-Barr, qui sont courants et non mortels. C’est ce qu’explique Lawrence Young, virologue et professeur émérite d’oncologie moléculaire à l’université de Warwick et qui a dédié sa carrière à l’étude du cancer et du virus Epstein-Barr. Il n’a toutefois pas participé à l’étude mentionnée dans cet article.

Il affirme toutefois que, notamment grâce à des recherches qui ont suggéré que le virus pourrait être responsable de la sclérose en plaques, une maladie auto-immune : « Ils sont aujourd’hui très intéressés ». Plusieurs candidats de vaccin sont actuellement étudiés, dont certains sont même en phase d’essai clinique.

Concernant certaines infections mises en cause par la dernière étude (notamment le sarcome de Kaposi associé à un virus herpès), davantage de recherche dans la prévention est encore nécessaire, conclut Harriet Rumgay. Elle espère que « ces nouvelles découvertes pourront stimuler la recherche dans ce domaine ».

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