250 000 postes de fonctionnaires en moins, deux heures de travail de plus chaque semaine, la retraite à 65 ans : Édouard Philippe n’a pas attendu l’hiver pour annoncer la couleur. « L’argent magique n’existe pas », a lâché le candidat Horizons début octobre sur France 2. L’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron veut ramener un déficit public supérieur à 5 % du PIB à 2 % en cinq ans. Pari d’autant plus risqué que, dans un sondage Ifop publié le 4 novembre par Public Sénat, il est devancé par Jean-Luc Mélenchon dans tous les scénarios testés pour l’accès au second tour.
Le grand troc à 50 milliards
Au cœur du dispositif, un échange : 50 milliards d’euros d’impôts de production, ces taxes que les entreprises paient avant même de dégager un bénéfice, seraient supprimés. En face, 50 milliards d’aides publiques disparaîtraient. Même montant des deux côtés, assure Philippe, avec un moratoire en prime : ni nouvelle norme ni nouvel impôt pendant le quinquennat. L’effort pèserait pour moitié sur les dépenses sociales, pour un quart sur l’État et les collectivités, le reste devant venir de la croissance. Un fonctionnaire sur trois partant à la retraite ne serait pas remplacé, des agences seraient supprimées, et un arrêt maladie commencerait par trois jours non indemnisés, public compris. Le tout verrouillé par une « règle d’or » inscrite dans la Constitution, par référendum. Le programme ne détaille pas, à ce stade, les économies poste par poste.
Travailler plus à la semaine et la retraite à 65 ans
Côté salaires, une carotte : quand l’entreprise décide de travailler plus, les deux heures hebdomadaires supplémentaires seraient exonérées de cotisations et d’impôt, soit environ 1 000 euros par an au Smic, selon le candidat. Côté retraites, la douche est plus froide. Dévoilée le 29 septembre, sa réforme repousserait l’âge légal à 65 ans et la durée de cotisation à 45 ans en moins de dix ans, contre 42,5 à 43 ans aujourd’hui selon les générations. Un Français sur trois pourrait partir plus tôt, notamment en cas de handicap, d’invalidité ou de carrière longue. S’y grefferait une capitalisation collective pour tous les salariés, avec 500 euros de l’État au premier emploi. Loi, référendum ou ordonnance ? Il ne l’a pas dit.
Familles et école : 350 euros et un uniforme
Allocation unique de 350 euros dès le premier enfant, dégressive avec le revenu ; impôt sur le revenu suspendu trois ans pour les classes moyennes ; prêt à taux zéro à chaque naissance. À l’école, il imagine des chefs d’établissement « patrons », libres d’imposer l’uniforme et de recruter leurs équipes, des téléphones portables interdits à l’école primaire, au collège et au lycée, des enseignants payés 20 % de plus en cinq ans. Face à la mobilisation lycéenne, il a jugé certaines revendications « légitimes » et reconnu que Parcoursup « ne marche pas comme il devrait ».
Immigration, justice : la manière forte
Diviser par deux l’immigration légale pour passer « largement » sous les 200 000 titres de séjour par an : le chiffre est net, les moyens sont musclés. Accord de 1968 avec l’Algérie dénoncé, regroupement familial suspendu cinq ans, quotas, droit du sol gelé à Mayotte. En justice, retour des peines planchers, fin du juge d’application des peines (celui qui aménage les sanctions après le jugement), instructions individuelles du garde des Sceaux aux procureurs, « état d’urgence narco » avec reconnaissance faciale ciblée. Une ligne qu’il a aussi défendue après les violences du 17 octobre.
Climat, armées : changer d’échelle
Aux Ponts-de-Cé (Maine-et-Loire), le 17 septembre, après un été de canicules et de mégafeux, il a promis un fonds d’adaptation doté de 2 milliards d’euros par an. Il a comparé cette enveloppe aux 5 milliards d’euros annuels que coûteraient, selon son estimation, les catastrophes naturelles. Au menu : le lancement de huit EPR supplémentaires, en plus des six déjà prévus, un « Canadair français » contre les incendies, un plan baignade après 301 morts par noyade cet été. Il vise 250 000 réservistes d’ici à 2040. Le ministère des Armées en comptait 51 961 au premier semestre 2026. Entre le « déni » qu’il prête au RN et le « dogme » de La France insoumise, il revendique une voie médiane.
Ordonnances, Kyiv et Gaza
Élu, il présenterait une vingtaine d’ordonnances en session extraordinaire en juillet 2027, après une dissolution, pour une entrée en vigueur « dès l’automne ». À l’international : soutien à l’Ukraine, « désaccord majeur » avec le gouvernement israélien, « carnage » à Gaza mais pas de génocide, et une Europe plus protectrice face à la Chine, avec transferts de technologie et quotas à la clé.
Qui paiera, et dans quel ordre ? Philippe demande l’effort d’abord, les résultats ensuite, au moment où Gabriel Attal lui dispute le bloc central. Les réponses, il devra les apporter avant le printemps 2027.




