Vingt-deux euros nets par mois. C’est ce qui sépare le salarié au Smic, 1 477,93 euros aujourd’hui, du seuil que Jean-Pierre Farandou aimerait lui voir franchir dès le 1er décembre. Sur TF1, ce 6 novembre, le ministre du Travail a jugé « important » d’essayer de « franchir la barre » des 1 500 euros net. Il a souligné la portée symbolique de cette hausse, avant de prévenir : « Rien n’est acquis. »
Un coup de pouce, le premier depuis 2012
Le calcul est vite fait. Atteindre 1 500 euros exige une hausse d’au moins 1,49 %. Si la revalorisation automatique du 1er janvier était d’environ 1 %, elle ne mènerait le Smic qu’à 1 493 euros environ. Il faudrait donc un coup de pouce supplémentaire d’environ 0,5 %, ce geste discrétionnaire de l’État qu’aucun gouvernement n’a consenti depuis 2012, quand François Hollande avait ajouté 0,6 %. Le Smic a déjà gagné 2,4 % le 1er juin dernier, sans le moindre coup de pouce : un peu moins de 35 euros nets. La hausse envisagée représenterait, elle, environ 265 euros sur un an pour un temps plein, par rapport au montant actuel.
La décision doit tomber la semaine prochaine pour s’appliquer à temps. Ce 9 novembre, Sébastien Lecornu réunira à Matignon syndicats et patronat pour une « conférence sociale ». Jean-Pierre Farandou poursuivra les discussions jusqu’au 8 novembre, dans l’espoir de « converger » sur le Smic, les minima de branches et les salaires en entreprise. Il garde toutefois une main sur le frein : augmenter « trop vite et trop fort » pousse les entreprises à réduire l’emploi ou à répercuter sur les prix, a-t-il averti, réclamant « de l’équilibre ».
« Pas une opération pièces jaunes »
Dans la rue, l’ambition paraît mince. Ce 5 novembre, la mobilisation contre la vie chère, lancée le 17 octobre dernier, a réuni près de 1,6 million de personnes selon la CGT, contre 575 000 selon le ministère de l’Intérieur. La CFDT réclame 100 euros net de plus par mois (6,8 %), la CGT 150 euros (10 %). « On n’est pas là pour une opération pièces jaunes », a ironisé Sophie Binet sur LCI. Marylise Léon, pour la CFDT, rappelle qu’« il n’y a pas que le smic dans la vie ». L’intersyndicale se réunira à l’issue de la réunion de Matignon : seule la réponse aux revendications arrêtera le mouvement, prévient-elle.
Un Smic à 1 700 euros net serait « une fausse bonne idée », qui détruirait 250 000 emplois selon Jean-Pierre Farandou.
Reste le chantier des branches. Le ministre assure qu’un décret est « prêt » pour « inciter très fort » les professions à relever leurs minima, sous peine de voir leurs allègements de charges recalculés. Le mécanisme figure dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, mais son décret d’application se fait toujours attendre. Après la hausse de juin, 69 des 179 branches de plus de 5 000 salariés restaient hors des clous, selon le ministère. Côté patronat, Amir Reza-Tofighi (Les Entrepreneurs) redoute que les salaires au-dessus du Smic stagnent, alors que les allègements de charges seront rabotés d’une dizaine de milliards d’euros en 2027.
À gauche le Smic, à droite le temps de travail
Jean-Pierre Farandou, lui, a déjà tranché sur les ambitions les plus hautes : un Smic à 1 700 euros net serait « une fausse bonne idée », qui détruirait selon lui 250 000 emplois. C’est pourtant le chiffre de Jean-Luc Mélenchon, qui le promet dès son élection (+15 %), en partie financé par le rétablissement de l’ISF et la taxe Zucman. Raphaël Glucksmann vise le même montant, avec une baisse de la CSG qui rapporterait 130 euros par mois à un célibataire au Smic, selon les propositions socialistes. Marine Tondelier propose 2 000 euros brut dès 2027. Fabien Roussel, qui défendait 1 500 euros net en 2022, réclame aujourd’hui 5 % de plus pour les salaires sous 2 500 euros net.
À droite, l’angle change : le temps de travail plutôt que le Smic. Comme le détaille Public Sénat dans une synthèse des propositions présidentielles, Édouard Philippe veut défiscaliser les heures au-delà de 35 heures négociées en entreprise (plus de 1 000 euros par an pour un Smic à 37 heures), tandis que Bruno Retailleau fixe un seuil « zéro cotisation » au-delà de 1 623 heures annuelles. Gabriel Attal mise sur une baisse des charges, compensée par une TVA sociale ou un durcissement de l’assurance chômage. Marine Le Pen, qui s’est jusqu’ici opposée à une hausse du Smic en invoquant son coût pour les entreprises, cible plutôt le coût de la vie, avec une baisse de la TVA sur certains produits.




