L’analyse de la BCE attendue. La Banque centrale européenne est attendue ce jeudi 5 février pour commenter la vigueur de l’euro ainsi que le ralentissement de l’inflation lors d’une conférence de presse prévue à 14 h 45. Elle sera animée par la présidente de la BCE, Christine Lagarde, et le vice-président, l’Espagnol Luis de Guindos. Tous deux devraient commenter les décisions de politique monétaire dans la zone euro.
La semaine passée, l’euro a dépassé 1,20 dollar, une valeur au plus haut depuis quatre ans et demi, avant de redescendre à 1,18 dollar ce mercredi 4 février. La BCE fait face à l’éventuelle perspective que Kevin Warsh, partisan d’une politique monétaire stricte, devienne le prochain président de la Réserve fédérale américaine. Son nom a été proposé par Donald Trump le 30 janvier dernier, pour succéder à Jerome Powell, fervent défenseur ces derniers temps de l’indépendance de la Fed face à l’administration Trump. Toutefois, selon les observateurs, la réunion de ce jeudi 5 février ne devrait pas dévoiler l’orientation future sur les taux de la BCE. L’inflation en zone euro a ralenti plus que prévu en janvier, à 1,7 % après 2,0 % en décembre 2025. Ce dernier chiffre correspond à la ligne de conduite prévue de 2 % visée par l’institution selon des données de l’Eurostat.
Avant la réunion de ce jeudi 5 février, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a relevé sur le réseau social LinkedIn que la BCE « suit de près cette appréciation de l’euro et ses conséquences possibles en termes de baisse de l’inflation ». Son homologue autrichien, Martin Kocher, a estimé que l’appréciation de l’euro pourrait contraindre la BCE à « réagir en termes de politique monétaire », si elle venait à se poursuivre. L’inflation au sein de la zone a de quoi sortir la BCE de sa « bonne position ». La Banque centrale européenne affirme sans cesse qu’elle maîtrise la situation. Or, les derniers chiffres exposent la zone euro à des risques économiques. Face à d’éventuelles menaces, la BCE pourrait ainsi changer sa posture actuelle et agir différemment.
Un taux de dépôts toujours fixé à 2 %
Selon les observateurs, le taux de dépôt, référence de la politique monétaire, va rester à 2 % pour la cinquième réunion d’affilée depuis juillet. D’après Marco Wagner, économiste chez la banque allemande Commerzbank, Christine Lagarde devrait choisir, concernant le sujet de l’euro, une « formulation du type « nous suivons attentivement les évolutions » » sans pour autant indiquer « une orientation claire de la politique monétaire si l’euro atteint un certain niveau ou un certain rythme d’appréciation », affirme-t-il auprès de l’AFP. Il ajoute également qu’au passage, la présidente devrait employer des éléments de langage tels que « pleine flexibilité » ou encore « aucun engagement à l’avance ».
La Banque d’Angleterre devrait également maintenir son taux directeur inchangé à 3,75 % ce jeudi 5 février en raison d’une inflation de nouveau en hausse en décembre, malgré de faibles signes de reprise économique. Loin du record d’1,60 dollar pour un euro en 2008, le taux de change actuel inquiète les grands argentiers en zone euro. L’appréciation de l’euro face au dollar repose davantage sur les inquiétudes provoquées par la politique imprévisible de Donald Trump que sur une dynamique économique européenne, selon des économistes. La dépréciation du dollar serait « susceptible de se maintenir », voire de « s’intensifier car c’est une politique délibérée souvent revendiquée par l’administration présidentielle aux États-Unis », constate Eric Dor, professeur à l’IESEG School of Management.
Des pressions désinflationnistes sur la BCE ?
Si elle ne vise aucun niveau de change précis, la Banque centrale européenne rappelle tout de même qu’elle surveille régulièrement les fluctuations de la monnaie, car elles influencent directement la trajectoire de l’inflation. Un euro fort rend les importations libellées en dollars moins coûteuses sur des biens comme le gaz naturel liquéfié, le pétrole et d’autres matières premières. Ce qui accentue les pressions désinflationnistes alors que la BCE anticipe déjà une inflation inférieure à son objectif pour cette année ainsi que pour l’année prochaine.
Pendant la dernière réunion de décembre 2025, les avis à propos de l’inflation ont divergé au sein du conseil des gouverneurs de la BCE. De longs échanges sur les risques à la hausse et à la baisse des prix ont eu lieu. La BCE devrait pouvoir agir sur ses taux, mais par le passé elle a pris son temps. C’était notamment le cas en 2022, lorsqu’elle avait jugé temporaire l’augmentation importante des prix consécutive à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, avant de finalement lancer quelques mois plus tard une série inédite de hausses de taux.




