À peine deux ans après son arrivée à la tête du Royaume-Uni, le Premier ministre travailliste Keir Starmer a annoncé ce lundi 22 juin sa démission après plusieurs mois de pression et d’isolement grandissant. Il a précisé qu’il resterait en poste jusqu’à la désignation de son successeur aux commandes du Parti Labour. Le principal rival de Keir Starmer, Andy Burnham, semble plus que jamais en position de force pour lui succéder à Downing Street, ainsi qu’au sein du parti centriste. « Toutes les décisions que j’ai prises ont eu pour objectif de faire passer en premier le pays que j’aime. C’est pourquoi je vais démissionner de mon poste de chef du Parti travailliste », a-t-il affirmé d’une voix étranglée remplie d’émotion, lors d’une courte prise de parole devant la fameuse porte du 10, Downing Street.
La décision de l’ancien Premier ministre « marque le début d’une transition » dont « je me porte candidat », a-t-il déclaré sur le réseau social X, peu de temps avant d’arriver à Londres pour être investi député. L’ex-ministre travailliste de la Santé, Wes Streeting, qui aurait pu être candidat et lui faire concurrence, a toutefois déclaré se rallier à Andy Burnham.
Une démission poussée par son camp politique
Keir Starmer a annoncé sa décision de démissionner au roi Charles III ce lundi 22 juin dans la matinée en serrant son épouse Victoria dans ses bras en terminant un court discours sous les applaudissements du personnel du 10 Downing Street.
Le Comité exécutif national du Labour doit encore annoncer l’ouverture formelle des candidatures qui permettront de nommer le successeur de Keir Starmer le 9 juillet prochain, a-t-il assuré avant d’ajouter qu’il ferait « tout ce qui est en [son] pouvoir » afin de faciliter au mieux la passation. Même dans le cas où une élection interne serait nécessaire, même si cela reste pour le moment assez improbable, le processus devrait toutefois s’achever avant « la fin de la pause estivale » du Parlement le 1ᵉʳ septembre prochain, d’après lui. « En cas d’élection interne, cela garantira qu’un nouveau chef soit en place avant la reprise des travaux du Parlement en septembre […] Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour assurer une passation de pouvoir dans les règles », a-t-il affirmé.
Le chef du parti Reform UK d’extrême droite, à l’origine du Brexit et ouvertement anti-immigration, Nigel Farage, est pour le moment en tête des sondages britanniques depuis plusieurs mois. À la suite de l’annonce de la démission de Keir Starmer, le chef de la file d’extrême droite a appelé à de nouvelles élections législatives. Mais le Parti travailliste, qui garde une majorité au Parlement, n’est pas dans l’obligation d’organiser de nouvelles élections avant 2029.
Bilan sur l’économie du pays, accès à la santé ou encore soutien à l’Ukraine : Keir Starmer ne s’est pas empêché de vanter lors de son bref discours ses quelques succès avant de confirmer avoir entendu le message de son parti. « La question que mon parti se pose aujourd’hui est de savoir si je suis le mieux placé pour nous mener aux prochaines élections législatives. J’ai pris connaissance de la réponse de mon groupe parlementaire, et j’accepte cette réponse de bonne grâce », a-t-il concédé. Alors qu’il y a quelques jours, il assurait se battre pour rester au pouvoir, la chaîne d’information Sky News a révélé que des poids lourds du gouvernement, comme la ministre des Affaires étrangères Yvette Cooper, l’ont exhorté à quitter son poste et à trouver une date pour son départ.
En tout, ce sont plus de 100 députés travaillistes qui réclamaient que Keir Starmer quitte son poste de Premier ministre, soit environ un quart des députés du parti. De l’autre côté de l’Atlantique, Donald Trump a pris acte de la démission de son homologue britannique. « Keir Starmer va démissionner » de son poste, a écrit le président américain dans un message publié sur son réseau Truth Social, lui souhaitant « le meilleur ».
Le « roi du Nord » en tête dans les sondages
Avec le départ précipité du Premier ministre, le Royaume-Uni s’apprête à connaître son septième Premier ministre en dix ans, une instabilité inédite dans l’histoire moderne du pays. À l’arrivée en poste à Downing Street de cet ancien avocat, les attentes étaient importantes après 14 années de longues gouvernances par les conservateurs au Parlement britannique. Mais, deux ans plus tard, le Royaume-Uni reste confronté à une économie amorphe ainsi qu’à une dangereuse augmentation du coût de la vie.
Keir Starmer a aussi commis ces derniers temps des erreurs qui n’ont pas manqué d’être soulignées : comme notamment le fait de nommer Peter Mandelson en tant qu’ambassadeur à Washington. Seulement neuf mois après sa nomination, celui-ci a été limogé après que les dossiers de l’affaire Epstein indiquent qu’une amitié existait bel et bien entre l’ambassadeur et le criminel sexuel Jeffrey Epstein.
Quant à Andy Burnham, qui compte parmi les personnalités politiques préférées des Britanniques, selon l’institut YouGov, ce dernier aurait été élu député à 54,8 % des voix jeudi 18 juin dans la circonscription de Makerfield, dans le nord de l’Angleterre, remportant ainsi largement l’élection face au candidat de Reform UK qui s’est rangé derrière Labour avec 34,5 % des voix. Maire populaire du Grand Manchester depuis 2017, celui que les Britanniques surnomment le « roi du Nord », a répété tout au long de la campagne qu’il souhaitait « changer le Labour et le pays ». Il avait toutefois échoué à deux reprises pour reprendre le pouvoir du Labour, en 2010 ainsi qu’en 2015. Pour reprendre la direction du Parti travailliste, il a d’abord dû passer par une étape indispensable afin d’être officiellement élu député. Un premier pas vers le pouvoir ?




