Après une nette baisse en 2025, la rémunération du livret A poursuit sa chute pour février 2026, mais moins que ce qui était recommandé par la Banque de France. Le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, a annoncé ce jeudi 15 janvier une évolution des produits d’épargne réglementée. Selon la stricte application de la formule de calcul, la Banque de France avait recommandé mercredi 14 janvier un rendement fixé à 1,4 %. Bercy a toutefois décidé, en accord avec l’institution, d’arrondir à la hausse le montant, le fixant à 1,5 %, applicable à compter du 1er février 2026. Le livret A permet de placer jusqu’à 22 950 euros par personne sur un compte d’épargne réglementé.
Pour rappel, la rémunération du livret A avait été portée successivement à 3 %, puis à 2,4 %, avant d’être fixée en août 2025 à 1,7 %. Une baisse significative que le gouvernement justifie par le net ralentissement de l’inflation. « Nous avons gagné le combat contre l’inflation », s’est félicité Roland Lescure, rappelant qu’elle atteignait encore 5 % il y a deux ans. D’après le dernier rapport de l’Insee publié ce jeudi 15 janvier, l’inflation s’établit désormais à 0,8 %. Dans ce contexte, le taux nouveau du livret préféré des Français permet également de transférer des financements vers les logements sociaux, a-t-il souligné. Concrètement, pour une épargne de 100 euros, un taux fixé à 1,7 % serait fixé à un montant de 101,70 euros. D’ici février, avec un taux abaissé à 1,5 %, il diminuerait à 101,50 euros, soit un gain inférieur de 20 centimes.
Un coup de pouce au LEP
François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a indiqué mercredi 14 janvier en commission des Finances du Sénat qu’il proposerait à Bercy « un avantage marqué pour le livret d’épargne populaire » qui « est le vrai produit, le plus avantageux, d’épargne populaire ». Le LEP bénéficie pour cette année également d’une modification dans son taux. Roland Lescure a indiqué le fixer à 2,5 % au lieu de 1,9 %, ce que prévoyait la formule de calcul, soit 1 point de plus que pour le livret A. Une volonté de « donner un coup de pouce », selon le ministre, aux quelques détenteurs des 12 millions de LEP ouverts.
Malgré tout, le nombre de LEP reste loin des 31 millions de personnes éligibles. « J’ai tenu à conserver un avantage marqué pour les plus modestes », affirme le ministre de l’Économie avant de poursuivre : « J’engage les Français qui sont […] à se rapprocher de leur banque pour ouvrir ce type de livret. » Le livret populaire étant octroyé en fonction des revenus fiscaux, atteint un plafond établi jusqu’à 20 000 € par personne, et pouvant atteindre plus de 59 000 € pour un foyer de quatre personnes. Bercy rappelle que les conditions d’éligibilité restent destinées aux modestes ménages et strictement réglementées.
Dépenser pour l’économie du pays
« L’incertitude actuelle entretient un taux d’épargne encore très élevé, à 18,4 % au troisième trimestre 2025, soit 3 points au-dessus de son niveau pré-Covid », précisait cependant le gouverneur de la Banque de France ce mercredi 14 janvier. Considérant que l’épargne devrait être « mieux allouée vers le bon financement de notre économie ». Dans un contexte incertain, les Français préfèrent épargner et garder leur argent dans un livret, tandis que l’État souhaiterait au contraire que l’argent circule dans l’économie du pays pour la relancer.
« C’est évidemment une division par deux du taux du livret A par rapport à ce qu’il était au début de 2025. » « C’est assez logique en fait, c’est la conséquence de la baisse de l’inflation », expliquait Philippe Crevel, directeur général du Cercle de l’Épargne, sur l’antenne de France Inter ce jeudi 15 janvier. « Une mauvaise nouvelle » pour les épargnants qui vont gagner « moins d’argent » que l’année dernière, mais qui n’en perdront pas non plus, selon lui. D’après Philippe Crevel, ce n’était pas le cas après la période de Covid-19 en 2022 et 2023, car l’inflation atteignait environ 6 %. « Certes, le livret A était à 3 %, mais c’était nettement en dessous de l’inflation de l’époque », explique-t-il.
« Le gouvernement souhaite évidemment que la baisse du taux du livret A incite les Français à aller un peu plus dans les boutiques, que ce soit physique ou en ligne », reconnaît-il, « mais ce n’est pas une garantie. Il y a d’autres facteurs qui incitent ou dissuadent. « C’est le contexte économique, social, voire politique et géopolitique qui fait que les Français achètent ou n’achètent pas », analyse l’économiste. Entre janvier et novembre 2025, les Français ont retiré en tout 3,58 milliards d’euros de plus que ce qu’ils ont versé sur leur livret A. Ils se tournent à présent vers de nouveaux produits, comme l’assurance-vie, qui aurait collecté 49,4 milliards d’euros en 2025.




