Des studios de radio et de télévision, un atelier de mise en page et des visiteurs aux commandes pour trancher ce qui mérite d’être publié : c’est le décor que promet le Musip, le « musée de l’info et de la presse », dont l’ouverture à Paris est envisagée « à l’horizon 2029 ». Pour l’instant, il n’existe qu’en ligne. Son président-fondateur, Antoine Mariotti, reporter à France 24, qui a couvert la guerre en Syrie et fut correspondant à Jérusalem, dit avoir réuni « plusieurs centaines de milliers d’euros » pour « amorcer la pompe ». Quant au lieu qui l’accueillera, « des discussions sont en cours ».
Le projet a été dévoilé le 28 septembre, à l’occasion de la Journée internationale de l’accès universel à l’information, lors d’une conférence de presse sous la tour Eiffel. Le site musip.fr et le compte @musipinfo ont ouvert dans la foulée, avec des contenus pédagogiques pensés pour les jeunes. Des débats et des conférences sont annoncés dès janvier.
Se mettre dans la peau du reporter
Le futur lieu se veut immersif et interactif. Le parcours s’articulera en trois temps : la fabrication de l’information, avec une plongée au cœur d’une rédaction ; la « guerre des récits », où il sera question de fausses informations, de déontologie et du poids des algorithmes ; puis le lien entre information et démocratie. Choix d’un sujet, recherche des sources, vérification : chaque étape du travail journalistique doit être montrée. Des studios de radio et de télévision et un atelier de mise en page permettront au visiteur d’endosser le rôle du journaliste le temps d’une visite.
« Il n’y a jamais eu autant d’information qu’aujourd’hui. C’est pourquoi il y a une urgence démocratique à faire découvrir aux gens comment elle est fabriquée », justifie Antoine Mariotti. Sa cofondatrice, Cécile Galluccio, journaliste elle aussi à France 24, écarte tout procès d’intention : « Notre objectif n’est pas de dire aux visiteurs ce qu’ils doivent penser. » Le musée se revendique « totalement indépendant et non partisan » et repose, pour l’heure, sur une initiative bénévole.
Autour du tandem, le carnet d’adresses est fourni. Le conseil scientifique est présidé par Annick Cojean, grande reporter au Monde. L’Unesco, Reporters sans frontières, Radio France, Le Figaro, l’AFP, Charlie Hebdo et plusieurs groupes de presse régionale soutiennent la démarche. Côté diplomatie, la ministre déléguée à la Francophonie et aux Partenariats internationaux, Éléonore Caroit, a jugé le sujet « éminemment important » pour le Quai d’Orsay.
Vingt millions d’euros et un précédent américain
Qui financera le Musip ? Antoine Mariotti chiffre le budget de création à environ 20 millions d’euros, à réunir en combinant mécénat privé et fonds publics. L’écart avec la cagnotte actuelle est considérable, et le calendrier de 2029 en dépend. Le sujet a déjà tenté d’autres pays, avec des fortunes diverses. À Washington, le Newseum, consacré à l’information et au journalisme, avait ouvert en 2008 sur Pennsylvania Avenue. Il a fermé fin 2019 en raison de difficultés financières. Son bâtiment a ensuite été racheté par l’université Johns Hopkins.
À Paris, le Musip précise par ailleurs qu’il est distinct d’un autre projet, celui de la Maison du dessin de presse, lancé début 2020. À ceux qui jugeraient l’initiative tardive, Antoine Mariotti répond sans détour : « Il n’est jamais trop tard ! » Le pari est lancé : trois ans pour trouver un toit et vingt millions pour le meubler.



