Ads

Édition française du magazine TIME – Abonnement 1 an 4 n°, 41 € (économisez 10%)

Le bal des chefs-d’œuvre : Orsay fête ses 40 ans sur la route avec MuM’Orsay

Boldini Tableau Scène de fête (1889) musée d'Orsay MuM'Orsay
Boldini Tableau Scène de fête (1889) musée d'Orsay MuM'Orsay
Boldini, Béraud, des valses et des guinguettes : avec le MuM'Orsay, nouveau camion-musée imaginé par le musée d'Orsay et Art Explora, les chefs-d'œuvre partent en tournée. Quarante mètres carrés, vingt œuvres, zéro ticket d'entrée.

Chez Giovanni Boldini, la fête ne tient pas en place. Le tableau s’appelle Scène de fête (1889) et déjà sur les routes de France avec MuM’Orsay. Tout y bouge : les silhouettes, les robes, les épaules qui frôlent les habits noirs. On entend presque l’orchestre, les rires. Et ce vertige des cœurs qui s’emballent, des regards qui s’attardent, des mains qui se trouvent entre deux valses. Le bal, c’est la vie en accéléré. Une soirée pour tout jouer, tout promettre, et ne rien tenir le lendemain.

Un déjeuner qui s’éternise, un bal jusqu’à l’aube. Des scènes anodines, voire,  longtemps méprisées par l’Académie, qui sont devenues soudainement le comble de la modernité. Peindre la fête, c’est attraper l’instant avant qu’il file. Un siècle et demi plus tard, on a changé de musique, pas de manières. Et si ce tableau parlait encore de nous ?

C’est tout le propos du Grand Bal, l’exposition inaugurale du MuM’Orsay, ce nouveau musée itinérant né de l’association entre le musée d’Orsay et la Fondation Art Explora. Un musée qui, plutôt que d’attendre ses visiteurs, prend la route pour les rejoindre. Un pari audacieux.

Il y a soixante ans, Pierre Bourdieu et Alain Darbel pointaient, dans L’Amour de l’art, un paradoxe tenace : les musées ont beau être ouverts à tous, seule une partie de la population les fréquente. Car l’accès à l’art ne se résume ni à une question de kilomètres ni au prix d’un billet. Il suppose une familiarité, des codes, parfois même le sentiment d’être à sa place. André Malraux, avait fait de l’accès aux grandes œuvres une ambition nationale. Avec ses Maisons de la Culture, il entendait rapprocher l’art des Français. Plus d’un demi-siècle après, la question reste entière : faut-il demander aux publics de venir au musée, ou au musée d’aller vers eux ?

Le peuple entre dans la peinture, la peinture retourne vers le peuple

Guinguettes, fêtes de village, bals parisiens, carnavals, soirées mondaines : les peintres traquent la vie partout où elle bat son plein. Renoir immortalise les danseurs du Moulin de la Galette. D’autres s’attachent à l’élégance des salons ou à l’agitation des réjouissances populaires. Derrière ces scènes se dessinent la naissance des loisirs modernes, la transformation des rapports sociaux et une nouvelle façon d’être ensemble.

Le sociologue Émile Durkheim parlait d’« effervescence collective » pour décrire cette énergie particulière qui naît des rassemblements. La fête rassemble, exalte, donne à chacun le sentiment d’appartenir à quelque chose qui le dépasse. Mais elle révèle aussi les frontières d’une société : on ne danse pas de la même manière dans un salon bourgeois et dans une guinguette ouvrière. Le paradoxe est joli : les artistes ont fait entrer les fêtes populaires au musée ; aujourd’hui, le musée sort de ses murs pour aller à la rencontre des publics.

Pour célébrer ses quarante ans, le musée d’Orsay embarque ainsi une vingtaine d’œuvres originales de ses collections. Peintures, sculptures, dessins, photographies et images animées racontent les fêtes d’une époque en pleine mutation. Parmi elles, Une soirée de Jean Béraud, Musique et danse d’Alphonse Osbert ou encore la Scène de fête de Boldini. L’ensemble, conçu sous le commissariat d’Édouard Papet et d’Estelle Bégué, propose une traversée sensible du XIXe siècle, de l’intimité des salons à l’animation des foules.

