Au 288 boulevard Saint-Germain, le groupe Insitu a installé Work Palace, un lieu qui associe bureaux, espaces de réception et services inspirés de l’hôtellerie de luxe. Il accueille également le Cercle 288, un club privé présidé par Angélique Gérard, dont le nombre de membres sera limité à 288. Entrepreneurs, dirigeants, chercheurs, artistes et artisans sont appelés à s’y rencontrer au fil de dîners confidentiels, de cafés littéraires ou de rendez-vous consacrés à un savoir-faire.
Dans un paysage où coexistent déjà cercles historiques et clubs d’affaires, Angélique Gérard défend une communauté capable de faire dialoguer des personnes qui ne se rencontreraient pas spontanément. Avec une conviction : les dirigeants confrontés à des crises successives ont besoin de s’entourer et de confronter leurs réflexions à d’autres expériences. Entretien.
TIME France : Dans un contexte de crises successives, qu’est-ce que les dirigeants viennent chercher dans un cercle privé ?
Angélique Gérard : Les dirigeants ont toujours eu besoin de lieux pour se rencontrer, mais la gestion de crise permanente leur demande aujourd’hui une grande capacité d’adaptation. S’ouvrir à d’autres horizons, s’inspirer de l’expérience des autres, c’est aussi une façon de trouver des réponses. Ils ont besoin de prendre du recul et de nourrir leur réflexion dans un environnement qui le permette.
Dans un monde incertain, il faut pouvoir s’entourer des bonnes personnes et se poser les bonnes questions, avec suffisamment de confiance pour échanger librement. Le regard de l’autre peut nous apporter une réponse que nous n’aurions pas trouvée seuls. C’est ce que nous souhaitons favoriser : les membres ne cherchent plus seulement un lieu pour faire des affaires, ils viennent aussi pour la qualité des conversations et les perspectives qu’elles peuvent ouvrir.
On parle beaucoup de la solitude du dirigeant, et elle est bien réelle. Lorsqu’on porte des responsabilités, on ne peut pas toujours partager ses doutes ou ses interrogations avec ses équipes. Dans un contexte d’incertitude permanente, disposer d’un espace de confiance où l’on peut confronter ses convictions, bénéficier d’autres expériences et prendre de la hauteur devient particulièrement précieux. C’est aussi l’une des vocations du Cercle 288 : permettre aux dirigeants de ne pas rester seuls face à leurs réflexions et à leurs décisions.
Nous n’avons pourtant jamais eu autant de moyens de communiquer. Pourquoi ce besoin de se retrouver physiquement ?
Je suis un pur produit de la tech, mais je suis aussi férue de relations humaines et de conversations. Nous n’avons jamais eu autant de moyens d’être connectés ; pour autant, certaines rencontres nous marquent parce qu’elles nous font découvrir une autre façon de penser ou entrevoir une possibilité nouvelle. C’est cette conviction qui nous a réunis avec Pascal Fenasse autour du projet.
Lors de l’inauguration, j’ai expliqué que notre ambition était de faire dialoguer des univers qui ne se rencontreraient pas nécessairement ailleurs : un entrepreneur et un artisan, une dirigeante et un chercheur… On peut beaucoup apprendre de ces échanges, comme des conversations entre générations. Je favorise ces rencontres depuis plusieurs années et c’est aussi ce que j’ai envie d’apporter au Cercle.
Comment crée-t-on les conditions de ces échanges sans organiser artificiellement les rencontres ?
On ne peut pas tout structurer ni décider à l’avance de ce qui va se passer entre deux personnes. En revanche, nous pouvons être attentifs à la composition de la communauté, réunir des gens qui ont quelque chose à s’apporter et à proposer des occasions de se retrouver. La programmation comprendra des dîners confidentiels, de grands apéritifs, des cafés littéraires ou encore des rencontres avec un artisan du mois. La transmission et l’inspiration y auront toute leur place.
Work Palace nous accueille dans un très bel écrin, mais c’est la communauté qui lui donnera son âme. Notre plus belle réussite serait qu’un membre nous parle des rencontres qu’il y a faites et des collaborations qui en sont nées, au-delà de sa satisfaction à l’égard du lieu et des services. À terme, j’aimerais d’ailleurs que nous puissions conserver une trace de certains échanges, lorsque c’est possible, avec un manifeste annuel nourri des idées et des rencontres qui auront marqué le Cercle.
Pourquoi avoir limité le Cercle à 288 membres ?
Nous tenons à conserver une échelle humaine et à préserver la qualité de l’expérience. Nous ne voulons pas entrer dans une logique de surfréquentation qui finirait par nuire aux rencontres. La confidentialité compte également beaucoup : certains rendez-vous demandent un cadre adapté, et les dirigeants ne peuvent pas toujours recevoir chez eux. Ils doivent pouvoir trouver ici un environnement de confiance, aussi bien pour leurs échanges professionnels que pour prendre du recul.
Un cercle qui sélectionne ses membres ne risque-t-il pas de renforcer l’entre-soi qu’il dit vouloir éviter ?
C’est justement un point auquel nous sommes attentifs au sein du comité d’admission. Nous ne cherchons pas à réunir uniquement des personnes qui nous ressemblent, travaillent dans les mêmes secteurs ou appartiennent déjà aux mêmes réseaux. Nous voulons des univers différents, avec l’idée que chacun puisse apporter quelque chose aux autres. Un entrepreneur peut apprendre d’un artiste, et réciproquement ; cette diversité est essentielle si l’on veut décloisonner les échanges.
Cela suppose de regarder les profils au-delà de leur secteur d’activité, tout en restant vigilants sur la réputation des membres et leur respect de la confidentialité. Il faut préserver la confiance pour que ces conversations puissent avoir lieu.
Le Cercle de l’Union interalliée ou des clubs comme we are_ occupent déjà ce terrain. Qu’est-ce qui distingue le Cercle 288 dans son fonctionnement et l’expérience proposée ?
Le Cercle de l’Union interalliée est une institution, mais nous proposons une expérience différente. Nous n’imposerons jamais, par exemple, le port de la cravate. Le Cercle 288 s’inscrit dans Work Palace, qui réunit des espaces de travail et de réception avec des services inspirés des palaces. Nous souhaitons que cet environnement soit le plus bénéfique possible aux personnes qui le fréquentent, avec une attention portée aussi bien à l’accueil qu’aux conditions dans lesquelles elles vont travailler et échanger.
Nous construisons également des alliances avec des clubs à l’international, notamment à Hong Kong, et nous travaillons sur d’autres rapprochements à Londres et à New York. L’envie de faire dialoguer des univers différents doit aussi pouvoir dépasser le cadre parisien.
Nous développons également un réseau d’alliances internationales, notamment à Hong Kong, Milan, Dubaï et Singapour, autour de trois grands hubs stratégiques : l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie. Des discussions sont également en cours avec Monaco et New York. Notre ambition est de permettre aux membres du Cercle 288 de prolonger leurs rencontres au-delà des frontières, de découvrir d’autres écosystèmes et de faire dialoguer des univers différents, bien au-delà du cadre parisien.




