« À l’automne 2017, sur un coin de table. » C’est ainsi que Thélyson Orélien situe la naissance de C’était ça ou mourir, dont il dit avoir bouclé un premier jet en 2019. Dans un texte intitulé Ce roman que j’ai écrit, transmis ce 13 octobre à l’AFP, le romancier canado-haïtien de 38 ans répond en détail aux accusations apparues trois semaines plus tôt. Selon l’AFP, sa déclaration ne comporte pas d’éléments permettant de dater son travail. Sa défense se joue en deux temps. Sur l’utilisation de l’intelligence artificielle pour écrire son roman, le démenti est frontal : « une calomnie et une hérésie ». Il concède avoir utilisé « çà et là » des outils pour ses recherches, notamment sur des idiomes étrangers, mais affirme qu’« aucune phrase » du livre, publié en France chez Grasset, n’a été créée par une machine. Sur les plagiats, il reconnaît sa responsabilité.
Des textes copiés il y a plus de dix ans
Les révélations sur les plagiats viennent notamment de La Presse. Fin septembre, le quotidien montréalais révèle qu’une chronique signée Orélien en 2013 est, dans sa « quasi-totalité », une « traduction légèrement remaniée » d’un article paru quelques jours plus tôt dans le journal philippin The Philippine Star. D’autres textes sont depuis pointés, dont le texte Où va le monde, publié en 2012 et couronné par un prix du public de Radio-Canada.
L’auteur, arrivé au Québec depuis Haïti en 2010, invoque la jeunesse. « J’avais un peu plus de 20 ans, j’étais sans doute un peu trop pressé », écrit-il, avant d’ajouter qu’admirer « n’autorise pas à prendre ». Il présente ses « excuses sans réserve ». Dans un communiqué transmis aux médias le 24 septembre, son éditeur canadien, Les Éditions du Boréal, annonce la suspension des activités promotionnelles autour du roman. Le 27 septembre, Thélyson Orélien interrompt sa tournée en France et regagne le Québec.
Goncourt, Renaudot, Francfort : la secousse
Les soupçons d’IA, eux, viennent d’ailleurs. Le 21 septembre, le compte X « Balance ton Claude » accuse l’écrivain d’avoir recouru massivement à l’IA générative. Son co-créateur, l’essayiste Samuel Fitoussi, affirme avoir passé des extraits du roman au logiciel américain de détection Pangram. Il explique avoir agi par crainte que l’IA provoque « la disparition de la lecture et de l’écriture ». Le roman avait reçu le prix du Roman Fnac le même jour. L’Académie Goncourt l’a ensuite retiré de sa sélection, au nom de « l’intégrité du prix » et de sa mission de couronner la littérature écrite par des femmes et des hommes. Le Renaudot, lui, le maintient parmi les neuf romans de sa deuxième sélection.
L’affaire a dépassé le cadre du seul livre. À la foire de Francfort, le week-end dernier, plusieurs initiatives visant à certifier des ouvrages comme écrits par des humains ont été annoncées. Les ventes du roman ont, de leur côté, progressé fin septembre, selon Livres Hebdo. L’AFP indique le 13 octobre qu’elles ont dépassé les 65 000 exemplaires.
Thélyson Orélien dénonce, lui, des « menaces », un « lynchage médiatique » et un « harcèlement raciste » subis depuis des semaines. Si « la critique est toujours légitime », écrit-il, ces violences sont « insoutenables ». Quant à l’analyse de Pangram, outil de détection probabiliste, elle ne suffit pas, à elle seule, à établir qu’un texte a été écrit par une IA.



