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Emmanuel Grégoire, candidat à la mairie de Paris : « Je souhaite ouvrir une nouvelle page »

Emmanuel Grégoire, candidat socialiste à la mairie de Paris. (Crédits photo : équipe de campagne d'Emmanuel Grégoire)
À moins de deux semaines du premier tour de l'élection municipale, le socialiste qui porte une candidature d'union de la gauche s'est confié à TIME France, affirmant que s'il est candidat, « ce n’est pas par goût du titre », mais parce qu'il se considère « prêt, disponible et capable d’assumer cette fonction dès demain ».

Un socialiste pour remplacer une socialiste ? Habitué des arcanes de l’hôtel de ville parisien, Emmanuel Grégoire s’est lancé il y a plusieurs mois dans une campagne au chemin sinueux dont l’arrivée se trouverait dans le fauteuil de maire de Paris. Conseiller de Paris depuis 2014, avant de devenir adjoint d’Anne Hidalgo puis son bras droit au poste de premier adjoint de 2018 à 2024, c’est sur son nom qu’Emmanuel Grégoire s’est lancé dans la course municipale en novembre 2024. À TIME France, il raconte comment cette campagne et les mois qui l’ont précédée ont été, pour lui, un moment « d’émancipation », notamment vis-à-vis de l’actuelle maire de Paris. « Elle m’a très longtemps stimulé dans cette ambition et m’a accompagné. Un jour elle a changé d’avis, pas moi », explique celui qui dit s’être préparé « avec beaucoup de sérieux et de constance » pour succéder à son ancienne mentor.

Alors que les derniers sondages semblaient prédire une bataille serrée entre le socialiste, candidat d’une union de la gauche allant de l’Après à Place publique, et la candidate Les Républicains Rachida Dati, une nouvelle étude d’opinion Cluster 17 commandée par l’équipe de campagne d’Emmanuel Grégoire et publiée dans L’Opinion tend à donner l’avantage à Emmanuel Grégoire à moins de deux semaines du premier tour.

TIME France : Vous avez occupé pendant plusieurs années le rôle de premier adjoint à l’hôtel de ville. On dit souvent des Premiers ministres qu’ils pensent à l’Élysée dès leur arrivée à Matignon. Est-ce comparable à ce qui se passe à l’échelon municipal ?

Emmanuel Grégoire : Non, mais disons qu’il y a une espèce de filiation traditionnelle dans ce duo maire et premier adjoint. Pour tout vous dire, je suis devenu premier adjoint dans un moment difficile : c’était la fin du premier mandat d’Anne Hidalgo, une période où il ne faisait aucun doute qu’elle serait candidate à sa réélection mais où nous n’étions pas en position très favorable. Rien d’autre ne m’a donc occupé les premières années que de penser à la faire réélire.

C’est dans les discussions avec elle, et dans le plaisir d’exercer à ses côtés, que j’ai nourri cette envie de devenir maire. Je me suis dit que je n’étais pas le moins qualifié pour prétendre, ou en tout cas candidater, à embarquer notre collectif. Elle m’a très longtemps stimulé dans cette ambition et m’a accompagné. Un jour elle a changé d’avis, pas moi.

Être premier adjoint, est-ce la meilleure formation pour être maire ?

Oui, car on gère la transversalité et les « emmerdes ». J’ai un parcours complet, j’ai occupé presque toutes les délégations clés, toutes passionnantes et exigeantes. Anne Hidalgo m’a confié en 2020 la plus grande délégation de l’histoire de la ville. J’ai fait le job à ses côtés. Je lui dois beaucoup, elle me doit beaucoup, et je le sais.

Y a-t-il un moment où vous vous êtes dit : « Oui, là je me sens capable, j’ambitionne d’être candidat » ?

À dire vrai, oui, au moment où elle a été elle-même candidate à l’élection présidentielle, car d’une certaine manière cela la déportait des enjeux parisiens. Elle me disait « prépare-toi », car c’est quelque chose qu’elle-même avait nourri aux côtés de Bertrand Delanoë assez tôt. Je m’y suis préparé avec beaucoup de sérieux et de constance.

« On ne se projette pas comme maire de la même façon qu’on se projette comme premier adjoint. »

Comment se prépare-t-on à être candidat ?

Il y a peut-être trois dimensions. D’abord, une dimension psychologique : est-ce que je suis fait pour être maire ? Je le dis car il ne faut pas négliger que si les gens voient le côté attrayant de la fonction, elle est extrêmement exigeante. On met de côté beaucoup de choses, notamment sa vie privée, avec le risque d’exposition qui va avec. Il y a donc un travail psychologique pour se demander : « Est-ce que j’ai envie de cela, est-ce que je suis prêt à en assumer les conséquences positives certes, mais aussi négatives ? » Le deuxième point consiste, dans les fonctions qui étaient les miennes, à démontrer ma capacité à marquer des points dans l’animation d’une équipe et d’une majorité, pour apparaître comme un fédérateur et un facilitateur. Ce fut fait, notamment en faisant voter le plan d’urbanisme bioclimatique que j’ai piloté, plan le plus ambitieux de l’histoire de Paris en matière de transformation écologique et d’ambition sociale.

