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Pourquoi Elon Musk veut fusionner SpaceX et Tesla

le logo de Tesla apparaît sur l'écran d'un smartphone, avec le logo de SpaceX en arrière-plan à Chongqing, en Chine. (Photo : VCG/VCG via Getty Images)
Elon Musk soutient publiquement l'idée d'une fusion entre SpaceX et Tesla, qui créerait un groupe d'environ 3 500 milliards de dollars et la plus grande opération de l'histoire. Mais la décision revient à des comités spéciaux, et les obstacles réglementaires restent nombreux.

L’homme le plus riche du monde a publiquement apporté son soutien à une éventuelle fusion entre SpaceX et Tesla, qui pourrait constituer la plus grande fusion de l’histoire. Mardi, Elon Musk, directeur général et principal actionnaire des deux sociétés, a déclaré que le constructeur de véhicules électriques et l’entreprise de fusées avaient formé des comités spéciaux à la demande des actionnaires afin d’étudier cette idée. « Je pense vraiment qu’il y a beaucoup d’intérêt à fusionner les entreprises : on est quasiment en pleine singularité de la superintelligence, et on a énormément à gagner à coopérer. », a déclaré Elon Musk aux investisseurs de SpaceX lors d’une conférence téléphonique. « Je pense que ce serait une bonne idée, mais la décision revient en réalité aux comités spéciaux des deux sociétés », a-t-il ajouté.

Ces comités, composés d’administrateurs indépendants, devront s’accorder sur les conditions de tout accord avant de le soumettre au vote des actionnaires. Elon Musk a précisé que son conflit d’intérêts l’empêchait de participer à leurs discussions. Il avait déjà laissé entrevoir une fusion entre Tesla et SpaceX. Lors d’une conférence téléphonique sur les résultats financiers le 22 juillet, il avait déclaré qu’il y avait « de plus en plus de recoupements » entre Tesla et SpaceX à mesure que les deux entreprises se développaient dans les domaines de l’intelligence artificielle et de la robotique. La semaine dernière, des analystes de Barclays ont laissé entendre qu’une fusion pourrait être annoncée avant l’assemblée générale annuelle des actionnaires de Tesla en décembre. La conférence téléphonique de mardi a été la première confirmation que les entreprises étudiaient officiellement un rapprochement.

Une fusion pourrait donner naissance à une entreprise d’une valeur d’environ 3 500 milliards de dollars, ce qui la classerait parmi les entreprises les plus valorisées au monde. Elle pourrait également constituer la plus grande fusion jamais réalisée en termes de valeur de l’accord, dépassant potentiellement l’acquisition record de 250 milliards de dollars réalisée par SpaceX en février sur xAI, une entreprise d’IA détenue par Elon Musk. SpaceX est actuellement évaluée à environ 2 000 milliards de dollars, et Tesla à 1 500 milliards de dollars. Un accord pourrait également contribuer à propulser Elon Musk à nouveau dans le cercle des « trillionnaires », en fonction de ses modalités et de la manière dont les investisseurs valoriseront la société issue de la fusion. Il détient environ 48 % de SpaceX et 20 % de Tesla.

Les actions des deux sociétés ont progressé mardi après la clôture de la Bourse. SpaceX, qui est entrée en Bourse en juin, a annoncé un bénéfice net trimestriel de 4,4 milliards de dollars. Elon Musk a déclaré aux investisseurs qu’il tablait sur un chiffre d’affaires annuel récurrent compris entre 500 milliards et 1 000 milliards de dollars d’ici fin 2027. Certains analystes ont toutefois mis en garde contre des obstacles réglementaires et géopolitiques, notamment en ce qui concerne les activités de Tesla en Chine et les missions de défense de SpaceX aux États-Unis. Les analystes de Morningstar ont indiqué qu’une fusion pourrait soulever des inquiétudes en matière de sécurité nationale aux États-Unis concernant la chaîne d’approvisionnement de la société issue de la fusion. Les analystes de JPMorgan ont également souligné que l’obtention d’une autorisation en Chine pourrait constituer un obstacle.

