Le syndrome de fragilité ne se résume pas à un simple ralentissement lié à l’âge. Il s’agit d’un syndrome reconnu par les professionnels de santé comme un facteur de risque majeur d’aggravation soudaine de l’état de santé : les personnes présentant un score élevé aux tests de fragilité sont plus susceptibles de développer des complications après une intervention chirurgicale de routine et de voir leur état se détériorer rapidement à la suite d’une infection ou d’une chute. Parmi les signes de fragilité, on peut citer une vitesse de marche lente et le fait de mettre du temps à réaliser ce qu’on appelle le « test Timed Up-and-Go », qui consiste à se lever d’une chaise, à faire quelques pas, puis à revenir s’asseoir. Si cela prend plus de 13 secondes environ, cela peut être un signe de fragilité.
Les chercheurs estiment que l’exercice physique peut contribuer à inverser cette tendance. Une nouvelle étude publiée dans la revue PLOS ONE a révélé que les personnes qui marchaient rapidement avaient plus de chances d’améliorer leur score de fragilité que celles qui se promenaient à un rythme tranquille, bien que les deux groupes aient constaté des bénéfices.
Rester actif à un âge avancé porte ses fruits
Encourager les personnes âgées à y aller doucement peut sembler un conseil raisonnable, explique Margaret Danilovich, kinésithérapeute et enseignante à l’université Northwestern, ainsi qu’auteure de ce nouvel article. « On a tendance à penser : “Cette personne est fragile. Il ne faut pas lui en demander trop” », explique-t-elle. Mais, ajoute-t-elle, c’est une erreur de jugement, et les personnes âgées sont capables de bien plus qu’elles ne le pensent.
Dans le cadre de cette étude, elle et ses collègues ont mis en place des groupes d’activité physique dans 14 maisons de retraite. Des assistants de recherche ont évalué le syndrome de fragilité des participants avant et après l’intervention, puis les ont accompagnés pendant plusieurs mois lors de séances hebdomadaires de marche dans les couloirs des maisons de retraite. Chaque groupe a effectué des exercices de marche similaires : marcher en avant, en arrière, avec ou sans déambulateur, mais la moitié d’entre eux marchait à un rythme tranquille, tandis que les autres étaient encouragés à marcher beaucoup plus vite.
« Nous voulions atteindre un niveau d’activité soutenu, dépassant 70 % de la fréquence cardiaque maximale », explique Margaret Danilovich. « Des consignes standardisées étaient données à certains moments précis tout au long de la marche. » Si les participants ralentissaient, « l’assistant de recherche les encourageait à marcher plus vite ».
Marcher plus vite est plus bénéfique
L’équipe a constaté que les personnes qui avaient maintenu un rythme soutenu avaient vu leurs scores de fragilité s’améliorer davantage. « Près de 70 % des participants du groupe de marche à haute intensité ont progressé dans au moins une catégorie, contre 46 % dans le groupe marchant tranquillement », précise Margaret Danilovich.
Cependant, le groupe à haute intensité a enregistré davantage d’abandons que le groupe de marche décontractée, souligne le Dr Kenneth Rockwood, professeur de médecine à l’université Dalhousie au Canada (qui n’a pas participé à l’étude). « Cette différence dans le taux d’abandon rend difficile toute généralisation » quant à la mesure dans laquelle ces résultats s’appliquent aux personnes âgées en général, a-t-il écrit dans un e-mail. Mais toute recherche de qualité dans ce domaine est la bienvenue, a-t-il ajouté. « Bravo à eux d’avoir mené des travaux visant à prévenir le syndrome de fragilité. Nous avons besoin de beaucoup plus d’initiatives de ce type. » Les chercheurs ont constaté qu’il n’y avait aucune différence de santé initiale entre les groupes, ce qui laisse supposer qu’il est juste de conclure que ce ne sont pas uniquement les personnes en moins bonne forme physique qui ont abandonné, laissant derrière elles les participants les plus en forme.
Ces résultats sont particulièrement intéressants car ils suggèrent que l’exercice de haute intensité peut être sans danger pour cette population, explique le Dr Sara Espinoza, gériatre au Cedars-Sinai Medical Center de Los Angeles (qui n’a pas participé à cette étude). Une seule chute a été recensée au cours de l’étude, ce qui tend à montrer que l’exercice physique n’est peut-être pas aussi dangereux chez les personnes âgées que l’on a tendance à le croire.
Le Dr Espinoza met toutefois en garde contre la difficulté potentielle de mettre en œuvre ces résultats. « L’application de ces résultats ou leur transposition à la vie réelle est parfois difficile, car malheureusement, notre système de santé ne rembourse pas ce type d’entraînement physique », a-t-elle écrit dans un e-mail. « Nous pouvons prescrire de la kinésithérapie, mais il ne s’agit généralement pas d’exercices de haute intensité susceptibles d’augmenter la fréquence cardiaque. »
Les chercheurs espèrent étendre leurs travaux aux personnes âgées en bonne santé qui portent des montres connectées, afin de mieux comprendre comment inciter au mieux les marcheurs à marcher plus vite. Alors, un jour peut-être, des interventions encourageant l’exercice de haute intensité pour lutter contre le syndrome de fragilité pourraient être accessibles à toute personne possédant l’un de ces appareils portés au poignet et qui tient compte de ses alertes pour accélérer le rythme.
- Article issu de TIME US - Traduction TIME France