Le troisième point est un travail de réseau. J’ai été amené, pour des raisons d’exercice de mes fonctions, à élargir le champ à la rencontre des Parisiens. On ne se projette pas comme maire de la même façon qu’on se projette comme premier adjoint. Comme premier adjoint, ma mission était de mettre en œuvre les décisions de la maire, peu importe que je les partage ou pas. Comme maire, il faut trancher, orienter, donner le cap et la vision pour la ville de demain.

J’ai aussi consacré beaucoup de temps depuis 2020 à réfléchir à la ville et aux enjeux de sa modernité, en rencontrant des gens et en lisant énormément. Pour vous donner un exemple, j’ai lu des centaines de livres qui portent sur Paris, sur son histoire, son évolution et sur les enjeux qu’elle aura à affronter. C’est là que je me suis forgé une conviction programmatique. C’est aussi le moment où se dessinent des nuances ou des différences avec Anne Hidalgo, qui ne sont pas des nuances de confrontation, mais de méthode.

En juin 2024, quand Emmanuel Macron dissout l’Assemblée nationale, vous faites le choix d’être candidat aux législatives. Pourquoi cette volonté de se déporter de Paris ?

Plusieurs éléments. Le premier n’est pas du tout de me déporter de Paris. La surprise de la dissolution impose des décisions rapides.

Évidemment, la menace de l’extrême droite que la quasi-totalité des sondages avançait comme gagnante à l’Assemblée appelait à une mobilisation et je voulais prendre ma part. Cela change beaucoup la nature de la relation à la politique publique car mes engagements premiers sont dans la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations. Voir mon pays s’abandonner aux idées de l’extrême droite m’était insupportable. Je considérais que je serais utile pour empêcher cela. Il n’y avait pas de risque RN dans la circonscription, mais à l’échelle nationale il y en avait un, et j’entendais être une des voix de la campagne pour mener ce combat. Je voulais défendre les enjeux parisiens à l’Assemblée nationale.

Je me suis engagé en ce sens, notamment sur la question du logement, de l’enseignement supérieur et à travers une proposition de loi dédiée aux mineurs non accompagnés, dont le nombre dans les rues de Paris demeure aujourd’hui préoccupant.

C’était aussi, il faut bien l’avouer, un moment d’émancipation décisif dans mon parcours. Cette épreuve-là a été décisive sur le plan psychologique et politique. J’ai gagné mes galons, je n’ai pas honte de le dire.

Cette entrée dans une campagne municipale particulièrement médiatisée en tant que tête de liste, c’est une forme de rupture après des années à travailler davantage dans l’ombre ?

Je ne parlerais pas d’une rupture, mais plutôt d’un exercice différent. J’ai toujours été convaincu qu’il fallait gravir les marches une à une. D’abord candidat sur une liste, puis candidat dans un arrondissement, celui qui me tient particulièrement à cœur, le 12ᵉ, et enfin, aujourd’hui, candidat à la mairie de Paris. Cette ambition, je l’ai longuement mûrie, car se présenter devant les Parisiennes et les Parisiens implique une responsabilité immense.

Je n’ai jamais été ni impatient ni animé par une obsession personnelle. J’ai besoin d’une forme de sécurité intellectuelle pour prendre pleinement part au combat politique. Si je suis candidat à la mairie de Paris, ce n’est pas par goût du titre, mais parce que je me considère prêt, disponible et capable d’assumer cette fonction dès demain.

Lorsque certains parlent d’alternance, je n’oublie pas que les mêmes occupaient déjà des fonctions ministérielles il y a vingt ans. Je souhaite ouvrir une nouvelle page, tourner celle de l’ancien monde : Paris est prête pour ce renouveau.

Vous parliez de la primaire justement, votre candidature n’a pas été un long fleuve tranquille. Avez-vous eu peur que cela divise le PS à Paris ?

Oui, ce sont toujours des moments difficiles, parfois même douloureux sur le plan humain. Notre primaire s’est étendue et la confrontation aurait pu laisser des cicatrices. Mais j’étais assez confiant car je connais mes camarades, Rémi Féraud et Marion Waller, pour lesquels j’ai le plus grand respect, et je connais le sens des responsabilités des socialistes. Rémi s’est comporté avec moi comme il sait que je me serais comporté avec lui, guidé par le souci constant de l’intérêt général. Il ne m’a jamais fait défaut après la primaire. Il est aujourd’hui à la place qui est la sienne, et j’en suis à la fois fier et honoré. Cette primaire a montré une chose : la maturité de notre collectif, son expérience, et sa capacité à jouer le jeu de la démocratie militante avec respect et sérénité.

