Des éclats de verre jusque dans les yeux. Des membres arrachés. Au moins quatre patients en pleine crise nerveuse. Voilà ce que décrit un soignant de Riyad, cité par L’Essentiel, après la frappe qui a touché l’aéroport King Khalid, ce 10 octobre. Le bilan provisoire de cette première attaque fait état de 13 morts (quatre Saoudiens, deux Bangladais, un Américain, un Jordanien, un Égyptien, un Syrien, un Palestinien, un Soudanais et un Indien) et d’au moins 309 blessés, dont plusieurs dans un état critique. Ambulances et hélicoptères ont fait la navette vers l’hôpital Roi Fahad.
Le répit a duré une journée. Ce 11 octobre, un projectile non identifié a touché le terminal 4 et déclenché un incendie, selon la coalition menée par Riyad, qui affirme avoir intercepté un missile de croisière à proximité. Dans la soirée, l’autorité de l’aviation civile a annoncé un mort supplémentaire, un résident pakistanais, et onze blessés. Total cumulé : 14 morts. Les dégâts matériels restent à évaluer. D’après Flightradar24, l’aéroport est fermé au moins jusqu’à ce lundi 12 octobre, 23 heures, heure de Paris.
Missiles, drones : l’arsenal houthiste en action
Les houthistes, eux, tiennent leur comptabilité. Leur porte-parole militaire, Yahya Saree, évoque quatre « opérations d’envergure » en vingt-quatre heures, mêlant missiles balistiques, missiles de croisière et drones, et une offensive « en trois phases » contre l’aéroport de Riyad depuis le 9 octobre. Dammam, dans l’est, a été visée à son tour. Saree revendique un tir direct ; le site de l’aéroport signale de nombreux vols retardés et une nouvelle frappe a été confirmée ce 11 octobre au soir. Le mouvement dit aussi avoir touché deux sites d’Aramco : l’installation gazière de Shugadam et la raffinerie de Tanajib. Selon la coalition, un drone a été abattu dans la région orientale et un missile balistique intercepté en route vers Khamis Mushait, où se trouve une importante base militaire du sud.
Les 7 et 8 octobre, des frappes contre Riyad avaient déjà fait six morts. Ce week-end, le mouvement pro-iranien a prévenu voyageurs, employés et compagnies aériennes que les aéroports saoudiens n’étaient pas sûrs, à l’exception de ceux de La Mecque et de Médine. Le message tombe alors qu’octobre ouvre la haute saison de la omra. Riyad n’avait jamais été visée à cette échelle depuis le début de la guerre au Yémen, en 2014. Et le royaume n’avait pas connu d’attaque plus meurtrière depuis août 2015 et l’attentat suicide de l’État islamique, qui avait fait 15 morts.
Trump pèse sa riposte, le monde condamne
« Pas acceptable » : Donald Trump a réagi le 10 octobre, promettant d’examiner une participation américaine aux opérations contre les houthistes et de s’entretenir avec le prince héritier Mohammed ben Salman. Washington n’avait pas donné suite jusque-là aux demandes d’appui saoudiennes. La coalition, elle, parle de « crime de guerre » et promet de répondre « avec fermeté ». Londres a rappelé son soutien : défenses aériennes et ravitaillement en vol, a détaillé son ministre de la Défense, Wes Streeting, qui juge l’attaque « méprisable ».
Les condamnations se sont enchaînées : ONU, Paris, qui compte une ressortissante parmi les blessés, mais aussi Berlin, Moscou, Ankara, Bagdad et Islamabad. Ursula von der Leyen y voit une « dangereuse escalade ». Benjamin Netanyahu dénonce une « horrible attaque terroriste ». Les Émirats arabes unis, pourtant en désaccord avec Riyad sur le Yémen, affichent leur solidarité. À Téhéran, Abbas Araghtchi a plaidé, au téléphone avec son homologue saoudien, pour une solution politique, jugeant qu’une approche purement militaire compliquerait la situation, rapporte l’agence IRNA.
Sur le terrain, la guerre n’attend pas. Depuis l’offensive éclair de septembre, qui a donné aux houthistes le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb, les forces gouvernementales contre-attaquent. Les rebelles dénoncent une « brutale agression saoudienne » et font état de 124 frappes aériennes depuis le 10 octobre, dont plusieurs sur Sanaa. À Koweït, l’ambassade saoudienne a affrété des bus pour ramener à Riyad ses ressortissants que l’annulation des vols laisse bloqués.



