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Le blocage du détroit d’Ormuz perturbe aussi l’agriculture mondiale

Illustration : Une moissonneuse récolte un champ de blé le 22 juillet 2023 à Noisy-le-Roi, France. (Photo par Christian Liewig - Corbis/Corbis via Getty Images)
Le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran dans la guerre qui se déroule au Moyen-Orient impacte la transaction de produits essentiels à l’agriculture mondiale comme l’engrais. Une interruption qui, sur le long terme, pourrait provoquer de lourdes conséquences visibles jusque dans nos assiettes.

Depuis le début de la guerre qui se propage dans tout le Moyen-Orient, les conséquences sur le commerce international sont mises en avant. Le principal point de circulation et de transaction du pétrole et du gaz liquéfié, le détroit d’Ormuz, est bloqué par l’Iran, ce qui continue de faire flamber les prix du pétrole et du gaz, mais pas seulement. L’interruption de transaction d’autres produits essentiels comme les engrais, essentiels à l’agriculture mondiale, pourrait sur le long terme provoquer de graves conséquences, engendrant des récoltes en baisse et la hausse des prix alimentaires.

Pour le PDG d’Argus Media France, Gautier Le Molgat, cette situation « n’est pas du tout anodine » étant donné que « les pays du Golfe ont développé des unités de production d’engrais exploitant leurs propres ressources gazières, devenant ainsi des acteurs majeurs de la production d’ammonitrates pour le marché mondial », rapporte Les Échos.  Selon les données délivrées par Argus Media, 31 % des exportations d’urée transiteraient par le détroit d’Ormuz. Pour l’ammoniac et des dérivés comme les ammonitrates par exemple, 18 % transiterait via le passage stratégique. Quant au soufre, qui vient directement des raffineries de pétrole, 44 % des échanges mondiaux passent le long des côtes de l’Iran.

La chute de 98,28 % du transit

En tout, un tiers des engrais mondiaux transitent par le détroit d’Ormuz. Plusieurs intrants industriels et agricoles, comme l’ammoniac, l’azote, le phosphate ou l’urée utilisée comme engrais sur les cultures l’été ou encore transformée dans des produits de soins pour la peau. L’engrais est directement produit dans le Golfe et exporté par millions de tonnes car les pays de la zone sont l’épicentre mondial de l’engrais. Il est estimé qu’entre le 27 février et le 8 mars, le volume de marchandises qui transitait par le détroit a chuté de 98,28 %. Le blocage ne permet plus d’approvisionner les plus gros clients comme les Brésiliens, les Chinois ou les Indiens. En l’espace de quelques semaines seulement, c’est le cours de l’urée qui a augmenté de 40 %. Derrière ce choc, c’est le prix du blé, du maïs ou du colza qui est directement impacté par une hausse des prix.

Dans l’immédiat, une majorité des agriculteurs en France possèderaient des stocks d’engrais, contrairement à d’autres pays européens plus en difficulté comme l’Allemagne et la Roumanie. En Terre du Milieu, la Chine s’est déjà dotée de ses stocks d’engrais pour ses semis de printemps. Plus le détroit d’Ormuz restera dans cette situation de blocage, plus l’agriculture à l’échelle mondiale pourrait subir d’importantes perturbations avec une hausse de ses produits alimentaires ou des pénuries. Les pays pauvres seraient alors en première ligne de mire, affectés les premiers par une insécurité alimentaire mondiale.

Bien que l’Europe soit moins concernée que les pays d’Asie et d’Amérique du Nord, celle-ci est en effet moins dépendante du détroit d’Ormuz pour les engrais. Les prix du gaz augmentent tout de même, le gaz liquéfié représentant près de 80 % du coût de production des engrais azotés. La question pour les agriculteurs est aujourd’hui celle des récoltes pour l’année prochaine. Habituellement, c’est à cette période, au printemps, que les réserves d’engrais sont préparées pour l’année suivante. La conséquence du blocage d’Ormuz devrait surtout affecter les semmances à venir pour 2027 si rien n’évolue. Selon Argus Media, le prix des ammonitrates livrés en France a augmenté de 45 euros en une semaine pour s’établir à hauteur de 507,5 euros le jeudi 5 mars dernier. À l’échelle mondiale, la situation est tellement tendue que l’ONU a sonné la tirette d’alarme mardi 17 mars sur « l’accès aux engrais de certains des pays les plus pauvres ». Jean-Martin Bauer, du service d’analyse du Programme alimentaire mondial, craint « un nouveau tournant dans l’histoire des chaînes d’approvisionnement mondiales ».

Une sécurisation toujours incertaine

Selon une analyse relayée par la revue Le Grand Continent, sur 49 porte-conteneurs circulant sur les routes reliant l’Asie, le Moyen-Orient, l’Europe et l’Afrique, 57 % d’entre eux continuent leur itinéraire habituel en passant par la route vers le golfe Persique. Parmi les navires, 33 % d’entre eux se redirigent vers l’océan Indien tandis que 10 % sont complètement détournés en dehors de la région. Des stratégies qui dépendent des stratégies des politiques commerciales des compagnies. Le géant chinois Cosco, premier armateur mondial, maintient malgré tout l’intégralité de sa route.

Depuis le déclenchement de la guerre par des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran samedi 28 février, ce sont au moins 17 navires civils comme des pétroliers, des porte-conteneurs ou des cargos qui ont été touchés par des frappes dans le détroit d’Ormuz. Le trafic maritime est quasiment à l’arrêt, passant vendredi 27 février de 51 navires civils sortant vers l’océan Indien à seulement 3 navires deux semaines plus tard.

Face à cette situation, le président américain se dit en colère. Donald Trump ne parvient pas à avoir le soutien nécessaire des pays de l’Otan pour parvenir à sécuriser le passage stratégique face aux pressions de l’Iran. Emmanuel Macron a confirmé mardi 17 mars ne pas intervenir dans le détroit d’Ormuz. « Nous n’avons plus besoin et nous ne voulons plus de l’aide des pays de l’Otan. NOUS N’EN AVONS JAMAIS EU BESOIN », avait rétorqué le président des États-Unis le jour même. Le prix du pétrole ainsi que du gaz risque donc de rester élevé, ce qui peut inquiéter les marchés des engrais étant donné que pour fabriquer des engrais azotés, il faut du gaz naturel en grande quantité, tout comme l’urée ou les ammonitrates.

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