MuM'Orsay, nouveau camion-musée Musée Orsay Crédit image : Hérault Arnod Architecte
MuM’Orsay, nouveau camion-musée Musée Orsay Crédit image : Hérault Arnod Architecte

Un musée de 40 m² sur les routes de France

À l’extérieur, la silhouette de la célèbre horloge d’Orsay se dessine sur les flancs du camion. À l’intérieur, parquet, murs rouge pompéien et cimaises recréent l’atmosphère d’un véritable musée. Conçu par l’agence Hérault Arnod Architectures.

Le MuM’Orsay prend la route le 13 octobre 2026, d’abord en Auvergne-Rhône-Alpes, jusqu’au 2 janvier 2027, en partenariat avec la Région. Il rejoindra ensuite la Nouvelle-Aquitaine, du 12 janvier au 10 avril, puis la Bretagne, du 20 avril au 17 juillet. À chaque étape, visites gratuites, rencontres et ateliers de pratique artistique accompagneront l’exposition.

Car faire circuler les œuvres ne suffit pas. Encore faut-il faire circuler les idées, éveiller la curiosité, donner les clés pour entrer dans un tableau. C’est là que se jouera l’essentiel.

Art Explora, la culture en mouvement

Derrière cette initiative, la Fondation Art Explora, créée en 2019 par l’entrepreneur et mécène Frédéric Jousset, poursuit une ambition : rendre les arts et la culture accessibles au plus grand nombre. Reconnue d’utilité publique en 2023, elle multiplie les dispositifs pour aller chercher les publics là où ils vivent.

Le MuM’Orsay rejoint une flotte déjà bien rodée. Tout commence en 2011, lorsque Ingrid Brochard imagine le MuMo, un musée mobile qui installe l’art moderne et contemporain dans les cours d’école et sur les places de village.

Aujourd’hui intégré à Art Explora, le projet compte plusieurs camions, dont le MuMo-Centre Pompidou. En 2025, la fondation a étendu le principe au septième art : inauguré au Festival de Cannes, avec la Fondation Canal+ pour mécène principal, le CinéMo embarque une véritable salle de 72 places et propose des projections gratuites dans les zones rurales et les quartiers prioritaires. Sans oublier Art Explorer, le bateau-musée de la fondation, qui fait escale de port en port.

« L’accès à la culture ne doit pas dépendre du lieu de vie »

rappelle Frédéric Jousset. Une conviction qui dépasse la seule question du transport des œuvres. Il ne s’agit pas simplement de déplacer un patrimoine, mais de le mettre sous les yeux de publics qui n’auraient peut-être jamais songé à venir jusqu’à lui.

Au fond, c’est peut-être cela, la véritable modernité du MuM’Orsay. Non pas seulement faire voyager des chefs-d’œuvre, mais rappeler que l’art n’est jamais aussi vivant que lorsqu’il circule, se partage et suscite la conversation. Et puisque cette première exposition célèbre le bal, souhaitons que chacun puisse, à sa manière, entrer dans la danse.

MuM’Orsay, Le Grand Bal

Entrée, visites et ateliers gratuits. Le calendrier des étapes est à consulter sur mumo.artexplora.org.

Partagez cet article : 

PEOPLE

FOR PRINT MOSUKE46557

Mory Sacko

Bérengère Krief.

Bérengère Krief

Niels Schneider. (Crédits: Nicolas Valois, Charlotte Studio)

Niels Schneider

Céline Dion. ( Crédits: Roy Rochlin via WireImage)

Céline Dion

Isabelle Adjani. (Crédits: Stéphane Feugère)

Isabelle Adjani

George Clooney assiste à la cérémonie des « Albies », organisée par la Fondation Clooney pour la justice, à la Bibliothèque publique de New York, le 28 septembre 2023, à New York. (Photo : Gotham/FilmMagic)

George Clooney

Bonnie Tyler. (Crédits: Aldara Zarraoa/Redferns)

Bonnie Tyler

Jeudi 11 juin, David Guetta a performé au Stade de France, un accomplissement qu’il considère comme « le moment le plus important de [sa] vie ». (Photo by Kristy Sparow/Getty Images)

David Guetta