Blessée à la tête, Mazal Tazazo a passé des heures sous un amas de feuilles et de branches d’eucalyptus, à faire la morte parmi les corps de ses amis. Puis elle s’est glissée à l’arrière d’une voiture abandonnée, jusqu’à être évacuée avec d’autres survivants. Cette Israélienne de 36 ans était venue danser, ce 7 octobre 2023, au festival Tribe of Nova. Trois ans plus tard, elle raconte ces heures avec une précision d’horloger et parle d’un « miracle », avec un sourire que ses yeux démentent, rapporte Le Monde.
Autour d’elle, 378 des 3 500 participants ont été tués par des combattants du Hamas. Quarante-quatre autres ont été enlevés et emmenés à Gaza, morts ou vivants. Le site fut aussi l’épicentre des violences sexuelles commises ce jour-là. Trois ans plus tard, ce 7 octobre à l’aube, des proches de victimes s’y sont retrouvés, portraits en main, pour une minute de silence observée à 6 h 29, l’heure exacte où l’assaut a commencé.
Macron : « Ni les noms, ni les visages »
À Paris, la réponse est venue de X. Emmanuel Macron y écrit que cela fait « trois ans » que la France partage « la douleur de l’État d’Israël et des familles endeuillées ». Il cite Maya, Ohad, Valentin « et tant d’autres », rappelle que les « attaques terroristes barbares du Hamas » ont coûté la vie à plus de 1 200 personnes, dont 51 Français, puis fixe le cap : « Combattre l’antisémitisme et le terrorisme, partout et toujours, œuvrer pour la paix et la sécurité de tous : c’est l’engagement de la France. »
Le bilan, lui, n’a pas bougé. Selon l’AFP, la journée la plus meurtrière de l’histoire d’Israël a fait 1 221 morts et 251 personnes ont été enlevées. Quarante-quatre d’entre elles étaient déjà mortes au moment de leur transfert à Gaza. Le deuil, en revanche, cohabite toujours avec la guerre. Ce 6 octobre, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a ordonné à l’armée de relever son niveau de vigilance face à « tout scénario » d’attaque du Hamas, notamment des embuscades contre les postes militaires de la zone de Gaza qu’elle contrôle, ou des enlèvements de soldats. Ce 7 octobre à l’aube, une frappe israélienne a tué deux personnes à Gaza, selon l’hôpital Al-Shifa. La défense civile, placée sous l’égide du Hamas, a identifié l’une des victimes comme l’un de ses bénévoles.
Barrot en Israël, la campagne en toile de fond
Côté français, la journée s’est jouée sur deux terrains. Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, est en Israël à l’occasion des commémorations. Il y croise Bruno Retailleau, candidat des Républicains à la présidentielle du printemps 2027. À Paris, plusieurs responsables politiques sont attendus à l’hommage du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif).
Sur X, Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national, a évoqué « ce jour d’infamie » où « des hommes, des femmes et des enfants ont été tués uniquement parce qu’ils étaient juifs ». Elle a ajouté que « nul n’oubliera » ceux qui, en soutenant l’insoutenable, en l’excusant ou en le relativisant, ont « franchi le seuil de l’inhumanité ». Son parti traverse pourtant une vive polémique : Mediapart a révélé des propos antisémites attribués à son président, Jordan Bardella, qu’il aurait tenus il y a plusieurs années. Il le dément.
La veille, la capitale avait déjà fait mémoire. Au parc Monceau, une allée porte désormais le nom d’Ariel et Kfir Bibas, 4 ans et 9 mois, victimes du 7-Octobre avec leur mère Shiri. L’inauguration s’est déroulée en présence du maire de Paris, Emmanuel Grégoire, pour qui, « alors que les haines resurgissent », la lutte contre l’antisémitisme « ne peut être une posture d’apparat ». Deux pays, donc, et une même date posée au milieu de deux agendas électoraux. À Nova, les portraits des disparus faisaient face au silence. À Paris comme en Israël, c’est désormais aux responsables politiques de dire ce qu’ils feront de la mémoire du 7 octobre.