Tout accord pourrait également faire l’objet d’un examen minutieux par le Congrès, examen qui pourrait être renforcé si les démocrates remportaient le contrôle de l’une ou l’autre des chambres lors des prochaines élections de mi-mandat. Des élus démocrates ont déjà interrogé Elon Musk au sujet de conflits d’intérêts et ont soulevé des inquiétudes en matière de sécurité nationale concernant des investissements chinois présumés dans SpaceX. Ils ont également contesté par le passé des acquisitions majeures pour des raisons liées à la protection des consommateurs. En juin, la sénatrice Elizabeth Warren a critiqué l’introduction en Bourse de SpaceX, invoquant la concentration des droits de vote entre les mains de Musk et la faiblesse des protections accordées aux investisseurs, des préoccupations qui pourraient refaire surface dans le cadre d’une fusion entre Tesla et SpaceX.

Pourquoi une fusion est-elle pertinente ?

Une fusion permettrait de regrouper deux des plus grandes entreprises de Musk sous un même toit, facilitant ainsi le transfert d’investissements et de ressources entre les différents projets.

Cela lui permettrait de gérer l’ensemble de leurs activités sous un même toit sans se heurter à autant de problèmes de gouvernance, ont écrit en juin les analystes de Morningstar Seth Goldstein et Nicolas Owens. Par exemple, Musk pourrait affecter des développeurs de logiciels ou des ingénieurs de Tesla à des projets d’IA de SpaceX, et inversement, ou faire en sorte que Tesla et SpaceX s’approvisionnent mutuellement sans avoir à divulguer des transactions entre parties liées ni risquer des poursuites judiciaires de la part des actionnaires alléguant que les ressources d’une entreprise sont détournées au profit de l’autre.

Les analystes ont souligné que les robotaxis de Tesla pourraient bénéficier de la connectivité Starlink, tandis que ses véhicules autonomes et ses robots humanoïdes Optimus pourraient intégrer plus étroitement la technologie d’IA de SpaceX. Les centres de données orbitaux prévus par SpaceX, quant à eux, pourraient potentiellement bénéficier de l’accès aux batteries et aux produits de stockage d’énergie de Tesla. Une société issue de la fusion pourrait également signifier un contrôle accru sur plusieurs étapes de la chaîne de valeur de l’IA, de la conception des puces et de leur fabrication prévue jusqu’à l’infrastructure informatique, aux logiciels d’IA et à leur déploiement dans les véhicules et les robots.

Les deux entreprises collaborent déjà. En mars, elles ont annoncé Terafab, un projet commun de fabrication de semi-conducteurs destiné à produire des puces pour les véhicules et les robots humanoïdes de Tesla, ainsi que pour les satellites d’IA prévus par SpaceX. Les technologies de SpaceX ont également été utilisées dans certains produits Tesla, notamment le nouveau prototype de Roadster, qui utilise des propulseurs développés par elle. David Nicholson, conseiller technologique en chef au sein du cabinet d’études de marché The Futurum Group, a déclaré à la BBC qu’une fusion semblait également s’inscrire dans l’ambition de longue date de Musk de coloniser Mars. Musk avait précédemment exposé ses projets d’envoyer les robots Optimus de Tesla sur la planète à bord du vaisseau spatial Starship de SpaceX.

Une fusion pourrait également renforcer l’influence de Musk sur l’orientation de Tesla. Barclays a estimé que l’acquisition de Tesla par SpaceX pourrait conférer à Musk environ 37 % de la société fusionnée, tout en lui permettant de contrôler environ 56 % des droits de vote. Il contrôle actuellement environ 82 % des droits de vote chez SpaceX et 20 % chez Tesla. Cela pourrait représenter soit un avantage, soit un risque pour les actionnaires, car la prise de décision deviendrait plus rapide mais ferait l’objet de moins de contre-pouvoirs. « Il y a une chose dont on ne parle pas assez, selon moi, à propos de SpaceX et de Tesla : le risque lié à la dépendance vis-à-vis d’une personnalité clé reste énorme », a écrit David Sekera, analyste chez Morningstar, au début du mois. « Dieu nous préserve qu’il arrive quoi que ce soit à Elon Musk. »

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