Ce 8 octobre, l’Académie suédoise a couronné l’autrice canadienne Anne Carson, 76 ans, du prix Nobel de littérature. Le lendemain, le comité norvégien a distingué la juriste sud-africaine Navi Pillay, 85 ans, ancienne haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, pour son action en faveur de la paix et du droit international.
En 1967, Navi Pillay ouvre un cabinet d’avocate dans la province sud-africaine du Natal : elle est la première femme à le faire. Née à Durban dans une famille tamoule d’origine indienne, en plein apartheid, elle rejoint dès les années 1960 la défense juridique contre le régime. À 85 ans, elle vient de recevoir le prix Nobel de la paix 2026, annoncé ce 9 octobre « pour ses efforts en faveur de la paix et du droit international ».
Le comité norvégien avait 287 candidatures à examiner, dont 208 personnes et 79 organisations. Des équipes d’urgence soudanaises, la Station spatiale internationale et deux grandes juridictions internationales figuraient parmi les noms évoqués. Le prix fête cette année ses 125 ans : depuis 1901, il a été attribué à 112 personnes et 28 organisations, dont la Croix-Rouge, trois fois. Son président, Jørgen Watne Frydnes, a justifié le choix par le contexte : selon lui, le droit international subit une pression considérable, ses institutions sont attaquées et les rapports de force pèsent de plus en plus sur les cadres juridiques.
Navi Pillay, de l’apartheid au Rwanda
En 1995, l’Assemblée générale de l’ONU l’élit juge au Tribunal pénal international pour le Rwanda. Elle en devient la présidente en 1999. Le 2 septembre 1998, le jugement dans l’affaire Jean-Paul Akayesu, auquel elle a contribué, établit que des violences sexuelles peuvent constituer un acte de génocide. Elle siège ensuite à la Cour pénale internationale, puis dirige le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme du 1er septembre 2008 au 31 août 2014, une période marquée par la défense des droits des personnes LGBT et par les premiers mois de la guerre en Syrie.
Avocate engagée pour les droits des femmes, elle a aussi cofondé l’ONG Equality Now et rejoint, en 2015, la Commission internationale contre la peine de mort. Elle siège aujourd’hui à la Cour internationale de justice, en qualité de juge ad hoc dans l’affaire où le Myanmar est accusé de génocide. Le comité salue son courage et son intégrité, et rappelle que juger les criminels de guerre contribue à résoudre les conflits sans violence.
Anne Carson, la poétesse qui n’entre dans aucune case
Ce 8 octobre, l’Académie suédoise désigne Anne Carson, 76 ans, lauréate du Nobel de littérature. La poétesse canadienne succède au Hongrois László Krasznahorkai et devient la 19e femme au palmarès, quatre ans après la Française Annie Ernaux. Elle marchait en Islande, où elle vit une partie de l’année, quand la secrétaire permanente de l’Académie, Ingrid Carlberg, l’a jointe. Devant la télévision publique RÚV, une main sur sa casquette pour la retenir face aux rafales, elle a lâché : « C’est fou. Ils sont tous fous. »
Née le 21 juin 1950 à Toronto, helléniste de formation, elle a publié sa thèse de lettres classiques en 1981, puis enseigné à McGill, à Montréal, de 1988 à 2002. Ses livres mêlent mythes grecs, essai, vers et récit autobiographique. Le plus célèbre, Nox (2010), est consacré à son frère Michael, mort au Danemark en 2000 après une disparition mystérieuse : l’ouvrage se déplie en une feuille continue de plusieurs mètres. L’Arche a publié en français Autobiographie du rouge et Les Hommes à leurs heures perdues. Corti a publié Norma Jeane Baker de Troie, Verre, ironie et Dieu. Côté traductions, on lui doit les fragments de Sappho (If Not, Winter, 2002), Électre (2001) et Antigone (2015) de Sophocle, ainsi que Les Bacchantes d’Euripide (2015).
À Ottawa, le premier ministre Mark Carney a parlé d’une grande fierté pour le Canada. Margaret Atwood, souvent citée pour le Nobel et devancée en 2013 par Alice Munro, a recommandé aux nouveaux lecteurs The Beauty of the Husband. Quant aux ventes, Carson a plaisanté : elle aura un autocollant sur ses livres. Le prix de la paix sera remis le 10 décembre à Oslo. L’an dernier, la Vénézuélienne María Corina Machado, vivant dans la clandestinité, n’avait pu venir le chercher : c’est sa fille qui l’avait reçu à sa place.



