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17 octobre : Laurent Nuñez assume l’« échec » du maintien de l’ordre, sans lâcher ses grenades

Laurent Nunez à l'Assemblée. (Crédits: Thierry NECTOUX/Gamma-Rapho via Getty Images)
Entendu près de trois heures sous serment, le ministre de l’Intérieur reconnaît un « défaut d’anticipation » face aux pillages du 17 octobre. Il dit regretter les blessures graves, mais défend toujours l’usage des armes intermédiaires.

Sa démission, Laurent Nuñez l’a proposée à Emmanuel Macron après les violences du 17 octobre. Le chef de l’État l’a refusée. Mardi 3 novembre, le ministre de l’Intérieur l’a rappelé à l’ouverture des travaux d’enquête de la commission des lois de l’Assemblée nationale : « Je suis le seul responsable. » Il a également reconnu : « Le bilan de la journée du 17 octobre est un échec. »

Le constat n’avait rien d’une surprise. CCI France recense 2 488 commerces touchés le 17 octobre. Les mairies de Marseille et de Bordeaux ont été vandalisées, celle de Limoges ravagée par les flammes, l’office de tourisme de Lyon incendié, comme le rapporte Le Monde. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, avait lui-même lâché, le 19 octobre, que « des choses ont merdé ». Restait à savoir lesquelles. Pendant près de trois heures, sous serment, Laurent Nuñez a répondu à des députés de tous bords. Le Rassemblement national, lui, a refusé de siéger.

« Un échec », pas une faute

Sa défense tient en un mot : simultanéité. Selon le ministre, une note des services territoriaux du 15 octobre décrivait déjà le « potentiel insurrectionnel » de la journée : risque de cortège transformé en émeute, pillages par des militants radicalisés et de jeunes délinquants, et des gilets jaunes revenus « sous une forme différente ». « L’ensemble des risques qui étaient attendus se sont avérés », a-t-il résumé. Ce que personne n’a vu venir, dit-il, c’est leur coïncidence. Manifestation officielle, cortèges sauvages, black blocs fixant les forces de l’ordre « tout l’après-midi » place de la République, puis casseurs et pilleurs en fin de journée, chacun entraînant l’autre. Un dispositif plus étoffé n’aurait « sans doute pas permis à lui seul » d’éviter les dégâts, a-t-il ajouté, tout en jugeant que l’échec ne présumait pas, en soi, d’une faute des services de l’État.

Sur l’ultragauche, il a maintenu la ligne de l’exécutif : des militants « très doués pour faire dégénérer les choses » et pour échapper aux interpellations. La procureure de la République de Paris, Laure Beccuau, avait pourtant déclaré, le 19 octobre, ne pas pouvoir confirmer, à ce stade, la présence massive de militants d’ultragauche parmi les personnes interpellées. Laurent Nuñez a reconnu ce constat, tout en maintenant que ces militants pouvaient avoir été « à la manœuvre ». Interpellé par des élus insoumis sur l’ultradroite, il a reconnu sa présence, plus visible le 24 octobre que le 17. Ce second samedi, justement, est présenté comme la preuve d’une méthode corrigée : interdictions partielles décidées par les préfets, parcours négociés hors des centres-villes, fouilles sur réquisition des procureurs. Les dégâts ont diminué dans une mobilisation toujours massive : 410 000 manifestants selon le ministère, contre 550 000 une semaine plus tôt.

Les blessés, grands absents du « bilan »

Le bilan communiqué par le ministère de l’Intérieur le 18 octobre fait état de 2 397 interpellations et de 997 policiers et gendarmes blessés, dont sept grièvement. Côté manifestants, aucun recensement national exhaustif des blessés n’est disponible. Les cas, eux, s’accumulent. À Saint-Étienne, un jeune de 17 ans a eu la main arrachée par une grenade. À Mulhouse, une étudiante de 17 ans a été gravement blessée à l’œil par un tir de grenade lacrymogène, selon son avocat. À Paris, place de la République, Rafael, 17 ans, a été roué de coups par de nombreux policiers dans une scène filmée ; une enquête pour violences avec arme en réunion est ouverte, a confirmé le parquet de Paris à l’AFP. Son dossier figure parmi les 48 enquêtes confiées à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour le week-end des 17 et 18 octobre, dont 32 à Paris, selon un décompte du 29 octobre cité par l’agence. Ces violences s’inscrivent dans un mouvement lycéen lancé le 21 septembre. Mi-octobre, plus de 200 élèves avaient déjà été recensés blessés selon un bilan communiqué par Laurent Nuñez. Le 13 octobre, le ministre faisait état de 36 saisines de l’IGPN, dont quatre concernant des « blessures mutilantes ».

À l’Assemblée, le député écologiste Pouria Amirshahi a cité Evan, 15 ans, la main arrachée par une grenade assourdissante le 5 octobre à Lens. Laurent Nuñez a dit regretter cette blessure très grave, tout en affirmant que « le contexte de l’engagement de la force était réuni ». Même fermeté sur le lanceur de balles de défense, présenté par le ministre comme la « seule arme intermédiaire » permettant de cibler une personne. Il avait déjà défendu, le 13 octobre au Sénat, une appréciation de la proportionnalité fondée sur le contexte de l’intervention plutôt que sur ses conséquences. La veille de son audition du 3 novembre, devant la commission des lois, il avait prévenu qu’il ne renoncerait à « aucun moyen intermédiaire ». L’audition a tourné à l’aigre lors d’un échange avec le député Ugo Bernalicis (LFI). « Vous êtes dans la provocation en permanence ! », lui a lancé le ministre. Les députés insoumis ont lancé un appel à témoignages pour nourrir la commission. Reste l’addition : CCI France recense 2 488 commerces touchés le 17 octobre. Pour l’ensemble des violences survenues depuis cette date, le réseau rapporte de premiers retours d’assureurs évaluant les dégâts à plus d’un milliard d’euros.

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