Pour Santi Ruiz, rédacteur politique pour l’Institute for Progress et membre de l’équipe éditoriale d’Anthropic : « C’est un coup de maître diplomatique. Comme Messi qui rentre dans la surface. On sait que ça va arriver. Peu importe le nombre de fois. Vous allez avoir ces pandas et vous allez les adorer. »
This move is a diplomatic all-timer. It’s like Messi cutting inside. You know it’s coming. It doesn’t matter how many times they run it. You’re getting those pandas and you’ll like it.
— Santi Ruiz (@rSanti97) September 24, 2026
La stratégie aujourd’hui éprouvée a vu le jour lorsque le parc zoologique national de Washington avait reçu deux pandas géants de la part de la Chine après la visite de Richard Nixon et de la First Lady, Pat Nixon, en 1972. La venue du couple présidentiel américain avait marqué le début d’un nouveau chapitre bienvenu dans les relations bilatérales entre la Chine et les États-Unis.
À ce jour, la Chine revendique la propriété de la quasi-totalité des pandas géants de la planète, y compris leurs petits, et contrôle qui peut les accueillir. Pour lutter contre la disparition de l’espèce, Beijing a revu sa copie en 1984, proposant désormais de prêter des pandas géants à des pays plutôt que de leur en offrir. Néanmoins, la pratique est toujours adoptée dans d’autres pays, comme l’Autriche, le Canada et la Malaisie. La Chine continue quant à elle de considérer le prêt de pandas comme un acte de bonne volonté, alors même que les pays hôtes déboursent près d’un million de dollars par an pour deux spécimens.
Ainsi, la présence ou l’absence de pandas géants dans un pays est significative de ses relations avec la Chine. Par exemple, en période de tensions avec le Japon à propos de Taïwan en janvier dernier, la ville de Tokyo a renvoyé ses deux pandas géants dans le Sichuan. C’est la première fois que le Japon n’a pas de pandas géants sur son sol depuis 1972, année de la normalisation des relations sino-japonaises. De même, en 2010, deux bébés pandas nés aux États-Unis ont été récupérés par la Chine quelques jours après la rencontre entre le président Barack Obama et le Dalaï-Lama, considéré par Beijing comme un séparatiste.
Aucun autre animal n’a été élevé au rang de symbole comme le panda, explique Czeslaw Tubilewicz, maître de conférences à l’université d’Adélaïde.
D’après lui, ce n’est pas une coïncidence si le zoo d’Atlanta vient de recevoir deux spécimens. Les pandas offerts prouvent à quel point Beijing valorise son partenariat économique historique avec la Géorgie sur différents plans : « Alors que la plupart des États du sud, notamment les États républicains, se sont retournés contre la Chine, la Géorgie a maintenu sa posture pro-chinoise. Concernant ces pandas, d’une certaine manière, Xi Jinping essaie de faire d’une pierre deux coups. »
Pour autant, la transformation de la Chine, d’une économie en développement à l’une des principales superpuissances de la planète, pose question : la valeur de l’envoi de pandas est-elle toujours d’actualité ? La Chine est aujourd’hui très différente de ce qu’elle était dans les années 1970 et est aux prises avec plusieurs situations délicates, non seulement avec les États-Unis, mais aussi avec d’autres pays. Il est devenu plus difficile de la classer dans la catégorie des alliés ou des adversaires.
Ja Ian Chong, professeur agrégé de sciences politiques à l’université nationale de Singapour, explique au TIME que « l’image douce, chaleureuse et câline du panda ne fonctionne plus, car de nombreuses actions [agressives de la Chine] ne passent plus inaperçues et sont bien présentes dans les esprits. »
« Personne ne se soucie des pandas lorsque la sécurité nationale ou les intérêts géostratégiques entrent en jeu », ajoute Czeslaw Tubilewicz.
Le charme des pandas
Une étude menée en 2022 par l’université du Connecticut et revue par des pairs a conclu que les étudiants états-uniens exposés à des vidéos de pandas, qui ne provenaient pas du gouvernement, étaient plus susceptibles d’avoir une attitude positive vis-à-vis de la culture chinoise et par extension, du peuple chinois.
Mais pendant que cette pratique en attendrit certains, elle en crispe d’autres. Les défenseurs de la cause animale ont ainsi plaidé contre l’utilisation des pandas comme outil géopolitique. Après le sommet organisé plus tôt cette année entre la Corée du Sud et la Chine, les responsables environnementaux de chaque pays ont évoqué d’autres prêts de pandas, mais un groupe coréen de défense animale a vivement critiqué le projet, rappelant que ces animaux « ne sont pas des êtres nés pour le divertissement humain ou l’amitié interétatique ».
Par ailleurs, de nombreux autres acteurs se mettent à voir d’un mauvais œil la diplomatie du panda et réclament d’autres mesures. Une enquête réalisée en 2026 par le NORC (université de Chicago) auprès d’adultes états-uniens a conclu que pour 28 % des participants, l’envoi de pandas dans des zoos des États-Unis améliorerait leur opinion de la Chine. Cependant, davantage ont indiqué que des mesures plus concrètes, comme la coopération de la Chine concernant les précurseurs du fentanyl ou l’assouplissement des restrictions commerciales, amélioreraient d’autant plus leur vision du pays.
« La symbolique était encore dominante dans les années 1970 », explique Ja Ian Chong. « Mais compte tenu du manque d’informations et du contexte de l’époque, cette symbolique n’est plus aussi efficace qu’auparavant ».
Bien que de nombreux sondages montrent que les Américains sont aujourd’hui plus favorables à la Chine, il ajoute que « de sérieuses réserves persistent », notamment au sein de la base électorale MAGA de Donald Trump : une enquête menée en juillet dernier par le Chicago Council on Global Affairs démontre que 63 % des républicains pro-MAGA souhaitent limiter l’essor de la puissance chinoise.
« Une affection pour les pandas ne se traduit pas systématiquement par un soutien aux politiques du gouvernement chinois », résume Yu Tao, professeur agrégé d’études chinoises à l’université d’Australie-Occidentale. « De façon réaliste, les pandas permettent principalement de conserver les faveurs du grand public et les opportunités de coopération. Le principal argument en faveur de la diplomatie du panda est simple : elle procure quelque chose à préserver dans une relation par ailleurs largement définie par des conflits ».
- Article issu de TIME US - Traduction Mathilde Pace