« Ce qui nous réunit est bien plus important que ce qui aurait pu nous diviser. »

Pourquoi l’union de la gauche est-elle devenue indispensable ?

Car la situation l’exigeait et l’exige encore ! Le rassemblement de la droite de Rachida Dati et de l’extrême droite de Sarah Knafo est devant nous, et c’est un vrai risque pour les Parisiennes et les Parisiens : en matière de renoncement climatique, de solidarité, de démantèlement de notre maillage associatif… Il a donc fallu prendre nos responsabilités, et nous l’avons fait avec méthode. Ce qui nous réunit est bien plus important que ce qui aurait pu nous diviser. Les électrices et les électeurs n’auraient pas compris que nous privilégions nos propres intérêts au détriment de l’efficacité de l’union. Leur aspiration à l’union est énorme. Nous ne pouvions l’ignorer.

La campagne est marquée par une forte tension. Comment y faites-vous face ?

On s’y attendait. Cette campagne, c’est la diffusion permanente de fake news, l’outrance et l’invective. Ce n’est pas mon caractère. Nous essayons de ne pas tomber dans ce piège de caniveau. Notre force, c’est le terrain, notre maillage territorial et la compétence. J’ai basé ma campagne sur le « Paris réel » plutôt que sur sa bulle numérique. Rachida Dati s’est fait piéger là-dedans : elle a tout misé sur les réseaux sociaux. Mais quand on a déjà une forte notoriété, on a du mal à faire bouger les blocs. Personnellement, je rencontre les Parisiens jour après jour. Sur le numérique, elle s’est fait déborder par l’extrême droite qui est tristement beaucoup plus efficace dans l’outrance. Si l’on mesurait l’efficacité d’une campagne aux retweets, ceux qui pensent que la terre est plate gagneraient les élections. Nous sommes en dynamique et nous ne lâcherons rien.

Concernant le soutien tardif d’Anne Hidalgo, auriez-vous aimé que cela se passe différemment ?

Nos confrontations ont été à un niveau très élevé, chacun le sait. Mais nous avons des valeurs communes qui vont au-delà des différents personnels et qui concernent l’avenir de celles et ceux pour qui nous sommes engagés. Aujourd’hui, elle a pris une position en ma faveur en responsabilité. C’est l’essentiel : le collectif prime.

Sur le bilan, j’ai conscience des insuffisances et du haut niveau d’attentes des Parisiens. Mon sujet est de gagner, donc je réponds aux impatiences sur le pouvoir d’achat, la sécurité, les solidarités, la propreté. Si les Parisiens pensent que Paris est sale — et les enquêtes sont claires là-dessus — peu importe mon jugement subjectif, je dois y répondre. Je le ferai par un programme ambitieux sur ces sujets.

« J’ai toujours senti que je pourrais, un jour, m’engager dans une responsabilité comme celle de devenir maire de Paris. »

Comment êtes-vous arrivé à cet engagement politique socialiste ?

J’ai été éduqué dans des familles très engagées à gauche, avec des attaches communistes. Le cœur de mon engagement, c’est la lutte contre les discriminations, le racisme et le déterminisme social. Je veux arracher les destins au hasard. J’ai une expérience suffisante pour savoir que beaucoup de choses sont liées au talent, mais surtout au hasard, et cela ne me plaît pas philosophiquement.

J’ai abordé la politique par la philosophie. Je n’ai jamais été dans des organisations de jeunesse. J’aimais ma vie dans le privé, mais la bascule s’est faite par affection pour la probité de Lionel Jospin en 2002 face à Jacques Chirac. Au PS, j’ai trouvé un collectif humain qui aimait refaire le monde dans un café du 12ᵉ. J’ai monté les marches localement, j’ai fait tout le cursus militant de terrain qui ont été des années fabuleuses. Puis j’ai pris des responsabilités au fur et à mesure, sans parcours calculé, même si j’ai toujours senti que je pourrais, un jour, m’engager dans une responsabilité comme celle de devenir maire de Paris.

Si vous êtes élu demain, quel message sera celui que transmet cette élection ?

On ne peut se prévaloir que de la légitimité que l’on a réellement. Être élu à 70 % ou en quadrangulaire, ce n’est pas pareil. Je serai un homme de dialogue respectueux des oppositions et de ma majorité. Je proposerai des dispositifs démocratiques forts, car c’est une demande forte. Il faut savoir se remettre en cause et reconnaître ses erreurs. On a toujours dit qu’en politique il ne fallait jamais le faire, je pense exactement le contraire.

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